Le Lévisien Pierre Gagné-Boily a plaidé coupable au meurtre non-prémédité de celle qui partageait sa vie depuis 13 ans, Marie-Lisa Desbiens.

Une peine «clémente» mais malgré tout acceptable pour un meurtrier

Douze ans de détention pour le meurtre odieux de sa conjointe. Le juge Raymond W. Pronovost de la Cour supérieure a hésité longtemps. Mais il a fini par accepter la suggestion de peine de la Couronne et de la défense pour Pierre Gagné-Boily.

Le Lévisien a plaidé coupable au meurtre non-prémédité de celle qui partageait sa vie depuis 13 ans, Marie-Lisa Desbiens. Il a été condamné à la prison à perpétuité et attendait de savoir vendredi quelle serait sa période d’inadmissibilité à la libération conditionnelle.

En août 2017, dans un élan de colère et de jalousie, Pierre Gagné-Boily a asséné 17 coups de couteau à la jeune femme de 30 ans dans leur logement de Lévis. Le couple était séparé depuis peu et Mme Desbiens venait d’annoncer à son ex-conjoint qu’elle avait rencontré un autre homme.

Moins de 12 heures après le crime, Gagné-Boily s’était livré aux policiers et avait confessé le meurtre. Le corps de la victime avait été retrouvé et les membres de sa famille avaient appris l’horreur. 

«Alors pourquoi avoir éternisé le dossier pendant 29 mois, demandait le juge Raymond W. Pronovost au meurtrier. Tout ce délai diminue grandement le facteur atténuant du plaidoyer de culpabilité.»

Pour justifier la recommandation de 12 ans d’incarcération avant de pouvoir faire une demande de libération conditionnelle, la défense faisait valoir les remords exprimés par Pierre Gagné-Boily.

Après avoir plaidé coupable, l’homme de 36 ans a lu une lettre de quatre pages et s’est adressé à chacun des membres de sa belle-famille et même à sa victime. 

Le juge Pronovost dit avoir relu attentivement cette missive. «Je trouve qu’il y a beaucoup de “je” et de “moi”, estime le juge. Ça ressemble beaucoup plus à une thérapie pour vous qu’à l’expression de remords sincères envers la famille.»

La seule chose que la famille de la victime a à gagner de ce règlement, constate le juge, c’est le fait qu’elle n’aura pas à subir un long procès.

Les membres de la famille de Marie-Lisa Desbiens, qui étaient encore nombreux au palais de justice de Québec, ont témoigné à quel point chaque délai et chaque retour à la cour retardaient leur deuil.

Déconsidérer la justice

Dans un arrêt datant de 2016, la Cour suprême du Canada enseigne aux juges des tribunaux inférieurs qu’ils peuvent refuser une suggestion commune des parties seulement si la peine risque de déconsidérer l’administration de la justice et de faire perdre confiance au citoyen bien informé du cas.

Le juge Pronovost qualifie la période de 12 ans de clémente. Mais, selon lui, elle n’atteint pas le seuil qui risque de déconsidérer le système judiciaire.

Avant de quitter, l’avocat de la défense a voulu s’assurer que la période de 12 ans commence bien à compter à partir de la date du début de l’incarcération, le 25 août 2017. «J’ai le goût de dire : malheureusement oui», a répondu le juge.

Pierre Gagné-Boily sera donc admissible à une forme de libération dans environ neuf ans.