«Vivre cancer et chimiothérapie, c’est un défi particulièrement difficile», exprime l'autrice de cette lettre.
«Vivre cancer et chimiothérapie, c’est un défi particulièrement difficile», exprime l'autrice de cette lettre.

Vivre la chimiothérapie en temps de COVID

Nicole Moreau
Nicole Moreau
Québec
TÉMOIGNAGE / J’ai été opérée pour un cancer sérieux en mars 2020. Par la suite, on m’a informée qu’il serait préférable pour moi de subir douze traitements de chimiothérapie. 

Recevoir un diagnostic de cancer bouleverse une vie. Je croyais, auparavant, que la publicité sur le cancer faisant voir des gens qui tombent à terre pouvait être une façon légèrement exagérée d’exprimer la réaction de ces gens. Toutefois, quand ça a été mon cas, j’ai compris que c’était tout à fait le cas. Ma vie a profondément changé depuis ce moment. J’ai rapidement compris que «ma date de péremption» s’était dangereusement rapprochée, chose à laquelle peu de gens pensent quand ils sont en relative bonne santé et ce, même rendu à un âge certain. On est tous pris dans le tourbillon de la vie, on a tous des responsabilités de tous genres qu’on doit assumer.

Le cancer nous oblige toutefois à nous ralentir, voire à arrêter toutes sortes d’activités. Le cancer fait peur à tout le monde et peut éloigner certains de nos proches. Toutefois, le cancer n’a pas d’impact sur nos compétences cognitives. Je suis une adulte en pleine possession de mes capacités, une adulte qui a toujours eu des intérêts très diversifiés. Je n’ai pas envie de mettre une croix sur ce que j’étais avant ce diagnostic. Je n’ai pas envie de ne parler que de cancer, d’autres choses continuent à m’intéresser. Évoquer d’autres sujets que le cancer me dit que malgré tout, la vie se poursuit. La mienne a pris un direction différente, mais je reste une personne au plein sens du terme.

J’ai besoin, comme tout le monde, que l’on se préoccupe de moi, j’en ai même davantage besoin qu’auparavant, j’ai besoin d’écoute, mais aussi besoin de partager avec les autres. Je sais bien que certains qui s’éloignent d’une personne atteinte de cancer est un signe que le cancer fait peur, mais le cancer n’est pas une maladie contagieuse.

Vivre seule lorsque l’on est actif sur le marché du travail et que l’on a une vie sociale satisfaisante est une chose, la solitude d’une personne retraitée mais active est très différente de la première – on se rend compte à quel point le travail structure une vie alors qu’à la retraite, on est responsable de tout ce qu’on fait, nos actions sont le résultat de nos initiatives.

Solitude

En temps de COVID, la solitude est exacerbée pour tous, il y a eu le confinement d’abord et la réouverture des activités se fait à un rythme lent. Ce qui fait que les activités sociales sont moindres pour tous, mais plus encore pour les personnes atteintes de cancer et qui sont sous chimiothérapie. On sait que plus de 80% des personnes sous chimiothérapie doivent composer avec des effets secondaires de fatigue, de grande fatigue, ce qui joue sur la concentration – une personne comme moi qui appréciait beaucoup la lecture a plus de difficulté à le faire par exemple, ou encore, l’énergie moindre oblige à diminuer les activités physiques, je faisais auparavant de grandes promenades de plus de deux heures, sans efforts, maintenant, je suis contente avec dix ou quinze minutes de marche. La chimiothérapie occasionne bien d’autres effets secondaires. Mais je reste capable de prendre des décisions pour moi, je n’ai pas besoin qu’on me dise quoi faire et quand certains me disent quoi faire, je vois là un manque de respect pour l’être humain que je suis.

Les rencontres avec des amis et amies ou des membres de la famille se sont faites rares, ce qui est une constituante de l’immense solitude ressentie. Ça a sans doute été pour beaucoup dans l’anxiété que j’ai ressentie et que je ressens toujours.

Il est clair que le cancer et ce qui vient souvent avec la chimiothérapie soulèvent des questions importantes sur le sens de la vie. Vivant dans une société où tout doit se faire dans une perspective presque d’instantanéité, la réflexion sur cette question du sens de la vie risque de gêner bien des gens qui n’en voient pas nécessairement l’intérêt. Toutefois, chacun a un bilan à faire au bout de sa vie.

La voie qui s’ouvre à moi est celle du fatalisme. Je n’ai pas de contrôle sur mon corps, sur ma santé (j’ai depuis longtemps de «saines habitudes de vie»), il me reste à accepter ce que la vie m’apportera de bon comme de moins bon. Toute forme de «décision» qui vient de l’extérieur de soi paraît difficile à accepter, mais je ne crois pas avoir d’autre choix que d’accepter cette autorité de la vie. Ça amène à voir à quel point il convient d’être humble devant la vie.

En conclusion, vivre cancer et chimiothérapie, c’est un défi particulièrement difficile.