Les avocats au dossier ont refusé de préciser les sévices subis par la victime. « Les détails serviraient à quoi ? », a demandé Me Thomas Walsh, de la défense.

Le juge rend une sentence à contrecoeur

C'est à reculons que le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec, a condamné un pédophile septuagénaire à deux ans de prison, mercredi.
L'accusé avait déjà reconnu avoir abusé plusieurs fois de sa fille, durant les années 1970 et 1980, et de la nièce de celle-ci en une occasion. Toutes deux étaient mineures au moment des gestes commis essentiellement à Austin, dans la MRC de Memphrémagog.
Réunis pour déterminer la peine à imposer à l'homme de 75 ans, les parties ont suggéré une sentence de deux ans de prison moins un jour afin que l'accusé purge sa peine dans une prison provinciale. Une sentence de deux ans ou plus l'aurait envoyé dans un établissement fédéral.
Exercice
Mais le magistrat s'est dit surpris que les avocats refusent de préciser la fréquence et la nature des actes reprochés. « Vous me demandez de me prononcer sur une suggestion commune, mais vous ne me donnez pas de détails », a déclaré le juge Champoux.
« C'est un exercice de justice, pas de voyeurisme », a rétorqué Me Thomas Walsh, de la défense, en soulevant la possibilité de retirer l'entente déposée. « Les détails serviraient à quoi ? Tout ce que nous avons fait est très éthique. Que voulez-vous de plus ? »
Le juge a convié l'avocat à « rester poli ». « Je ne crois pas qu'il s'agisse de voyeurisme, a-t-il dit. J'ai besoin de savoir ce qui est arrivé. Tout ce que je sais, c'est que les infractions ont duré pendant six ans. »
De guerre lasse, Me Walsh a concédé qu'il y avait eu des attouchements et demandes d'attouchements, sans pénétration.
« Nous ne voulions pas faire un débat sur le nombre de fois que c'est arrivé », a dit Me Claude Robitaille, de la Couronne. La principale victime souhaite aussi que les procédures judiciaires débutées en 2013 se terminent au plus vite, a-t-il ajouté. « Elle a traversé beaucoup d'épreuves. »
«Le système judiciaire a failli dans sa mission»
Après une courte pause, le juge Champoux a finalement entériné la proposition des avocats en précisant qu'il le faisait « à contrecoeur » (« very reluctantly »), considérant « que la plus jeune victime avait neuf ans » au moment des crimes. (L'audience se déroulait dans la langue de l'accusé, l'anglais.)
« J'estime que le système judiciaire a failli dans sa mission aujourd'hui et j'en suis désolé. Comme acteur de ce système, il n'y a pas de quoi être fier de ce qui est arrivé. »
La condamnation de l'accusé, que l'on ne peut identifier afin de protéger les victimes, est assortie d'une interdiction de communiquer avec elles, d'une demande de suivi thérapeutique et d'une inscription à vie au registre des délinquants sexuels. Il lui sera aussi interdit, à sa sortie de prison, de fréquenter des parcs ou tout endroit où pourraient se trouver des personnes âgées de moins de 16 ans.