La tornade des derniers jours à Ottawa et Gatineau ont fait réagir les chefs de parti politique sur les effets néfastes des changements climatiques.

Vérification faite: pas de lien entre tornade et réchauffement

L'AFFIRMATION: «Si des gens doutent de l’existence réelle et concrète des changements climatiques, voilà», a affirmé en fin de semaine le chef libéral Philippe Couillard, en montrant du doigt les dégâts faits par la tornade à Gatineau.

«Avec les changements climatiques, c’est clair qu’il va y en avoir de plus en plus [d’événements climatiques extrêmes comme cette tornade]», a ajouté le chef caquiste François Legault.

«Un événement catastrophique comme celui-là nous rappelle qu’il y a un danger climatique dans lequel nous sommes rentrés», a indiqué le chef péquiste Jean-François Lisée.

La co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé a pour sa part réagi à cette tornade en disant que «des programmes de mitigation doivent être adaptés pour faire face aux changements climatiques».

Bref, tous les chefs de parti affirment que les tornades seront de plus en plus fréquentes à mesure que la planète se réchauffera. Alors voyons voir…

LES FAITS

Si l’on regarde le nombre de tornades qui ont été rapportées chaque année depuis 100 ans, la tendance à la hausse apparaît forte et évidente, à première vue. Le hic, cependant, est que cette augmentation est considérée comme très peu crédible par une grande majorité de scientifiques. Les tornades, en effet, sont des phénomènes très localisés, et donc faciles à «manquer» : bon nombre sont survenues dans des régions sauvages, dans le passé, et n’ont jamais été comptabilisées. Or, comme les régions les plus propices aux tornades sont beaucoup plus peuplées maintenant qu’il y a un siècle, tout indique qu’il n’y a pas plus de tornades qu’avant, mais qu’il y en a juste moins qui passent inaperçues. C’est encore plus vrai si l’on tient compte des techniques de détection moderne (au radar).

Le graphique ci-contre, tiré du site de la National Oceanic and Atmospheric Administration (bit.ly/2bVcGEA), montre le nombre annuel de tornades survenues aux États-Unis (l’endroit dans le monde où il y en a le plus, et de loin) depuis les années 50. On y voit tout de suite qu’il n’y a aucune tendance à la hausse, et notons que c’est la même chose si l’on se concentre uniquement sur les tornades les plus fortes.

On peut trouver ici et là des études suggérant que tel ou tel aspect des tornades empire, mais la position majoritaire des climatologues est qu’elles ne sont pas plus fréquentes qu’avant.

En outre, il y a plus qu’une simple absence de preuve statistique, ici, note la climatologue Dominique Paquin, du consortium scientifique Ouranos : les modèles climatiques ne prévoient tout simplement pas que le réchauffement planétaire augmentera le nombre des tornades. C’est en partie une question d’échelle, explique-t-elle, parce que les tornades sont des événements qui sont trop petits pour la définition relativement grossière de nos modèles climatiques. Mais c’est aussi parce qu’on ne voit pas de mécanisme par lequel le réchauffement climatique favoriserait la formation de ces vortex.

Dans le cas des ouragans (et peut-être les chefs de parti ont-ils confondu ouragans et tornades, ici), les modèles climatiques prévoient une augmentation parce que c’est la température des eaux de surface de l’océan qui fournit l’énergie à ces terribles tempêtes. Plus il fera chaud, plus il arrivera souvent que la température de surface des océans dépasse le seuil critique pour la formation des ouragans. Cela donne un «mécanisme», une raison de penser qu’il y en aura plus dans l’avenir — même si on ne l’observe pas encore statistiquement.

Le cas des tornades est bien différent. En général, elles sont associées à ce que les météorologues appellent des «super cellules convectives» : quand des différences de température surviennent dans l’air, les masses d’air plus chaud vont s’élever (c’est de la «convection»), et ces mouvements peuvent provoquer des tempêtes. Il faut que plusieurs autres conditions soient réunies pour que de telles tempêtes dégénèrent en tornades, notamment de forts vents de cisaillement qui induisent une rotation, mais l’essentiel ici est que ce sont les différences de température qui sont déterminantes, pas la chaleur elle-même.

Plusieurs points de données en témoignent, d’ailleurs. Ainsi, ce n’est pas au cours des mois les plus chauds de l’année que les tornades sont les plus fréquentes aux États-Unis, mais bien en mai et en juin. Ce sont les mois où le jour est le plus long, et où le Soleil a plus de temps pour chauffer le sol, ce qui peut provoquer de forts mouvements de convection.

De même, ce ne sont pas les régions les plus chaudes du globe qui subissent le plus de tornades (même s’il peut en survenir n’importe où), mais bien celles situées entre 30 et 50 degrés de latitude, soit là où il arrive le plus souvent que des masses d’air froid (provenant des pôles) rencontrent des masses d’air chaud (venant des Tropiques), explique le site de la NOAA.

Bref, si ce n’est pas la quantité totale de chaleur qui sert de «moteur» aux tornades, mais l’instabilité due aux écarts de température, alors il est difficile de croire que le réchauffement global rendra les tornades plus fréquentes.

LE VERDICT

Faux. Le réchauffement planétaire est indéniable et ses conséquences (canicules plus fréquentes, plus d’épisodes de forte pluie, etc.) le sont tout autant. Mais au meilleur des connaissances scientifiques actuelles, les tornades ne font pas partie de ces conséquences-là.