Le premier ministre Justin Trudeau a procédé à l’annonce avec la mairesse de Lac-Mégantic Julie Morin, le député de Mégantic Ghislain Bolduc, dissimulé par le lutrin, le ministre des Transports du Canada Marc Garneau et le premier ministre Philippe Couillard.

Voie de reconstruction sociale à Lac-Mégantic

En annonçant officiellement que les trains vont enfin sortir du centre-ville de Lac-Mégantic, Ottawa et Québec espèrent contribuer de façon tangible au processus de guérison d’une communauté encore lourdement éprouvée par le décès brutal de 47 des siens il y a bientôt cinq ans.

«Aucune communauté ne devrait avoir à vivre ce que Lac-Mégantic a vécu. Aucune personne ne devrait avoir à souffrir de la perte tragique des siens», a exprimé vendredi matin le premier ministre du Canada Justin Trudeau, venu confirmer sur place la très attendue voie de contournement ferroviaire.

«Vous savez, le jour de l’annonce d’un projet d’infrastructures, les politiciens sont généralement tout sourire. Aujourd’hui, ici, il n’y a rien qu’on ne donnerait pas pour revenir dans le passé et éviter d’être là pour cette annonce. Évidemment, nous ne pouvons pas réécrire l’histoire, mais nous pouvons, ensemble, façonner l’avenir et soutenir cette communauté d’une façon particulière», a-t-il ajouté en parlant d’un «moment important pour tout le pays».

Devant plus d’une centaine de citoyens, d’intervenants et d’élus qui s’étaient déplacés dans le stationnement de la gare patrimoniale du centre-ville, malgré le froid mordant, M. Trudeau et son homologue provincial Philippe Couillard ont ainsi dévoilé ce qu’on savait depuis le début de la semaine. Québec et Ottawa ont conclu une entente de principe pour aménager une voie de contournement ferroviaire d’environ 12,8 kilomètres au coût de 133 millions $ à Lac-Mégantic, pour 2022 si tout va comme souhaité.

Une poignée de citoyens affichaient au même moment, silencieusement, leur opposition au tracé retenu.

«La construction de cette voie, c’est beaucoup plus qu’un projet conventionnel d’infrastructure ferroviaire. C’est une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle. Parce qu’au fond, la relocalisation de la voie ferrée contribue aussi à la reconstruction sociale de la communauté de Lac-Mégantic et des municipalités de Frontenac et de Nantes qui ont elles aussi subi les contrecoups de la tragédie du 6 juillet 2013», a dit le premier ministre du Québec.

Consensus

S’il a fallu cinq ans pour arriver à cette annonce, M. Couillard a précisé qu’il s’agissait du temps nécessaire «pour analyser la situation, examiner divers scénarios et dégager la meilleure solution».

Philippe Couillard a rappelé l’étude de faisabilité entreprise en 2015 et le comité stratégique interministériel Québec-Ottawa mis en place pour assurer le suivi et arriver à un tracé qui fasse consensus dans le milieu.

«Consensus ne signifie pas nécessairement unanimité, a-t-il insisté, mais il rallie la grande majorité de la population.»

«Cette voie ferrée est juste assez éloignée et juste assez proche pour soutenir le développement économique actuel et futur de la région, de la ville et de son parc industriel. Il ne faut pas oublier que plusieurs entreprises de ce parc industriel compte sur une desserte ferroviaire efficace», a statué M. Couillard.

Même si le tracé retenu a été longuement documenté, M. Couillard a précisé que le fédéral, qui sera maître d’œuvre du chantier, se montre ouvert à certains accommodements pour favoriser l’acceptabilité sociale.

«C’est une des raisons pour lesquelles j’ai indiqué qu’il y aurait un BAPE spécifique sur le trajet retenu avec un forum où les gens pourront s’exprimer. Des ajustements seront possibles, mais des ajustements à la marge. On ne va pas recommencer le processus à zéro. Mais si c’est possible de faire des déplacements acceptables sur le plan des coûts pour amenuiser certaines contraintes, tout le monde va le regarder.»


« Quel que soit le tracé final, souvenons-nous que les citoyens touchés deviennent, sans que personne l’ait souhaité, des victimes collatérales du 6 juillet 2013.  »
Julie Morin, mairesse de Lac-Mégantic

Redisant son soulagement d’obtenir enfin ce projet d’infrastructure, la mairesse Julie Morin a d’ailleurs tendu la main à ses homologues des municipalités voisines de Frontenac et de Nantes, dont quelques citoyens décrient le déplacement de la voie ferrée chez eux.

«Depuis six mois, nous avons travaillé en étroite collaboration afin que ce projet majeur soit porté par les trois municipalités. Étant conscients des enjeux et de l’importance du projet pour le développement régional, [...] nous avons travaillé sans relâche pour que les citoyens soient le moins touchés possible. Maintenant qu’une annonce se concrétise, je nous souhaite de garder le cap. Quel que soit le tracé final, souvenons-nous que les citoyens touchés deviennent, sans que personne l’ait souhaité, des victimes collatérales du 6 juillet 2013.»

Mme Morin a également assuré qu’au-delà de la solution annoncée vendredi, la Ville de Lac-Mégantic allait poursuivre le travail amorcé avec différents partenaires en ce qui a trait à la sécurité ferroviaire au pays. «Si depuis la tragédie tout le Québec et le Canada nous ont appuyés dans notre projet de voie de contournement, je souhaite réaffirmer à tous que nous continuerons à nous impliquer pour ne plus jamais qu’arrive une telle catastrophe dans une autre communauté», a-t-elle déclaré en pointant la Fédération canadienne des municipalités, la Fédération québécoise des municipalités et l’Union des municipalités du Québec.

2022

Brandissant un clou de voie ferrée qu’un Méganticois lui avait remis pour démontrer le mauvais état de l’infrastructure, le ministre fédéral des Transports Marc Garneau a quant à lui rappelé combien les citoyens avaient été nombreux à réclamer cette voie de contournement pour assurer leur sécurité.

«En route ici ce matin [vendredi], a-t-il raconté, j’avais l’intention de vous remettre ce clou. Mais j’ai changé d’idée. J’ai décidé que c’était plus important de le remettre au prochain ministre des Transports [...] pour qu’il le présente lui aussi à son successeur, comme rappel que la sécurité ferroviaire, ce n’est pas simplement une question de règlements, parce que ça affecte la vie des gens.»

Simultanément avec les travaux du BAPE spécifique, la voie de contournement passe maintenant à l’étape de l’avant-projet définitif. Il s’agit pour le maître d’œuvre d’obtenir les autorisations requises, procéder à la conception détaillée des plans et devis et acquérir les terrains selon le processus fédéral d’expropriation avant de passer à la construction proprement dite. «À moins de surprises, dit M. Garneau, ça va être possible de faire la voie d’ici 2022.»

Une poignée de citoyens, essentiellement des propriétaires de terres agricoles visés par le tracé, ont manifesté pacifiquement leur opposition en retrait de la conférence de presse.