Charles convainc sa copine de coucher avec d’autres hommes pour faire de l’argent. Le jeune homme achète des bijoux et des déshabillés à sa blonde.

Violences sexuelles dans un couple d’ados

Suffocation, brûlure avec une cigarette, frein de la langue arraché lors d’une fellation; Jeanne*, 16 ans, raconte les pires violences sexuelles subies aux mains de son ex-copain, Charles*, 17 ans.

Le récit d’horreur entendu hier en chambre de la Jeunesse a débuté par une histoire d’amour somme toute classique, à l’automne 2017.

Les deux adolescents se rencontrent lors d’une cure de désintoxication. C’est le coup de foudre. Charles est gentil, attentionné. Un prince charmant pour la jeune fille meurtrie.

Les deux jeunes passent beaucoup de temps ensemble. La mère de Charles décrit Jeanne comme «une fille à problèmes», qui se balade dans l’appartement en sous-vêtements.

Après quelques mois d’abstinence, les vieux démons ressurgissent. Charles commence à vendre des stupéfiants, de la cocaïne notamment. Il en offre à sa blonde.

Charles s’approvisionne auprès de Christopher Pardieu, un proxénète condamné à neuf ans de prison l’automne dernier. Les dettes s’accumulent.

Prostitution juvénile

Jeanne reçoit des appels téléphoniques inquiétants; on la menace de viol si les dettes ne sont pas remboursées.

Charles convainc sa copine de coucher avec d’autres hommes pour faire de l’argent. Ce sera sa contribution, dit-il, pour avoir pu consommer de la drogue à ses frais.

Le jeune homme achète des bijoux et des déshabillés à sa blonde. Il va aussi prendre des photos d’elle nue et les filmer tous les deux pendant qu’ils ont une relation sexuelle.

À l’hiver 2018, Jeanne va se rendre dans des hôtels et des résidences privées de Québec, Victoriaville, Drummondville, Sainte-Anne-des-Monts et Rivière-des-Prairies. Lors de chaque voyage à l’extérieur de Québec, elle aura des relations sexuelles avec entre 4 et 10 hommes, dit-elle.

Jeanne ne voit jamais l’argent. C’est Charles et un de ses amis, postés de l’autre côté de la porte de la chambre d’hôtel, qui recueillent la somme auprès des clients. Elle sait qu’une relation sexuelle non-protégée coûte plus cher.

Jeanne consomme plus que jamais. Charles lui annonce qu’il veut recruter d’autres jeunes filles pour faire plus d’argent. Mais pas d’inquiétude, ajoute-t-il; Jeanne restera sa queen.

Charles devient de plus en plus agressif. Dans une plainte qui ne sera portée que plusieurs mois plus tard, Jeanne raconte aux policiers avoir été insultée, giflée et même étranglée lors de supposés jeux sexuels. Le jeune homme l’a aussi brûlée au dos avec une cigarette.

Charles s’amuse à lui boucher le nez pendant qu’elle lui fait une fellation. À une autre occasion, le jeune homme donne des coups de pénis de façon tellement violente que l’adolescente aura le frein de la langue arraché.

En avril 2018, Jeanne décide de retourner en centre de désintoxication. Le jeune homme l’avertit; si elle le trahit, il saura où la retrouver.

L’enquête policière chemine lentement, au rythme de la plaignante, qui soigne sa dépendance aux stupéfiants et hésite à tout dire. Ce n’est qu’en janvier que sept accusations seront finalement portées contre Charles, aujourd’hui âgé de 18 ans. Il devra répondre notamment à des accusations de trafic de cocaïne, d’agression sexuelle, d’agression sexuelle causant des lésions, de proxénétisme, de production de pornographie juvénile et d’avoir vécu des fruits de la prostitution juvénile.

Peine pour adulte réclamée

La procureure de la Couronne Me Maya Ducasse-Hathi a annoncé qu’elle réclamerait l’assujettissement de l’accusé à une peine pour adulte. Si l’on additionne simplement les peines minimales prévues pour les crimes reprochés, Charles ferait ainsi face à une peine de huit ans de pénitencier.

La Couronne voulait aussi que le jeune accusé, qui a plusieurs antécédents judiciaires en jeunesse et déjà certains aux adultes, reste détenu pour la durée des procédures afin d’assurer la sécurité de la plaignante.

L’avocate de Charles, Me Anne-Marie Claveau, qualifie de «minimes» les probabilités de condamnation de son client. Pour l’instant, aucune preuve matérielle ne vient corroborer la version de la plaignante, insiste l’avocate de défense.

Charles saura se tenir tranquille, assure l’avocate; il va continuer à travailler sur le déneigement et veut reprendre ses cours à l’école aux adultes.

Le juge Dominic Pagé de la Cour du Québec avait écouté, sourcils froncés, le récit des faits allégués. Le juge a dit n’avoir que peu confiance en l’accusé, un individu qui a déjà brisé plusieurs ordres du tribunal par le passé. Le juge Pagé est toutefois prêt à confier Charles à sa mère, une dame qui n’a pas hésité à dénoncer son fils. Charles devra notamment observer un couvre-feu et s’abstenir d’approcher la plaignante.

* Prénoms fictifs. La Loi sur le système de justice pénale pour adolescents interdit de publier l’identité d’un accusé ou d’un plaignant.