Milo Desbiens, le fils de la chargée de projet de l'exposition Colin Niess, ressemble à un jeune Syrien.

Voir son sosie… en pierre et en photo au Musée de la civilisation [VIDÉO]

Ça nous est tous déjà arrivé: «J’ai vu ton sosie, hier.» Jean Potvin, un peu plus souvent: «Ça m’arrive régulièrement.» Mais de là à penser qu’il est le portrait tout craché du grand orateur grec Démosthène… Et pourtant la ressemblance est plus que troublante. Le créateur en arts visuels de Québec est l’un de 25 modèles retenus — sur 108000 candidatures — pour la fascinante exposition «Mon sosie a 2000 ans», qui ouvre ses portes au Musée de la civilisation.

Un appel à tous, il y a deux ans, sur une plateforme Web, a donné des résultats inespérés… et inattendus: le site a cessé de fonctionner, croyant être victime d’une cyberattaque! Un système de reconnaissance faciale s’est chargé d’un premier écrémage en comparant les photos avec la cinquantaine de sculptures antiques provenant de deux musées suisses.

N’empêche. Le défi était herculéen. Coline Niess, la chargée de projet, s’est patiemment mise à la tâche de trouver des alter ego pour faire le lien entre l’Antiquité et la modernité. Ils sont venus de partout dans le monde pour se faire tirer le portrait par François Brunelle, déjà spécialiste des sosies contemporains. Et de tout près aussi: alors que Coline Niess se demandait à qui le relief funéraire d’un jeune Syrien, décédé entre 101 et 200, pouvait bien ressembler, l’évidence était sous ses yeux, son propre fils, Milo Desbiens, né en 2007.

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L’exposition débute avec les 108000 photos, format passeport, de tous les candidats et une présentation de la réalisation du projet, notamment le soin apporté par François Brunelle à ses clichés noir et blanc. Dans l’immense salle contiguë, avec ses colonnades de lumière DEL (qui amalgame antiquité et modernité, un beau clin d’œil), les portraits sont bien en évidence côte à côte. Mais pas seulement: on a pris soin de réaliser des visages en silicone 3D qui ressemblent à s’y méprendre aux masques antiques.

Encore plus déconcertant que ces ressemblances physiques à l’épreuve du temps, on retrouve des parcours similaires. Les créateurs de l’exposition se sont rendu compte que certains des sosies partageaient aussi des similitudes dans leurs vies respectives.

Amanda Bullis a trouvé son sosie quelque part entre 300 et 201 av. J.-C.

Le rapprochement créé par la ressemblance entre les individus a incité le Musée à pousser sa réflexion plus loin sur l’image de soi et ses enjeux contemporains à l’heure des égoportraits. Une zone de l’exposition est consacrée à l’art du portrait et de l’autoportrait de l’antiquité à aujourd’hui en exposant des portraits de mémoire, de portraits d’influence ainsi que deux portraits de bébés issus du concours Mon bébé a 2000 ans, effectué avec la collaboration du Soleil.

Ce n’est pas d’hier que la ressemblance morphologique nous fascine. «Déjà, dans l’Antiquité, on s’interrogeait sur les ressemblances», a révélé Béatrice Blandin, conservatrice du Musée d’art et d’histoire de Genève. 

Et de raconter cette anecdote savoureuse sur Auguste, qui aurait rencontré son sosie. Lorsque l’homme se présente à l’empereur, celui-ci lui demande si sa mère était déjà venue à Rome. «Non, mais mon père y venait souvent.» Auguste prit le parti de rire de cette remarque insolente…

Mon sosie a 2000 ans, au Musée de la civilisation, du 24 octobre au 12 mai 2019

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Jean Potvin est le portrait tout craché du grand orateur grec Démosthène.
L'expo débute avec les 108000 photos de tous les candidats.