Vérification faite: les mosquées et les demandes spéciales

L’affirmation : Dans la foulée du reportage de TVA, où la chaîne prétendait cette semaine que deux mosquées de Montréal auraient demandé aux responsables d’un chantier de construction situé à proximité d’exclure les femmes des travaux le vendredi (jour de prière), les réseaux sociaux ont abondé de commentaires. Certains ont décrit l’histoire comme invraisemblable puisque les deux mosquées en question sont ouvertes aux femmes, comme la plupart des mosquées dans le monde, d’ailleurs, et qu’il serait donc illogique de leur refuser l’accès aux alentours si elles ont accès au bâtiment. D’autres l’ont au contraire jugé crédible à cause de la place très subordonnée que doivent prendre les femmes dans certains pays musulmans, notamment l’Arabie Saoudite. Alors voyons ce qu’il en est.

Les faits

La fausseté des «informations» véhiculées dans ce reportage a déjà été démontrée, notamment par une enquête de la Commission de la construction du Québec. TVA a d’ailleurs fini par présenter ses excuses. Nous ne nous prononcerons pas sur cet aspect de la polémique, mais plutôt sur le caractère vraisemblable (ou non) de la chose.

Le Soleil a sollicité plusieurs mosquées et associations musulmanes situées hors du Québec — pour que leur avis soit aussi peu teinté que possible par la controverse locale — afin de savoir si elles avaient déjà demandé qu’un chantier à proximité soit interdit aux femmes le vendredi, ou si leur imam avait déjà eu vent d’une telle demande de la part d’autres mosquées. Une seule nous a répondu, l’Union des musulmans des Alpes maritimes (UMAM, région de Nice), mais sa version est corroborée par l’avis de quatre islamologues que nous avons également consultés. Ces experts sont : Abdelwahed Mekki-Berrada (Université Laval), Roxanne Marcotte (UQAM), Yolande Geadah (UQAM, études féministes) et Homa Hoodfar (Concordia). Notons que Mme Hoofnar a été emprisonnée pendant quatre mois en Iran, l’an dernier, à cause de ses écrits féministes. 

«Aucune mosquée ne fait ce genre de demande, a indiqué l’UMAM lors d’un échange de courriels. Déjà, il faut savoir que la prière du vendredi n’est obligatoire que pour les hommes. Les femmes, si elles le souhaitent, peuvent venir.»

Aucun des quatre islamologues consultés n’a jamais entendu parler d’une demande semblable de la part d’une mosquée ou d’un imam. «Il n’y a rien dans le Coran qui justifie que l’on exclue les femmes des mosquées ou des positions religieuses, même si des conservateurs affirment que c’est le cas en se basant sur des traditions culturelles», affirme Mme Hoofnar.

Il existe évidemment des courants de l’islam plus répressifs à l’égard des femmes, et il y a des mosquées réservées aux hommes dans certains pays d’Asie du Sud, dit M. Mekki-Berrada, «mais c’est particulier à cette région du monde […et] il ne faut pas confondre l’islam et la surinterprétation qu’en font certains musulmans». De toute manière, ce n’est pas le cas des deux mosquées montréalaises concernées.

Pour Mme Geadah, cependant, il n’est «pas si invraisemblable» de penser qu’un imam ait pu demander que l’on chasse les femmes du chantier les vendredis, puisque «cela relève de la même logique qui dicte de séparer les deux sexes. […] Les mosquées ont des espaces séparés pour les hommes et les femmes et, quand les femmes doivent souvent entrer par l’arrière», rappelle-t-elle. Mais elle-même n’a jamais eu connaissance d’une mosquée qui aurait exigé que l’on empêche les femmes d’approcher.

«Dans les pays musulmans, ajoute Mme Marcotte, les vendredis étant jours fériés, la situation ne se poserait pas. […] Mais surtout, rien n’interdit aux femmes d’être dans l’espace public, de passer devant une mosquée, etc.»

Verdict

Au bas mot, improbable. Au vu du traitement que réserve aux femmes une mouvance traditionnaliste à l’intérieur de l’islam (comme dans les autres religions par ailleurs), il peut être tentant de présumer que des mosquées demandent à l’occasion, voire souvent, d’interdire les abords d’une mosquée aux femmes. Mais le fait est qu’il n’existe aucun précédent connu, même pour des experts qui étudient les différentes déclinaisons de l’islam depuis des décennies.