Le promoteur et ex-candidat d'Occupation double, Luc Poirier.

Le «millionnaire d'Occupation double» veut mettre la main sur la station de ski Mont-Sutton

Celui qui s'est fait connaître comme le «millionnaire d'Occupation double», le promoteur immobilier Luc Poirier, songe sérieusement à acheter la station de ski Mont-Sutton. En compagnie d'un partenaire d'affaires, Dominic Voyer, il aimerait remettre à neuf les installations récréatives et construire plusieurs centaines de condos à flanc de montagne.
«Il n'y a rien de finalisé, mais ça s'enligne bien!», fait savoir Luc Poirier, qui se dit prêt à débourser environ 15 millions de dollars pour mettre la main sur la station de ski et les terrains appartenant à la famille Boulanger.
En plus de la somme déboursée à l'achat, un montant d'argent équivalent sera nécessaire pour moderniser les installations de ski du Mont-Sutton, affirme M. Poirier. Lui et son partenaire misent sur le développement immobilier des abords de la montagne pour rentabiliser leur investissement. «Il n'y a aucun projet de ski viable sans immobilier. Nos plans ne sont pas terminés, mais on compte faire un projet un peu comme à Bromont», confie M. Poirier, qui laisse entendre qu'au moins mille condos pourraient être construits.
Luc Poirier se fait peu bavard lorsqu'il est question de son partenaire d'affaires, Dominic Voyer. «Il cherchait des sous pour faire des projets et moi je cherchais des projets. Je ne le connais pas plus que ça», confie-t-il simplement, lorsque questionné sur les liens qui les unissent. Luc Poirier insiste cependant sur son désir d'être un acteur de premier plan du développement de la montagne et non pas seulement un investisseur.
M. Poirier considère que l'achat d'une montagne de ski n'est pas un achat risqué, mais qu'il faut être patient pour rentabiliser son investissement. «Je suis très jeune, je suis prêt à attendre», fait savoir l'entrepreneur de 34 ans, qui a fait fortune dans l'immobilier.
Luc Poirier s'est fait connaître dans les médias pour son passage à l'émission Occupation double, mais également dans le dossier d'un important projet immobilier qui devait être réalisé sur l'Île Charron, tout près du parc national des Îles-de-Boucherville. Après des pressions de groupes environnementaux, le gouvernement a cependant mis un terme aux ambitions du promoteur en imposant une réserve foncière pour bloquer leur développement. «On m'a stoppé pour des raisons de capital politique, pourtant ça ne s'était jamais vu un projet aussi avancé au niveau environnemental avec entre autres de la géothermie, des toits vers et des systèmes de récupération des eaux grises», confie-t-il encore amer.
Après ses démêlés avec le gouvernement, Luc Poirier dit maintenant vouloir développer des projets immobiliers plus terre-à-terre. «Je vais faire un concept bien normal pour pouvoir vendre vite. Mais il est certain que je veux le faire en pensant à l'environnement, car l'avenir est au vert», dit-il.
Des acheteurs sérieux
Si Luc Poirier et Dominic Voyer ne sont pas les premiers à s'intéresser à la station de ski de Mont-Sutton, ils sont néanmoins considérés comme des acheteurs sérieux par Benoît Boulanger, président de la station. «C'est un gars qui comprend très bien la situation et tout le problème de Sutton, dit Benoît Boulanger à propos de Dominic Voyer. C'est un gars qui va essayer de trouver des solutions. Il est prêt à faire ses preuves, il pose des questions, il vient voir et il sait travailler.»
Contrairement à ses éventuels acheteurs, Benoît Boulanger ne croit pas que la survie de la montagne passe par l'immobilier. C'est plutôt une diversification des activités qui assurera la pérennité du centre. «Il faut penser à l'été, lance-t-il avec conviction. Je ne peux pas construire une piscine à vague de trois ou quatre millions, mais c'est ce que ça prend. S'il y avait aussi un hôtel, en plus d'Arbre en Arbre, ça, ça attirerait les gens.»
La famille Boulanger n'est pas pressée de vendre. En fait, ça fait plus de dix ans qu'elle attend le bon acheteur. «Les gars qui veulent m'acheter doivent avoir de l'argent. Si ça ne marche pas, je vais les mettre de côté comme j'en ai mis dix de côté», lance l'homme de 79 ans, tout en ajoutant que d'autres acheteurs seraient sur les rangs.
La conclusion d'une entente entre la famille Boulanger et le duo Poirier-Voyer, si elle se concrétise, n'est pas pour demain avertissent les deux partis. «Ça va prendre entre dix et quinze mois. Des projets comme ça, ça prend toujours du temps et il faut faire plusieurs études», fait savoir Luc Poirier. «C'est correct au niveau des Boulanger, c'est plus à la Ville que ça accroche», ajoute-t-il.
Sutton, observateur intéressé
La municipalité de Sutton est pourtant prête à donner un coup de main, si le projet respecte ses orientations en matière de développement. «On est là pour dire à quiconque veut acheter le centre de ski et qui veut faire du développement résidentiel, qu'il est le bienvenu et qu'on va faciliter les études, à condition qu'il se plie à notre vision. On veut un aménagement bien intégré et bien harmonisé», dit le maire Pierre Péland, en confirmant avoir déjà rencontré Dominic Voyer.
Pierre Péland considère que sa municipalité est un observateur intéressé et se défend bien de vouloir faire de l'ingérence dans une transaction entre des promoteurs privés. La station Mont-Sutton est néanmoins le moteur économique principal de sa municipalité et son développement devra se faire en accord avec les règles d'urbanisme.
Le maire explique que le plan de développement des terrains de la rue Maple, qui pourraient éventuellement accueillir les condos, devra également être approuvé par la Ville. «Ce lot est frappé par un plan d'aménagement d'ensemble. Comme c'est un grand lot, on présume qu'il va être développé de façon magistrale avec une vue d'ensemble, et non pas avec des parcelles et le propriétaire devra faire le dépôt de son projet d'aménagement. On offre à tous acheteurs potentiels de venir s'asseoir avec nous et de concevoir un projet gagnant-gagnant», précise le maire de Sutton.