Si la première vague de COVID-19 a mis sur la glace les projets de voyage d’une majorité de Québécois, la seconde, qui survient alors que le froid et la neige s’installeront bientôt à demeure, risque d’en inciter plusieurs à décoller vers les plages du Sud, et cela, peu importe l’évolution de la pandémie.
Si la première vague de COVID-19 a mis sur la glace les projets de voyage d’une majorité de Québécois, la seconde, qui survient alors que le froid et la neige s’installeront bientôt à demeure, risque d’en inciter plusieurs à décoller vers les plages du Sud, et cela, peu importe l’évolution de la pandémie.

Voyages dans le Sud: partir ou ne pas partir?

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Partir ou ne pas partir? Si la première vague de COVID-19 a mis sur la glace les projets de voyage d’une majorité de Québécois, la seconde, qui survient alors que le froid et la neige s’installeront bientôt à demeure, risque d’en inciter plusieurs à décoller vers les plages du Sud, et cela, peu importe l’évolution de la pandémie. Heureux qui comme Ulysse fera (peut-être) un beau voyage...

Directeur des ventes chez Voyages Québec, Simon Lavoie-Doyon estime qu’il y a «plus de monde qu’on peut le croire» qui jongle avec l’idée de lever l’ancre, en solo, en couple ou en famille, malgré la recommandation du gouvernement fédéral d’éviter les voyages non essentiels.

«On a beaucoup de demandes pour le Sud pour le temps des Fêtes. Les gens commencent même à planifier pour la semaine de relâche [en mars]», explique-t-il, ajoutant du même souffle que les voyageurs demeurent toutefois prudents et que ce regain d’activité ne se traduit pas nécessairement au final par l’achat de billets en bonne et due forme.

«Les gens tâtent le terrain. Ils veulent voir s’il y a vraiment de bonnes offres pour le Sud, si ça vaut le coup […]. Est-ce l’espoir d’un vaccin qui fait en sorte que le téléphone sonne davantage? Je crois qu’il y a des gens qui se disent : ça y est, on va bientôt être libérés.»

«Ça bouge un peu plus, il y a plus de demandes qu’il y a deux ou trois mois, les gens réfléchissent de plus en plus», confirme Laurent Grand’Maison, directeur de Voyages Paradis.

Reprise des vols de Québec

Signe d’un certain engouement, Air Transat se prépare à reprendre ses vols directs vers le Sud, à compter du mois prochain, à partir de Québec. Punta Cana, en République dominicaine, est la première destination (22 décembre). Figurent ensuite au programme Cancún, au Mexique (23 décembre), Holguin (1er février) et Varadero (4 février), à Cuba, et Fort Lauderdale, en Floride (6 février).

En raison de «la faible demande causée par la deuxième vague de COVID-19», quelques destinations soleil, comme Cayo Coco, Orlando et Puerto Plata, sont disparues de l’écran radar. «Nous avons été contraints de réduire considérablement notre capacité globale pour la saison hivernale, notamment en procédant à l’annulation complète de certaines routes» indique la directrice du marketing, des médias sociaux et des relations publiques chez Air Transat, 

Debbie Cabana. Sunwing compte également reprendre du service à l’hiver 2021 à partir de la capitale.

«S’il y a une demande à Québec vers le Sud, il va y avoir des vols. Tout est une question d’offre et de demande», indique la porte-parole de l’aéroport international Jean-Lesage, Laurianne Lapierre, où transitent à l’heure actuelle entre 100 et 300 passagers quotidiennement, alors que ce nombre pouvait atteindre jusqu’à 5000 avant la pandémie.

«L’an dernier, les deux tiers des Québécois étaient prêts à fuir le froid pour se diriger vers la plage. Cette année, les premières indications suggèrent qu’ils passeront la saison hivernale plus près de la maison», mentionne par courriel Noemi Foucault, conseillère principale en communications marketing chez Expedia.

Malgré cela, le rapport sur les tendances montre que les destinations soleil comme la Rivera Maya, Playa del Carmen et Oahu sont toujours convoitées» lors des planifications de vacances.

La quarantaine, un frein

«Il y a toujours des gens qui sont mordus de voyages et qui vivent pour voyager. Ces gens-là, on les voit actuellement» ajoute Pierre-Olivier Fortin, porte-parole du CAA-Québec. Nos chiffres de vente restent toutefois très minimes par rapport à la normale. Mais c’est sûr que le temps froid et la neige viennent avec des fourmis dans les jambes pour plusieurs.»

