Annette Beaulieu craint de ne pas avoir pu dire merci à ses bons samaritains au moment de son AVC en mars dernier.

Victime d’un AVC, une femme recherche les anges qui lui ont sauvé la vie

Annette Beaulieu se rend à la bibliothèque Monique-Corriveau vers 13h tous les dimanches depuis plusieurs semaines. Elle espère y retrouver ses anges, ces deux personnes qui lui ont sauvé la vie le 3 mars dernier.

La dame de 78 ans a été victime d’un AVC cette journée-là. Ses symptômes se sont manifestés quelque part entre la sortie de la bibliothèque et le trottoir pour se rendre à sa voiture.

Ne sachant pas ce qui lui arrivait, elle s’est rendue à son auto, en traînant son côté droit complètement paralysé. 

«Je n’étais pas capable de juger de la situation, je ne savais pas que je faisais un AVC. Je savais que quelque chose n’allait pas, mais je ne savais pas quoi. Je ne pensais qu’à aller à la maison», se souvient-elle.

Prise dans sa voiture 

Assise dans sa voiture, elle a pu reculer dans le milieu du stationnement. Elle s’est vite rendu compte qu’elle n’était pas en mesure de conduire bien plus loin. 

«J’ai réussi à reculer en donnant un gros coup, je savais que mon pied ne fonctionnait pas, mais j’ai donné un gros coup. Et là, je ne savais plus quoi faire. Il y avait des personnes des deux bords, mais personne ne klaxonnait et personne n’est sorti de sa voiture pour voir ce qui se passait. J’ai redonné un autre gros coup pour rentrer dans mon stationnement», poursuit Mme Beaulieu. 

Un passant a alors passé devant elle, leurs regards se sont croisés. À ce moment, il a sûrement remarqué le côté droit de son visage qui s’affaissait. 

«Les gens circulaient, mais ne m’ont pas remarquée. Personne ne s’est arrêté avant le monsieur. Lui m’a regardé dans les yeux. Il ne m’a jamais parlé, pas un mot. Il ne parlait pas bien le français.»

Mme Beaulieu a de clairs souvenirs de ce qui s’est passé ensuite. Elle glisse hors de son auto, elle se retrouve par terre et un homme lui porte secours. 

«Une autre dame est arrivée, elle m’a vue et elle a tout de suite dit que je faisais un AVC. Puis l’homme lui a donné son téléphone pour appeler le 9-1-1. Elle a dit qu’il fallait me mettre dans l’auto pour que je reste tranquille. Le monsieur m’a prise comme un bébé et on était accrochés avec nos yeux. Il me regardait très profondément. Il m’a déposée tranquillement dans l’auto, il a fermé le moteur et m’a attachée. C’est une dame d’expérience, j’en suis certaine. Elle savait quoi faire», se souvient Mme Beaulieu.

Pas un miracle, mais...

Annette Beaulieu est restée trois jours à l’hôpital. Et maintenant, elle connaît bien ce qu’est un AVC. 

«Le neurologue m’a dit que j’avais été très chanceuse. J’ai été prise tellement vite. Je ne suis pas croyante, je ne dirai pas que c’est un miracle... mais il s’est passé quelque chose de gros.»

La dame n’a pas gardé trop de séquelles, étant donné la rapidité avec laquelle elle a été soignée. Elle semble avoir quelques problèmes à trouver les noms propres, et à tenir son pied droit dans la bonne direction. Pour le reste, tout semble OK.

«Je veux leur dire merci, et leur demander s’ils m’ont entendue la première fois. Merci d’avoir pris la décision de me sauver.»

Au moment où elle entrait dans l’ambulance le jour de l’incident, elle voyait ses deux sauveurs quitter les lieux et se diriger vers la bibliothèque. Elle leur a crié un grand merci, mais ils ne se sont pas retournés, probablement parce qu’aucun son n’est sorti de la bouche de Mme Beaulieu, ou que ses paroles n’étaient pas compréhensibles.

«J’ai crié fort dans ma tête! Mais je sais maintenant que rien n’est sorti. Si je les voyais, je les reconnaîtrais, j’en suis certaine. Ils ont pris soin de moi. J’espère qu’ils vont lire Le Soleil. Pour l’instant, je reviens chaque dimanche, je ne suis pas encore résignée à abandonner.»

Les étoiles alignées

Le plus étonnant est que Mme Beaulieu ne pensait pas aller à la bibliothèque ce dimanche-là, elle était censée redonner ses livres le lundi d’après. Elle vit seule, si elle avait fait son AVC chez elle, ça aurait pu être très long avant que quelqu’un lui porte secours.

«Je me suis dit que j’allais me débarrasser de ça... Sinon, je devais être à la maison à 13h! Pour moi, les étoiles étaient alignées. Comment se fait-il que ces personnes-là étaient là, à ce moment-là?»

Depuis cet incident, elle fait partie du programme Pair, un service d’appels quotidiens qui permet aux personnes vivant seules de se sentir davantage en sécurité. Tous les jours, quelqu’un est en mesure de vérifier si tout se passe bien pour Mme Beaulieu à l’aide d’un coup de fil.