Ces jours-ci, le bord de l’eau de la propriété de Daniel Lafrance a plutôt l’air d’une purée de pois tant il s’y accumule des algues et des sédiments.
Ces jours-ci, le bord de l’eau de la propriété de Daniel Lafrance a plutôt l’air d’une purée de pois tant il s’y accumule des algues et des sédiments.

Le lac Roxton vire au vert

Les années passent, et lac Roxton  continue d'imposer ses défis. Exaspérés et préoccupés par la forte présence d’algues bleues, des citoyens qui demeurent au nord-est du plan d’eau réclament une intervention de la municipalité pour endiguer cette problématique qui les empêche de jouir pleinement de leur propriété.

Ces jours-ci, le bord de l’eau de la propriété de Daniel Lafrance a plutôt l’air d’une purée de pois tant il s’y accumule des algues et des sédiments. Le Roxtonais riverain peut à peine naviguer quelques mètres à bord de son ponton avant que celui-ci ne s’embourbe dans la végétation aquatique.

« Cette année, c’est pire, confie le résident de la 24e rue, qui s’est fait le porte-parole de citoyens de son quartier. D’habitude, on a un problème d’algues plutôt vers septembre, mais cette année, c’est trop de bonne heure. C’est dégueulasse. »

Le vent et le courant ramènent des sédiments dans le secteur nord-est du lac, où la présence de ces algues forme une masse verdâtre, épaisse et visqueuse qui s’accumule en bordure du plan d’eau. Celle-ci dégage également une odeur forte et désagréable qui déplaît grandement aux riverains, dont certains auraient vu leurs problèmes respiratoires préalables accentués.

« C’est épouvantable, c’est quasiment pas endurable, indique M. Lafrance. On n’ose pas recevoir des gens, ça pue trop. L’odeur est tellement dégoûtante qu’on ne peut pas profiter de notre terrain, on doit rester en dedans. Et certains jours, on ne peut même pas ouvrir nos fenêtres. »

Il y a environ sept ans, les voisins avaient eux-mêmes pris la situation en main en faucardant, avec des fourches et d’autres moyens artisanaux. « J’avais installé des deux par quatre en avant de mon ponton, avec des clous pour arracher les algues, raconte M. Lafrance. On amenait ça au bord du lac et avec le tracteur on amenait ça au bord du chemin par gros tas. »

« Je dis à la blague que quand Jésus a marché sur l’eau, il l’a fait derrière ma maison ! » ajoute-t-il en riant.

Le vent et le courant ramènent des sédiments dans le secteur nord-est du lac Roxton, où la présence de ces algues forme une masse verdâtre et visqueuse qui s’accumule en bordure du plan d’eau. Celle-ci dégage également une odeur forte et désagréable qui déplaît grandement aux riverains.

Une intervention réclamée

Il y a quelques semaines, certains citoyens ont interpellé le maire face à la problématique, rapporte M. Lafrance.

Ils souhaiteraient que Roxton Pond loue la faucardeuse acquise par la ville voisine de Granby en 2016 pour freiner la prolifération d’algues dans le lac Boivin et pour réduire les problèmes de qualité de l’eau causés par l’écoulement de sédiments et d’éléments nutritifs tels que le phosphore.

Or, bien que cette machinerie particulière soit effectivement disponible pour être louée par les municipalités de la région, la Ville de Granby l’utilise pendant toute la période durant laquelle le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques (MDDELCC), lui permet de procéder à des activités de faucardage, soit du 25 juin au 1er novembre, explique Serge Drolet, coordonnateur du service de l’environnement à la Ville de Granby.

Le maire Pierre Fontaine attribue la présence de ces algues aux résultats concluants d’une procédure qui consiste à injecter certaines bactéries dans les affluents du lac pour éliminer une partie du phosphore qui s’y trouve.

«C'est la première année que c'est aussi intense»

La situation actuelle s’explique entre autres par les canicules consécutives et hâtives qui ont provoqué à leur tour des épisodes de sécheresse dans la région, estime le conseiller municipal Pascal Lamontagne, également chargé du dossier de la qualité de l’eau du lac au conseil.

« Des algues comme celles-là, on en avait eu il y a quelques années. Avec des précipitations, ça va partir », croit-il, reconnaissant que le courant circule plus difficilement dans ce secteur bien précis du plan d’eau, où les vents dominants poussent les amas sous-marins.

« C’est la première année que c’est aussi intense et aussi tôt, reconnaît le maire Pierre Fontaine. Peut-être que si ça revient, le conseil va devoir se pencher là-dessus. »

Le magistrat attribue également la présence de ces algues aux résultats concluants d’une procédure effectuée par la firme Nuvac Éco Science et chapeautée par l’Université de Sherbrooke qui consiste à injecter des bactéries dans les affluents du lac pour éliminer certains polluants, dont le phosphore, ce qui a contribué à améliorer de façon significative la qualité de l’eau, mentionne le maire.

Des experts avaient évalué en 2018 que le plan d’eau contenait de 5 à 10 fois plus de phosphore qu’un lac en santé. Cette importante concentration de phosphore, amené à travers les affluents et par les déjections des oiseaux migrateurs qui s’y rendent annuellement, avait contribué au vieillissement du lac.

Le fait que les rayons du soleil puissent désormais se rendre plus profondément dans le lac a aussi pour effet de permettre la prolifération de certaines algues. « C’est le désagrément d’avoir une eau de meilleure qualité », note l’élu.

Feu vert au retrait des îlots flottants

Le phosphore est également en grande partie responsable de la présence d’îlots flottants sur le lac, c’est-à-dire des plaques de sédiments constituées d’amas de racines, de branches et de terre et qui nuisent à la pratique de sports nautiques sur le lac.

Compte tenu des nombreux enjeux liés à la qualité de l’eau du lac, la municipalité doit procéder par priorités et le retrait de ces plaques sédimentaires a été identifié comme étant la prochaine étape.

C’est pour cette raison que l’an dernier, Roxton Pond avait déposé une demande au MDDELCC en ce sens. Elle a récemment obtenu une autorisation de cinq ans pour procéder et a bon espoir de pouvoir lancer les travaux dès l’automne, si ce n’est pas à la fin de l’été. Un appel de soumissions sera lancé sous peu, a-t-on fait savoir.

« Depuis six ans, on travaille intensément pour améliorer la qualité de l’eau du lac, rappelle M. Lamontagne. On a cherché beaucoup de solutions, on a fait plusieurs analyses et on fait des tests sur l’eau chaque année, on a fait du carottage au fond du lac, on a mené des consultations... »

Des opérations de retrait des plaques de sédiments ont déjà été réalisées dans le lac en 1935, ainsi qu’en 1977 et en 1978.