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Le ministre Benoit Charette était accompagné de la ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest, lors de la conférence de presse.
Le ministre Benoit Charette était accompagné de la ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest, lors de la conférence de presse.

Le gouvernement dit non à GNL Québec [PHOTOS + VIDÉO]

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Le conseil des ministres du gouvernement du Québec a unanimement rejeté le projet d’Énergie Saguenay de 9 G$ et transmettra dans les prochaines heures une réponse officielle par décret à l’entreprise.

Le ministre de l’Environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MELCC), Benoît Charette, a confirmé la nouvelle dans le cadre d’un point de presse en compagnie de sa collègue députée de Chicoutimi et ministre responsable de la région Andrée Laforest. Les rumeurs circulaient déjà quant au refus du gouvernement et le titulaire du MELCC jugeait nécessaire de venir lui-même procéder à cette annonce qui créera beaucoup de déception dans milieu économique.

«Le projet Énergie Saguenay ne pourra pas voir le jour», a simplement dit le ministre en tout début de point de presse avant d’enchaîner avec les raisons de ce refus du conseil des ministres.

Le projet déposé par GNL Québec comprenait une usine de liquéfaction sur le site portuaire de Grande-Anse avec la capacité d’accueil des méthaniers afin de liquéfier le gaz naturel provenant de l’Ouest canadien. L’entreprise visait les exportations en Asie et en Europe.


« Le projet ne permet pas de diminuer la production mondiale de gaz à effet de serre. La démonstration n’a pas été faite que ce projet allait permettre de servir à une énergie de transition. »
Benoit Charette

L’échec des promoteurs à démontrer ces affirmations répétées devant le Bureau des audiences publiques a été suffisant pour justifier le conseil des ministres de ne pas accorder de décret autorisant le ministère à accorder les permis pour la construction de l’usine de liquéfaction.

Selon les propos du ministre en point de presse, l’entreprise n’a pas été en mesure de répondre favorablement aux différentes questions soulevées par le MELCC. Il a cité en exemple l’argument avancé par le promoteur disant que l’usine de liquéfaction serait carboneutre. Le ministère n’a jamais eu les réponses pour appuyer cette affirmation et Québec n’entendait pas accepter des mesures de compensations à l’extérieur du territoire provincial pour atteindre la carboneutralité.

Le ministère n’a également pas obtenu de réponses satisfaisantes sur le critère de l’énergie de transition. Benoît Charette a même avancé que pour certains pays, cette énergie allait devenir un «verrouillage carbone défavorable aux changements» dans les comportements face à la crise des changements climatiques. La suite est évidemment logique puisque rien ne permettait au ministère de croire que la production de gaz à effet de serre allait diminuer dans le monde.

La décision du gouvernement du Québec risque de provoquer des vagues à l’extérieur de la province. Benoît Charette est conscient que les politiciens de l’Alberta vont mal digérer cette position défavorable à l’énergie de l’Ouest canadien puisque c’est en Alberta et en Colombie-Britannique que les 12 000 puits de captations de gaz par fracturation hydraulique auraient été forés.

Dans son analyse, le MELCC n’a pas comptabilisé les tonnes de gaz produites par le méthane qui s’échappe des puits et dont l’impact est beaucoup plus important que celui du gaz carbonique pour les changements climatiques. Le ministre a souligné que ces préoccupations ont tout de même été formulées pendant les audiences du BAPE.

Acceptabilité sociale

Le projet a rapidement provoqué une levée de boucliers au sein de la population et les groupes environnementalistes ont constitué un vaste réseau d’opposition. Ils ne sauront jamais si cette mobilisation a eu des effets auprès du gouvernement puisque le ministère n’a pas jugé pertinent de mesurer le troisième élément dans sa prise de décision qui était celui de l’acceptabilité sociale. Le projet ne parvenait de toute façon pas à passer le test des deux premiers critères.

La position prise par les communautés autochtones entre également dans cette section de l’analyse. Les communautés ont confirmé dans les dernières semaines qu’elles n’appuyaient pas le projet GNL Québec malgré une importante campagne de communication menée par le promoteur. Le MELCC a tout de même consulté les communautés autochtones sur le projet à la fin du mois de juin.

Le ministre a d’autre part assuré que les problèmes de financement du projet global de 14 G$, rapportés au cours des derniers mois, n’ont pas facilité le choix du conseil des ministres de refuser d’accorder le décret. Benoît Charette insiste pour dire que le résultat aurait été le même si le promoteur avait eu en poche les 14 G$ nécessaires à la construction de son usine et du gazoduc.

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ANDRÉE LAFOREST SE RALLIE

(Isabelle Tremblay) - La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation et ministre responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest, s’est ralliée à la décision qui a été prise par ses collègues mercredi, même si, selon elle, le projet de GNL Québec était initialement porteur d’espoir pour l’économie de la région.

« Pour donner vie à ce projet, ça prenait des conditions gagnantes. Il fallait que ça contribue à la transition énergétique des marchés visés et que ça permette de diminuer de façon réelle et significative les émissions de gaz à effet de serre. Énergie Saguenay n’est pas parvenue à en faire la démonstration. Soyez assurés que si le projet avait répondu à tous ces critères, j’aurais été la première à encourager la poursuite de ce projet », a mentionné Mme Laforest à l’occasion de la conférence de presse tenue en compagnie du ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoît Charette.

Elle a profité de la tribune pour se tourner vers la venue d’autres projets majeurs dans la région, dont ceux d’Arianne Phosphate et de Métaux BlackRock. Il y a aussi celui d’ELYSIS dans lequel le gouvernement Québec s’est d’ailleurs récemment engagé à investir. La coentreprise créée par Rio Tinto et Alcoa veut produire l’aluminium le plus vert au monde.

« Nous devons continuer d’être accueillants et ouverts. Ouverts à la nouveauté, au développement économique, à l’entrepreneuriat et aux projets dans le respect des règles environnementales. À ce propos, sachez que notre gouvernement continuera de travailler d’arrache-pied pour attirer des investisseurs au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour créer des emplois payants et de qualité. »