Pierre Montreuil, conseiller du district du Carmel et président du comité sur la mobilité durable et la sécurité routière de la Ville de Trois-Rivières, est très déçu de la piste cyclable qui vient d'être aménagée sur une portion du boulevard des Forges.
Pierre Montreuil, conseiller du district du Carmel et président du comité sur la mobilité durable et la sécurité routière de la Ville de Trois-Rivières, est très déçu de la piste cyclable qui vient d'être aménagée sur une portion du boulevard des Forges.

Une piste cyclable qui fait grincer des dents

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — La piste cyclable aménagée à côté du nouveau trottoir récemment construit sur le boulevard des Forges, entre les rues Vien et de Pierriche, est loin d'être idéale pour circuler à vélo. Plusieurs conseillers municipaux se disent déçus du résultat et considèrent «l'avoir échappée» en n'ayant pas vu d'aperçu du résultat final avant qu'il ne soit trop tard.

«J'ai parlé à la majorité des membres élus et tout le monde est unanime : ce n'est ce qu'on pensait qu'on aurait. Tout le monde est déçu et sur le comité sur la mobilité durable et la sécurité routière, on est tous des cyclistes. C'est clair qu'on n'aurait pas laissé passer ça si on avait su», indique d'emblée Mariannick Mercure, conseillère du district des Forges.

Il faut dire que la piste cyclable en question, aménagée comme un élargissement du trottoir, suit les dénivelés des entrées charretières sur le tronçon du boulevard entre les rues Vien et de Pierriche. Résultat: les cyclistes qui s'y hasardent sont condamnés à rouler continuellement sur ces dos d'âne. Sans compter que les jours de cueillette des ordures ménagères, les bacs à ordures et de recyclage des citoyens sont placés sur la piste cyclable, transformant celle-ci en piste de slalom.

«Comme cycliste qui pédale depuis 37 ans à Trois-Rivières, 12 mois par année, je confirme qu'utiliser cette piste cyclable en question, c'est laborieux. On monte, on descend, on monte, on descend. Je m'attends à ce que les cyclistes plus expérimentés boudent cette piste-là», reconnaît pour sa part Pierre Montreuil, conseiller du district du Carmel et président du comité sur la mobilité durable et la sécurité routière.

Les deux élus comparent ce fiasco à celui de la piste cyclable aménagée le long du boulevard Jean-XXIII.

«C'était l'exemple de Trois-Rivières-Ouest à ne pas suivre et pourtant, on l'a suivi. On l'a échappée», reconnaît Mme Mercure.

Rappelons que le contrat pour mener à bien les travaux a été octroyé le 24 octobre dernier, pour une somme d'environ 550 000 $. Mme Mercure affirme cependant que la portion la plus coûteuse des travaux est celle pour la construction du trottoir, et non de la piste cyclable.

Les jours de cueillette des ordures ménagères, les bacs à ordures et de recyclage des citoyens transforment la piste cyclable en piste de slalom. 

À qui la faute?

Si les conseillers municipaux qui siègent au comité sur la mobilité durable reconnaissent qu'eux-mêmes ne sont pas satisfaits de cet aménagement, à qui peut-on alors imputer cet échec? Pour le moment, le mystère demeure, mais les élus concernés comptent bien faire la lumière sur ce qui a déraillé.

«Comme président du comité, je vais faire un post-mortem, je vais faire un suivi pour qu'on ne reprenne pas ce modèle dans le futur. Ça nous a échappé, on s'attendait à ce que ce soit certain qu'on n'utilise pas ce modèle-là. On veut apprendre de nos erreurs et ne pas les reproduire dans le futur, et je veux m'assurer que les ingénieurs en prennent bonne note», affirme Pierre Montreuil.

Mariannick Mercure souhaite elle aussi que les causes de ce fiasco soient découvertes, mais elle avance deux explications possibles. Dans sa réponse à une publication sur sa page Facebook, elle rappelle que le projet initial était simplement la construction d'un trottoir sur ce tronçon du boulevard des Forges, afin d'améliorer la sécurité des piétons. «À cette demande de trottoir donc, on m'a proposé en cours d'analyse d'ajouter une piste cyclable, tant qu'à y être, ce que j'ai accepté. Je n'avais aucune idée que cette ''piste cyclable'' suivrait les entrées chartières (sic), et clairement la personne qui l'a désigné (sic) ne faisait pas de vélo, comme vous et moi».

La conseillère mentionne également que ces travaux ont commencé à être planifiés avant le «changement de paradigme» qui s'est opéré à la Ville quant aux déplacements durables. Cela pourrait expliquer selon elle pourquoi, même si la Ville a revu sa façon de faire, de vieilles méthodes ont été appliquées.

Pas d'aperçu avant la réalisation des travaux

Mme Mercure reconnaît également qu'après réflexion, elle trouve étrange qu'aucun aperçu du résultat final n'ait été présenté au comité sur la mobilité durable, alors que c'est fréquemment le cas. Si elle concède que les élus peuvent prendre une part du blâme dans ce dossier, elle est cependant convaincue qu'ils n'ont pas à en porter entièrement le chapeau.

«Je ne les révise pas, les plans d'ingénieurs, je n'ai pas la compétence pour ça. Et on ne peut pas microgérer à ce point-là, c'est impossible», affirme-t-elle. 

Au total, les travaux réalisés sur le boulevard des Forges, entre les rues Vien et de Pierriche, on coûté environ 550 000 $ à la Ville de Trois-Rivières.

Plus grande sécurité pour les piétons

Les aménagements réalisés sur le boulevard des Forges ne sont toutefois tous pas à jeter à la poubelle, croient les deux conseillers. Si la piste cyclable laisse à désirer – Mme Mercure indique d'ailleurs souhaiter qu'on lui retire officiellement la désignation de piste cyclable -, le trottoir, lui, est plus que bienvenu, rappellent-ils.

«Ça fait plus de 15 ans que les conseillers travaillaient là-dessus. Ce n'est pas une piste cyclable que l'on voulait au début, c'est un trottoir, et on l'a, avec une traverse sécurisée. Il faut se rappeler que des écoliers se sont fait happer, à cet endroit. C'est un gros morceau pour mon district, c'était un endroit très dangereux», souligne Mme Mercure.

Pierre Montreuil abonde dans le même sens.

«Pour les écoliers et les marcheurs, c'est une amélioration. Pour ce qui est de la sécurité, on a progressé», soutient-il.

Quoi qu'il en soit, les deux élus comptent bien ramener ce dossier sur la table, lors de la prochaine rencontre du comité sur la mobilité durable et la sécurité routière. Cette rencontre aura lieu le 27 août prochain.