Le frigo anti-gaspillage du centre communautaire St-Benoit a été mis en place en 2017. Sur la photo, l’artiste Karelle Hébert, qui l’a transformé en oeuvre d’art, et Sylvain Dupont, directeur général de la Corporation de développement communautaire de la Haute-Yamaska.
Le frigo anti-gaspillage du centre communautaire St-Benoit a été mis en place en 2017. Sur la photo, l’artiste Karelle Hébert, qui l’a transformé en oeuvre d’art, et Sylvain Dupont, directeur général de la Corporation de développement communautaire de la Haute-Yamaska.

Le frigo de la discorde

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
À l’origine d’un nombre élevé de plaintes, le Commun frigo du centre communautaire St-Benoit n’est plus accessible. Sa vocation de départ n’était plus respectée, déplore le directeur général de la Corporation de développement communautaire (CDC) de la Haute-Yamaska, Sylvain Dupont.

« Au départ, c’était un frigo anti-gaspillage. Ce n’était pas dédié à une clientèle ou à des gens qui sont démunis. N’importe qui pouvait venir porter ou prendre des denrées. Ce n’était pas un frigo de sécurité alimentaire pour les gens qui ont besoin de se nourrir. Mais c’était rendu ça », souligne M. Dupont.

Selon lui, si le Commun frigo était approvisionné plus souvent l’été, notamment par les récoltes des jardins collectifs, il était moins garni durant la saison froide. Il était surtout rempli par l’organisme SOS Dépannage, qui y déposait des denrées une fois par semaine, dans le cadre d’un partenariat. Sitôt déposées, ces denrées trouvaient toutefois preneurs en moins d’une heure, assure Sylvain Dupont.

Résultat, dit-il : le frigo était plus souvent vide que plein.

« Ça faisait en sorte qu’on gérait des plaintes, des conflits et du mécontentement. Mais nos employés (de la CDC), ce ne sont pas des intervenants. On n’est pas là pour ça. Ça devenait très lourd », relève le DG de la CDC.

Un événement en particulier, dont Sylvain Dupont préfère taire les détails, a incité la direction de l’organisme, chargée de la gestion du centre communautaire, à faire une croix sur le Commun frigo. « Les gens n’ont pas compris l’usage et l’objectif du frigo », déplore-t-il.

Minorité

M. Dupont souligne que des avertissements avaient été émis à certains usagers avec qui des problématiques avaient été observées. Selon lui, les plaintes, conflits et échauffourées verbales n’étaient pas quotidiens, mais se produisaient au moins une à deux fois par semaine.

« Je ne pouvais pas continuer à mettre cette pression-là sur le personnel, qui n’est pas formé ni engagé pour ça », dit le directeur général

C’est par ailleurs les récriminations répétées d’une minorité d’utilisateurs qui auront eu raison du Commun frigo, en place depuis près de trois ans. La majorité des gens qui y ramassait des denrées demeurait respectueuse, reconnaît Sylvain Dupont.

Lors de la mise en place de ce service à l’été 2017, le réfrigérateur a d’abord été installé à l’extérieur. Mais la décision de lui trouver une place à l’intérieur du centre communautaire a été prise, car des conflits et du vandalisme étaient observés.

Un deuxième frigo avait même été ajouté en 2018. Mais la CDC avait décidé d’en verrouiller un et de l’utiliser pour « gérer » l’autre réfrigérateur et « étirer un peu les stocks, au moins au cours de la journée », où les fruits, légumes, pains, oeufs et autres produits laitiers étaient déposés, explique Sylvain Dupont.

« On était contents parce qu’il y avait beaucoup de gens qui venaient, mais, en même temps, ça créait beaucoup de frustrations. On disait aux gens : prenez ce que vous avez besoin et pensez aux autres. Mais quand on est dans le besoin, je pense qu’à un moment donné, on pense à soi. Et c’est sûrement normal... », ajoute-t-il.

Est-ce qu’un organisme qui oeuvre en sécurité alimentaire reprendra le flambeau pour le Commun frigo ? « Je n’ai pas à leur dire quoi faire, mais on voit qu’il y a un besoin de ce côté-là. Mais ce n’est vraiment pas évident. On ne pensait pas que ça serait aussi lourd », dit M. Dupont.

Pas de problèmes

La situation est toutefois différente à Waterloo, où le frigo Végé-Go a été mis en place au centre d’action bénévole Aux quatre vents, en 2017, en même temps que le Commun frigo. « Ça fonctionne bien. C’est la troisième année et on veut continuer », affirme Lyne Isabelle, intervenante communautaire et sociale.

Selon elle, la présence de la banque alimentaire du centre d’action bénévole peut expliquer que le Végé-Go soit au coeur d’une dynamique différente. À l’extérieur l’été et à l’intérieur l’hiver, le frigo est rempli régulièrement.

« Les gens sont habitués. On a une clientèle assidue. Tous les jours, il y a des gens qui viennent voir s’il y a des choses qui les intéressent dans le frigo », souligne Mme Isabelle.

Selon elle, l’occasion est toutefois parfois saisie pour « faire de l’éducation » et inciter les gens à être raisonnables dans leurs choix. Quelques interventions ont aussi été nécessaires. Mais règle générale, l’expérience est positive. Aucun acte de vandalisme n’a d’ailleurs été rapporté sur le frigo communautaire, même lorsqu’il est à l’extérieur, dit-elle.