Catherine Geoffroy a été trouvée coupable en septembre de conduite dangereuse causant la mort, délit de fuite mortel et voies de fait armées.
Catherine Geoffroy a été trouvée coupable en septembre de conduite dangereuse causant la mort, délit de fuite mortel et voies de fait armées.

Le mépris envers les signaleurs routiers doit cesser, dit la Couronne

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Une femme de Granby trouvée coupable d’avoir causé la mort d’un signaleur routier à Bonsecours en Estrie, en 2017, a fait preuve d’un «mépris total» envers ce type de travailleur.

Voilà l’argument principal sur lequel s’appuie le ministère public pour demander l’imposition d’une peine de trois ans de pénitencier à Catherine Geoffroy, 33 ans, en plus d’une longue période d’interdiction de conduire.

L’employée d’un fabricant de produits récréatifs a été trouvée coupable par jury, le 27 septembre, de conduite dangereuse causant la mort, délit de fuite mortel et voies de fait armées.

Elle avait heurté le signaleur routier Michel Carmel parce qu’il l’avait sommée d’immobiliser sa voiture après l’avoir aperçue parlant au téléphone cellulaire.

Mme Geoffroy avait aussi fait mine de foncer sur une autre signaleuse, sans toutefois la toucher. M. Carmel, 60 ans, est mort une semaine plus tard à l’hôpital des suites d’un traumatisme craniocérébral sévère.

Nombreux accidents

Le comportement de l’accusée est à dénoncer puisque les signaleurs routiers sont victimes de nombreux accidents sur des chantiers, a déclaré Me Émilie Baril-Côté, de la Couronne, lors des observations sur la peine au palais de justice de Granby.

Il y en a eu deux au Québec uniquement lors du procès, a-t-elle souligné en déposant une revue de presse.

L’accusée a fait montre d’un «mépris total des indications et des consignes de sécurité routière», a dit Me Baril-Côté. Citant l’Association des signaleurs routiers, l’avocate a mentionné qu’il s’agissait «d’un des métiers les plus dangereux au Québec».

Les signaleurs routiers «sont à risque au quotidien», a déclaré Me Émilie Baril-Côté, du ministère public, qui suggère d’imposer une peine de trois ans de pénitencier à Catherine Geoffroy. «Toutes les campagnes de sensibilisation n’ont pas eu d’effet.»

«Ils n’ont pour protection que leur casque et leur drapeau. Ils sont à risque au quotidien. Il faut qu’il se passe quelque chose. Toutes les campagnes de sensibilisation n’ont pas eu d’effet.»

Catherine Geoffroy «avait plein d’options qui se présentaient à elle» lorsqu’elle a frappé sa victime, mais «elle n’a même pas pris la peine de regarder dans son miroir pour voir l’état de santé» de la personne renversée.

De plus, à son arrivée chez elle, elle s’est empressée d’appeler le 911 pour se plaindre des dommages causés à sa voiture. L’accusée n’a pas montré d’empathie particulière, ni de remords envers la victime, a dit Me Baril-Côté.

Désolation

Faux, a rétorqué la défense, soulignant que Mme Geoffroy est plutôt une personne réservée et introvertie.

«La désolation qu’elle a vécue est sincère», a dit Me Alexandre Tardif, qui suggère plutôt une peine de prison discontinue de 90 jours pour sa cliente — soit à purger le week-end — assortie de 240 heures de travaux communautaires.

Me Tardif ne voit pas la nécessité d’isoler sa cliente pour une longue période. Mère d’un poupon et bonne travaillante, elle est «un actif pour la société». Le geste posé le 7 novembre 2017 est «une tragique erreur de parcours commise par une personne non-criminalisée».

Catherine Geoffroy n’avait pas d’antécédents judiciaires, a respecté toutes ses conditions de remise en liberté provisoire et «c’est pas quelqu’un qu’on va revoir devant les tribunaux», a-t-il précisé.

«C’est la crainte, et non la durée d’une détention qui a un effet dissuasif.» La peine de prison qu’il suggère «va lui permettre de continuer de travailler et de prendre soin de sa famille».

Le juge Claude Villeneuve, de la Cour supérieure, a semblé partager l’opinion de la défense. «Quelle est l’utilité de l’envoyer en prison? Je ne suis pas là pour venger la mort de M. Carmel», a-t-il laissé tomber.

Il doit rendre sa décision le 2 novembre.