Depuis le 21 mai, moment où les animaux ont été saisis et déplacés du Zoo de Saint-Édouard, 18 animaux sont morts ou se sont enfuis. Parmi les animaux morts, le lion Norm, emblème du zoo.

Zoo de Saint-Édouard: une quinzaine d’animaux sont morts depuis la saisie

Trois-Rivières — Une autre bataille judiciaire s’annonce dans le dossier du Zoo de Saint-Édouard alors que la Couronne a présenté une requête visant à faire stériliser les animaux qui ont été saisis, ce qui a permis d’apprendre que 18 d’entre eux étaient morts ou avaient fui depuis la perquisition de mai et juin 2019.

Parmi ceux-ci, il y avait notamment le lion «Norm», figure emblématique du Zoo de Saint-Édouard qui n’avait que quatre ans. L’animal serait mort en juillet dernier. Présent au palais de justice, le propriétaire, Normand Trahan, était visiblement bouleversé d’apprendre cette nouvelle. «C’est pesant de voir mourir mes bêtes de même, surtout le lion. Ça meurt pas de même une bête, un lion qui a été élevé à la suce. J’ai joué avec lui jusqu’à sept-huit mois. Tous des félins que j’ai élevés à la suce. Ils étaient des gros bébés. Le lion venait toujours me trouver pour se faire flatter. Il était en très bonne santé et n’avait aucun motif de maladie», a-t-il raconté. 

Le procureur de la Couronne, Me Julien Beauchamp-Laliberté.

Selon ce qui a été relaté par l’avocat de M. Trahan, Me Michel Lebrun, ces informations viennent tout juste de leur être communiquées alors que dans certains cas, les décès sont survenus il y a plusieurs mois. Certains animaux seraient même morts dès le début lors du transport menant à leur nouvel habitat alors que d’autres, dont un coyote et un renard roux ont fui le sanctuaire où ils se trouvaient. Un bébé loup gris, qui a été vu pour la première fois dans son terrier lors de la perquisition, est pour sa part disparu. «On vient d’appendre que de nombreux animaux sont morts. Il va falloir étudier cette nouvelle requête et en prendre connaissance mais ça confirme nos craintes à l’effet que la SPCA a entrepris une opération dont elle ne maîtrise pas la portée et qu’elle a de la difficulté avec les conséquences de sa décision», a indiqué Me Lebrun. 

Outre le lion, on rapporte le décès d’un lynx, d’un mouton de Barbarie, d’un cerf rouge, d’un tahr de l’Himalaya, d’alpagas, de chèvres, d’un zébu, d’un vison américain, d’un daim, d’une corneille, d’un bébé agouti et d’un bébé lama,  

Cette nouvelle requête de la Couronne, qui a été déposée jeudi matin à la Cour du Québec, consiste à prendre en charge les animaux saisis et à faire stériliser 64 animaux,et ce, dans le but de prévenir les maladies et infections génitales, d’éviter l’isolement des animaux non stérilisés, d’éviter les conflits entre les animaux dû aux comportements agressifs afférents à la reproduction, de prévenir la consanguinité entre animaux du même groupe et d’assurer une saine gestion du contrôle des naissances.

L’avocat de la défense, Me Michel Lebrun.

Le procureur, Me Julien Beauchamp-Laliberté, estime d’ailleurs qu’il y a urgence d’agir dans le contexte. Selon les constatations de la SPCA, la gestion du contrôle des naissances était absente lors de la saisie des animaux. «La SPCA a dû prendre des mesures temporaires de gestion des animaux avec la stérilisation chimique (la pilule contraceptive des animaux) mais celle-ci demeure limitée», a-t-il expliqué. 

Il y a donc eu 41 naissances depuis le 21 mai 2019, jour du début de la perquisition. En tenant compte des 18 décès ou fuites, le décompte actuel des animaux sous la garde de la SPCA est de 250. Notons qu’au tout début, 216 animaux avaient été recensés; un chiffre qui avait ensuite été revu à la hausse en juin 2019 pour s’établir à 227.

Quant aux décès et fuite des 18 animaux qui auraient été cachés à l’avocat de M. Trahan, Me Beauchamp-Laliberté soutient que toutes les informations inhérentes au dossier ont été divulguées à la défense dans le respect des obligations de la poursuite. «S’il découvre aujourd’hui des faits qui ont déjà été communiqués et s’il veut en faire des allégués, je lui laisse le soin», a-t-il déclaré. 

Dans le même ordre d’idées, il rappelle que l’objectif de la poursuite est de tenir un procès tout en maintenant la santé des animaux, d’où le dépôt de la requête. Selon lui, les animaux sont bien traités. «Malheureusement, c’est dans la nature des animaux de mourir et de naître. La garde et les soins apportés sont cependant conformes aux pratiques vétérinaires et de gestion des troupeaux mais la stérilisation est nécessaire», a-t-il ajouté. 

Me Lebrun n’est évidemment pas du même avis. Ce dernier entend contester vivement cette nouvelle requête. Il ne voit pas selon lui d’urgence d’agir puisque l’absence de stérilisation est connue depuis la saisie des animaux. Sa première réaction a d’ailleurs été de demander que la requête soit déférée au juge qui entendra le procès au même titre que sa propre requête en restitution de biens qu’il avait présentée à la suite de l’arrestation de M. Trahan. «On lui a confisqué son entreprise et maintenant on veut la gérer à sa place», a indiqué Me Lebrun.  

Plus tard, il précisera dans un point de presse: «Le fait d’enlever les animaux et de confisquer l’entreprise n’était pas la solution souhaitable pour M. Trahan et pour les animaux. Le problème ne justifiait pas cette opération qui est démesurée», a-t-il ajouté 

La requête portant sur la stérilisation a donc été reportée au 24 janvier au stade de la gestion des instances. Par ailleurs, l’enquête préliminaire de Normand Trahan en lien avec les accusations de cruauté animale portées contre lui aura lieu les 12, 13, 26 et 27 mars.