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À la manière d’une chute de dominos, l’affaiblissement des autres maîllons de la société fait en sorte d’accentuer la pression sur les épaules du milieu communautaire, souvent le dernier rempart de la population quand celle-ci connaît la précarité.
À la manière d’une chute de dominos, l’affaiblissement des autres maîllons de la société fait en sorte d’accentuer la pression sur les épaules du milieu communautaire, souvent le dernier rempart de la population quand celle-ci connaît la précarité.

Le milieu communautaire sur un pied d’alerte

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
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Habitués de s’adapter en permanence, les organismes communautaires de la région s’attendent à ce que la demande pour leurs services continue d’augmenter au cours des prochaines semaines, particulièrement avec la prolongation de la fermeture des commerces non essentiels et l’ajout de restrictions sanitaires pour contenir la pandémie.

À la manière d’une chute de dominos, l’affaiblissement des autres maillons de la société fait en sorte d’accentuer la pression sur les épaules du milieu communautaire, souvent le dernier rempart de la population quand celle-ci connaît la précarité. «C’est déjà très lourd sur les organismes de supporter les services à la population, mentionne Sylvain Dupont. Ça va être certainement plus pesant, mais on ne sait pas encore comment.»

Le directeur général de la Corporation de développement communautaire de la Haute-Yamaska est d’avis que les organismes de soutien en santé mentale risquent d’être les plus sollicités à court et moyen terme. «C’est vraiment au niveau de la santé mentale des gens que ça va se jouer, estime-t-il. La crise se prolonge, et le couvre-feu, c’est une nouvelle mesure qui fait mal.»

Pression accrue

Qui plus est, plus la crise s’étire et plus les organismes seront sollicités. «Pour nous, qu’il y ait plus ou moins de restrictions, ça ne change rien, explique Tammy Blackburn, agente de soutien au Centre d’action bénévole de Cowansville. On doit continuer d’offrir nos services et de fonctionner, alors ça ne changera pas grand-chose. Malgré tout, on ressent une pression quand même, davantage vis-à-vis le fait que si elle continue de croître, on ne pourra pas répondre à toute la demande.»

Si le CAB de Cowansville peut continuer sur la générosité accrue de son milieu et par l’implication d’un plus grand nombre de bénévoles depuis l’invitation du premier ministre François Legault, comme c’est le cas de bon nombre d’autres organismes, le milieu communautaire est conscient qu’il ne pourra jamais conjuguer avec des ressources illimitées.

«Pour nous, le confinement signifie le prolongement de la fermeture de notre magasin général qui, quand tout va bien, nous permet d’être autosuffisants à 74%, élabore Éric Vachon, porte-parole de SOS Dépannage. La santé du magasin est ce qui nous permet d’améliorer nos services, mais on doit le fermer pour encore plusieurs semaines. Heureusement, on est choyés d’être dans un bassin de population qui nous soutient constamment et de pouvoir compter sur des partenaires de longue date. Mais plus la pandémie perdure et plus elle fait de victimes collatérales, alors on se demande si la population sera toujours au rendez-vous.»

«La pandémie a ajouté un grand stress, y compris un stress financier, sur les épaules de beaucoup de gens, poursuit-il. On voit plein de nouvelles personnes au chômage ou sans-emploi, qui viennent à la banque alimentaire pour une première fois. Est-ce que la demande va exploser ou les gens ont eu le temps de s’adapter?»

Le directeur général de la Corporation de développement communautaire de la Haute-Yamaska Sylvain Dupont est d’avis que les organismes de soutien en santé mentale risquent d’être les plus sollicités à court et moyen terme.

Le porte-parole plaide pour que le gouvernement soutienne plus les entreprises locales et les commerces de proximité, faute de quoi encore plus de gens basculeront dans la précarité financière. «Ces commerces-là, pour beaucoup, comptent parmi nos donateurs et on ne voudrait pas les voir devenir des bénéficiaires de nos services. Leur élastique est étiré au maximum actuellement. Des histoires de drames humains, on en entend beaucoup ces temps-ci», dit-il.

Un couvre-feu qui suscite des interrogations

Parmi les mesures qui ont surtout fait réagir les intervenants du milieu communautaire, le couvre-feu en a laissé plusieurs dubitatifs, particulièrement à propos de l’intervention policière face aux itinérants qui n’ont nulle part où s’abriter.

Questionné sur le sujet en point de presse, le premier ministre François Legault avait répondu que des places seraient trouvées pour ces personnes sans domicile fixe, une affirmation qui fait sourciller ceux qui travaillent quotidiennement avec elles.

«Chaque année, c’est un casse-tête de trouver des places pour des sans-abri, et ce, sans couvre-feu. Si c’était aussi simple que ce que le premier ministre semble croire, ça ferait longtemps qu’on aurait réglé le problème, lâche Kim Verreault, coordonnatrice du Groupe Actions Solutions Pauvreté de la Haute-Yamaska. À mes yeux, c’est un voeu pieu de quelqu’un qui n’est pas sur le terrain.»

«Le problème avec l’itinérance, c’est qu’il n’y a pas suffisamment de places actuellement, ajoute Éric Vachon. Alors c’est particulier que le premier ministre dise qu’il va en trouver alors que le communautaire est constamment en train d’en chercher.»

«Je ne sais pas trop ce que le premier ministre a voulu dire, mentionne Sylvain Dupont. Pour nous, quand il n’y a plus de place, il n’y a plus de place.»

Plusieurs intervenants ont communiqué avec le service de police pour s’assurer que les personnes en situation d’itinérance, qui n’ont de toute façon pas les moyens de s’acquitter des amendes pouvant aller de 1000$ à 6000$ dont a fait mention le gouvernement, bénéficient de la clémence des patrouilleurs. «De toute façon, les personnes en situation d’itinérance sont pour la plupart connues à Granby bien qu’il y en ait de nouvelles qui sont arrivées sur le territoire dans la foulée de la pandémie, relate Mme Verreault. J’ose souhaiter que les policiers feront preuve de discernement.»

La fermeture prolongée de son magasin général prive SOS Dépannage de près des trois quarts de ses revenus habituels, indique son porte-parole Éric Vachon.

Dans un point de presse tenu jeudi, le directeur du Service de police de la Ville de Granby, Bruno Grondin, a confirmé qu’une concertation continue existe avec le milieu communautaire et la municipalité afin de soutenir les gens aux prises avec des problèmes de santé mentale ou en situation d’itinérance plutôt que de les punir. «On continue à faire le même travail, c’est-à-dire d’intervenir auprès de ces personnes-là d’abord pour les aider», a-t-il indiqué.