Quelque 250 professeurs de l’UQTR ont manifesté vendredi devant les bureaux du député Jean-Denis Girard, dont l’ancienne rectrice, Nadia Ghazzali, que l’on voit ici en avant-plan.

UQTR: la ministre demande la fin du lock-out

TROIS-RIVIÈRES — La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, donne 48 heures à l’Université du Québec à Trois-Rivières pour lever le lock-out imposé aux professeurs le 2 mai. Le député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, a annoncé la nouvelle, vers 14 h 30 vendredi, à quelque 250 professeurs qui s’étaient rendus à pied manifester devant ses bureaux du centre-ville.

Le député avait été avisé de la déclaration de Mme David à peine sept minutes avant l’arrivée des manifestants et semblait fort heureux d’annoncer la nouvelle aux professeurs qui, pancartes à la main, scandaient le slogan «McMahon démission!». Notons que la pétition demandant la démission du recteur, Daniel McMahon, atteignant 256 noms de professeurs en soirée, vendredi.

Mme David a fait cette demande «afin de créer des conditions plus propices à l’étude des offres globales déposées ce matin [vendredi] lors de la séance de médiation. Je souhaite par ce geste, m’assurer que tous les étudiants et étudiantes de l’UQTR reçoivent les services pédagogiques auxquels ils ont droit.»

«Pendant que les professeurs analysent l’offre, on veut que l’Université puisse continuer à opérer», indique le député Girard. Le député explique que la ministre n’a pas demandé la levée du lock-out avant parce qu’il «faut se donner le temps. Il y a deux parties qui négocient. Ce qui est important, c’est d’avoir quelque chose à négocier. Vous savez, quand c’est imposé, ça ne donne jamais de bonnes relations. Il faut que ce soit négocié», fait-il valoir. Le député estime que l’offre déposée par l’UQTR «est drôlement intéressante.»

Le député Jean-Denis Girard s’est adressé aux manifestants de l’UQTR.

Or, cette offre globale est à peine présentée que déjà, le Syndicat a avisé par voie de communiqué, vendredi, qu’il déposera une plainte au Tribunal administratif du travail.

C’est qu’au moment où le comité de négociation prenait connaissance de l’offre globale, «le rectorat acheminait une copie de celle-ci à l’ensemble des professeurs», indique le Syndicat. Or, il s’agirait d’un geste illégal qui, toujours selon le Syndicat, «viole le Code du travail et tous les principes fondamentaux qui régissent les négociations d’une convention collective.»

«Le médiateur Lachance a saisi le sous-ministre du Travail du Québec du geste posé par le rectorat de l’UQTR», indique le Syndicat. Le SPPUQTR invite également la ministre de l’Enseignement supérieur à ramener à l’ordre la direction de l’Université.

Si l’UQTR n’a pas levé le lock-out d’ici 48 heures, «la ministre va intervenir d’une autre façon», indique le député Girard. Ce dernier n’a toutefois pas pu préciser s’il s’agira d’une loi spéciale, d’une mise en tutelle ou autre.

Le responsable des relations avec les médias de l’UQTR, Jean-François Hinse, a indiqué, vendredi après-midi, que l’Université n’avait aucun commentaire à faire.

Le porte-parole des professeurs, Jason Luckerhoff, indique que les professeurs «constatent qu’il y a eu un avancement. Ça, on est content de ça, mais ce n’est pas une offre finale. Ils sont encore en négociation. Où ils veulent se rendre avec ça? Je n’en ai aucune idée. Ce qui nous déplaît le plus, c’est qu’ils aient utilisé une pratique illégale, celle de passer par-dessus les processus de négociation. Peu importe ce à quoi on va en arriver, c’est vraiment lamentable», estime-t-il.

Rappelons que le Syndicat a déjà déposé une autre plainte devant le Tribunal administratif du travail, il y a quelques semaines, parce que l’UQTR aurait tenté de négocier directement avec l’exécutif du Syndicat afin, semble-t-il, de contourner le comité de négociation.

Les manifestants sont partis à pied de l’UQTR pour se rendre jusqu’aux bureaux du député de Trois-Rivières.

Le porte-parole du comité de négociation de l’UQTR, René Lesage, a confirmé que le comité exécutif et le conseil syndical se réuniront lundi. M. Lesage ne pouvait dire, vendredi, si le document allait être présenté aux membres par la suite. Il n’y aura donc pas de négociations en fin de semaine, dit-il.

Il a souligné que le document déposé par l’UQTR est une offre globale, mais non définitive. Il est donc certain que les parties devront retourner en médiation, prévoit-il.

«On va attendre ce que notre Syndicat va nous dire», indique le professeur Luckerhoff. «On va attendre leur analyse. On va se prononcer démocratiquement par rapport à ça. C’est ce qu’on est supposé faire dans un processus de négociation», dit-il.

En matinée, vendredi, les professeurs se sont réunis à nouveau en présence des médias afin de raconter les impacts très nuisibles de ce lock-out notamment sur leurs relations avec des chercheurs d’autres pays et les organismes internationaux avec qui ils font affaire.

Le Nouvelliste a obtenu copie de l’offre patronale globale qui compte 21 pages. Un des irritants majeurs, c’est-à-dire l’imposition d’un cinquième cours aux professeurs, a été retiré de la liste des demandes patronales. Les professeurs ont manifesté beaucoup d’inquiétudes à ce sujet, au cours des journées de lock-out qui ont débuté le 2 mai, car selon eux, l’ajout d’un cinquième cours dans l’année allait amputer le temps qu’ils doivent consacrer à la recherche. Or, selon René Lesage, cette histoire d’ajout de 5e cours, «ça n’a jamais été sérieux.»

Le plancher d’emploi, l’autre irritant majeur, fait aussi l’objet d’une proposition. L’UQTR veut avoir 455 postes en 2018-2019, 450 en 2019-2020, 451 postes en 2020-2021 et 452 postes en 2021-2022. On sait que l’Université veut éviter d’accroître son plancher d’emploi de façon importante afin de pouvoir faire face à son déficit.

Le nombre de professeurs est présentement de 445.