Lors d’un sondage réalisé par le CAA au printemps dernier, au plus fort de la pandémie, le vaccin arrivait en tête de liste des motifs susceptibles d’influencer les décisions des voyageurs. «Il y a fort à parier que lorsque le vaccin va devenir disponible et accessible, les intentions de voyages vont augmenter», précise Pierre-Olivier Fortin.

«Les gens demandent à être rassurés. Le défi de l’industrie du voyage est de mettre en place des mesures sanitaires qui sont de nature à redonner confiance aux voyageurs», croit-il.

Pour le moment, la quarantaine obligatoire qu’il faut s’imposer au retour au pays demeure «un frein important» pour les voyageurs. Le télétravail, de plus en plus répandu, conjugué à la souplesse des employeurs, permet toutefois de vivre cette période de transition plus facilement, estime-t-on. «La majorité est prête à s’en accommoder et se prépare à l’avance», croit Simon Lavoie-Doyon.

Les agent de voyage remarquent que de plus en plus de Québécois veulent des informations sur les destinations soleil offertes cet hiver.

Des rabais alléchants

Histoire de mettre toutes les chances de leur côté, mentionne le porte-parole de Voyages Québec, les voyageurs ne veulent pas s’aventurer hors des sentiers battus. La sécurité est le maître mot. «Les clients à qui je parle me disent que pour un premier voyage [après le confinement], ils veulent aller dans un tout-inclus où ils savent qu’ils seront dans une bulle, toujours avec le même monde. Ils n’iront pas faire d’excursions en groupes et resteront à l’hôtel.»

Pendant ce temps, tout semble nickel dans les établissements hôteliers du Sud afin d’accueillir les voyageurs venus du froid. «C’est incroyable. Tout est comme on dit “sur la coche”», déclare M. Lavoie-Doyon, récemment arrivé du Mexique. L’incontournable et proverbial trio masque-gel désinfectant-distanciation est à partout en vigueur. «C’est leur gagne-pain, alors personne ne veut avoir un seul cas de COVID dans son hôtel.»

Une observation corroborée par une Québécoise qui séjourne actuellement au Club Med de Punta Cana. Capable d’accueillir jusqu’à 2000 personnes, l’endroit en compte seulement 120. «De la distanciation, il y en a en masse. T’as l’impression d’avoir le Club à toi toute seule. Les gens sont tellement bien que plusieurs allongent leur séjour.»

Dans ce contexte de rareté, les bonnes affaires sont au rendez-vous pour séduire les vacanciers. «Des tarifs en bas de 1500 $ par personne, aux Fêtes, dans de super beaux hôtels, c’est exceptionnel», s’exclame Simon Lavoie-Doyon.

Un pensez-y-bien

Malgré tout, le CAA Québec apporte de «gros bémols» face à l’idée d’aller décrocher au bord de la mer en ces temps incertains. Si plusieurs compagnies d’assurances offrent maintenant des contrats pour couvrir les frais reliés à d’éventuels frais médicaux liés à la COVID-19, «il faut être conscient que les montants ne sont pas énormes, explique Pierre-Olivier Fortin. Souvent, c’est 100 000 $.»

«D’une part, ça peut être insuffisant et, d’autre part, l’accès aux soins médicaux n’est pas toujours garanti. Si une éclosion arrive et que les hôpitaux sont pleins, la compagnie d’assurances ne peut pas faire de miracles. À l’étranger, dans le contexte actuel, on ne sait pas ce qui peut arriver. Si un pays décide subitement de fermer ses frontières et qu’on ne peut plus repartir, le gouvernement canadien a été très clair qu’il n’y aura pas de rapatriement. Donc, c’est un pensez-y-bien.»

Si le désir d’évasion n’est pas trop fort, le CAA recommande plutôt de prendre son mal en patience et de commencer à planifier ses voyages «à plus long terme» pour 2021. Même ceux qui pensent prendre des vacances au Québec seraient mieux de ne pas trop attendre.

«Les gens planifient déjà les vacances de l’été prochain. Les rabais Explore Québec sont vraiment en demande, mentionne Simon Lavoie-Doyon. Ceux qui n’ont pas eu de disponibilités l’été dernier, en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, parce que c’était un peu la folie, se préparent pour ne pas prendre de chances.»