Le décret gouvernemental visant à définir les zones inondables fait réagir passablement les maires et leurs citoyens.

Zone d'intervention spéciale: des maires en état d’alerte!

TROIS-RIVIÈRES — Alors que les municipalités ont jusqu’au 19 août pour transmettre leurs demandes d’ajustements et leurs commentaires par rapport à la zone d’intervention spéciale (ZIS) décrétée par Québec, plusieurs centaines de citoyens ont déjà demandé d’être exclus des zones inondables en question. Or, si la crue des eaux a habituellement pour effet de mettre les municipalités sur un pied d’alerte, cette fois, c’est plutôt la politique gouvernementale qui place les maires en état d’alerte.

D’ailleurs, mardi, la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, tient une rencontre de travail pour développer l’argumentaire qui accompagnera la remise du registre au député Donald Martel alors que le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, convoque les 207 résidents concernés à une soirée d’information citoyenne qui aura lieu à l’église multifonctionnelle, dès 19 h 30.

«À date, on a environ 150 citoyens qui ont demandé de ne pas être inclus dans cette zone-là», a indiqué le premier magistrat. À Nicolet, son homologue rapporte que 241 personnes ont déjà signé le registre.

«Notre coordonnateur des mesures d’urgence a pris tous les niveaux d’eau en 2017 et 2019. On va savoir ce qui a été inondé ou pas. On va vraiment bien étayer notre argumentaire. Après ça, on va remettre ça, avec le registre, à Donald Martel et envoyer ça au ministère des Affaires municipales», explique Mme Dubois.

Celle-ci maintient toutefois l’idée de réfléchir le développement dans les zones inondables, «ce qui aurait dû être fait depuis longtemps». «Chez nous, les gens sont construits correctement, c’est sûr que ça nous touche moins. Mais quand même, ça a beaucoup d’impact parce que la zone est immense pour l’instant», confie-t-elle.

«On appréciait comment on travaillait avant. On souhaite maintenir les mêmes règlements municipaux, appliquer les mêmes règles chez nous, ça ne causait pas de problème. C’est sûr que là, ce qu’on vit, les citoyens veulent de l’information, veulent avoir des suivis», renchérit la mairesse.

Or, elle déplore à nouveau que le tout soit survenu en pleine période estivale. «C’est difficile pour les municipalités et on le vit avec les ministères parce qu’eux autres aussi sont en vacances. On n’a pas de réponse, c’est difficile d’avoir des suivis, on se fait ‘‘pitcher’’ à droite et à gauche, on n’est pas capable de donner de l’information aux citoyens. Il y en a qui commencent à trouver ça difficile et à avoir une certaine frustration. Je comprends parce qu’on a de la misère à avoir des réponses et le 19 août, c’est bientôt», poursuit Geneviève Dubois.

Bref, dit-elle, «ils ne nous ont pas rendu la vie facile». «En plus, chez nous, ça a occasionné des frais, j’ai eu du temps supplémentaire parce que j’ai des gens en vacances. Ce décret a donc aussi des impacts financiers pour la Ville. C’est le dossier de l’heure», ajoute celle qui recevra jeudi la visite de la députée de Vaudreuil et porte-parole de l’opposition officielle en matière de Sécurité publique, Marie-Claude Nichols, pour une tournée de la zone.

À Louiseville, le maire Yvon Deshaies fulmine toujours. «C’est sûr que c’est décevant. C’est un manque de respect envers mes citoyens», a-t-il fait savoir alors qu’une cinquantaine de demandes d’exclusion ont été acheminées à l’hôtel de ville où la directrice de permis et d’urbanisme en a plein les bras.

Celui-ci raconte comment certains propriétaires doivent maintenant renoncer à effectuer des travaux alors qu’ils n’ont jamais subi d’inondations. D’autres ont maintenant du mal à vendre leur propriété. «Le monde est inquiet. C’est un paquet de trouble. Même nos bassins de rétention ont été mis dans la zone inondable. Au début, les citoyens pensaient que c’était la Ville qui avait fait ça. On mange des bêtises. On aurait pu s’en passer. On est bien déçu qu’ils nous aient pelleté ça comme ça. Ils auraient pu nous en parler. C’est dommage», a-t-il décrié.

D’ailleurs, en vue de la prochaine séance publique, le premier magistrat envisage de faire adopter une résolution pour demander au gouvernement de prolonger la période de commentaires et de bouger «parce qu’il y en a qui veulent construire de quoi». «Ils n’ont pas le choix de réviser ça», affirme M. Deshaies.

Finalement, son homologue de Yamachiche, Paul Carbonneau, indique qu’une lettre fut envoyée à tous ceux qui étaient touchés. Et sur la trentaine de citoyens visés par la correspondance, quelques-uns seulement se sont exprimés jusqu’à présent pour demander d’être exclus de la zone inondable.

«Mais ils ont encore du temps. C’est les vacances. Ils ont ciblé des gens qui n’ont jamais été inondés. Je trouve que c’est un peu vite fait», conclut-il.