Les nerpruns bourdaines représentent une menace pour les forêts nord-américaines, souligne Hélène Godmaire, du Conseil québécois des espèces envahissantes. Elle était l'invitée lundi du CINLB et de René Marois, responsable de l'escouade citoyen qui s'attaque à cette espèce exotique envahissante.

Le nerprun bourdaine, un fléau nord-américain

Les nerpruns bourdaines ne menacent pas seulement les forêts dans le sud du Québec. Ils représentent un véritable fléau pour la diversité des forêts à travers l'Amérique du Nord, soutient Hélène Godmaire, du Conseil québécois des espèces envahissantes.
« C'est une espèce championne », clame Mme Godmaire. Le nerprun bourdaine a tous les avantages, selon elle : il pousse rapidement, produit des graines en grande quantité, celles-ci peuvent survivre pendant six ans avant de germer et les oiseaux sont friands de ses fruits et les libèrent un peu partout dans leurs fientes. « Ils viennent à dominer toutes les forêts parce qu'ils ne laissent passer aucune lumière au sol. C'est presque impossible aux autres espèces de rivaliser », image-t-elle.
L'industrie forestière commence à mesurer les impacts de cette espèce envahissante, souligne Mme Godmaire. Des producteurs les coupent, mais des tiges émergent rapidement nuisant aux autres espèces. Pour l'heure, seul le recours à du glyphosate, un herbicide utilisé à grande échelle dans le monde agricole, semble donner des résultats, dit-elle.
Des recherches sont en cours pour trouver une approche moins nuisible, souligne Lise Beauséjour, directrice générale de l'Agence de mise en valeur de la forêt privée de l'Estrie. Un projet-pilote, menée conjointement avec des chercheurs du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, met à l'essai plusieurs façons de préparer le terrain pour du reboisement suite à une coupe forestière, notamment en utilisant des herbicides biologiques. L'un des buts recherchés est de neutraliser les nerpruns bourdaines pour ne pas qu'ils nuisent aux jeunes pousses d'essences indigènes.
Cette espèce exotique envahissante est présente presque partout au sud du fleuve Saint-Laurent, explique Mme Beauséjour. Des secteurs sont plus infestés que d'autres, dit-elle. Les MRC du Val Saint-François, Memphrémagog et du Haut-Saint-François sont particulièrement touchées. Il en est de même pour la région de Cookshire, là où l'Agence a ses bureaux. « Quand on fait nos marches sur l'heure du midi, on le voit très bien qu'il y en a. »
Les forêts qui ceinturent la ville de Sherbrooke sont aussi prises d'assaut par des nerpruns bourdaines, a dit Mme Beauséjour. On commence à en trouver également dans le secteur de Burry. « Ce n'est pas un petit problème. C'est la biodiversité de nos forêts qui est à risque, tous les écosystèmes qui s'y trouvent », avertit-elle.
La lutte aux nerpruns bourdaines est un enjeu économique majeure, estime Mme Beauséjour. Sa prolifération, craint-elle, nuira à court terme à l'industrie forestière. Le gouvernement du Québec doit s'y intéresser et appuyer financièrement la recherche et les producteurs.
Mouvement citoyen
Invitée lundi par le Centre d'interprétation de la nature du lac Boivin, Mme Godmaire a félicité l'organisation pour ses efforts visant à contrôler les nerpruns bourdaines. Des corvées sont organisées depuis trois ans pour arracher les plants indésirables. Ces efforts citoyens ne passent pas inaperçus, croit-elle. « Beaucoup de gens vont se tourner vers vous pour en apprendre plus sur le nerprun bourdaine », a-t-elle dit.
L'an dernier, les corvées d'arrachage ont attiré 468 citoyens. Ils ont fourni 1616 heures de bénévolat. Une quarantaine de bénévoles, provenant de groupes sociaux ou d'entreprises, ont investi 5724 heures de leur temps, a indiqué René Marois, responsable des corvées. Tout ce travail a permis de couvrir 20 % du territoire du CINLB.
La première corvée cette année aura lieu le 23 mai, dès 9 h. M. Marois entrevoit l'année avec optimiste. « On veut couvrir 15 % [du site]. En 2018, on va avoir enlevé tous les arbres producteurs de fruits. On va avoir le contrôle complet », prédit-il.