Le conducteur du train de la Montréal, Maine & Atlantic (MMA) Thomas Harding a affirmé au contrôleur de la circulation ferroviaire Richard Labrie avoir appliqué sept freins à main lorsqu’il a stationné le train à Nantes avant qu’il dévale la pente et explose au centre-ville de Lac-Mégantic.

Une nuit d'apocalypse en audio

Le conducteur du train de la Montréal, Maine & Atlantic (MMA) Thomas Harding a affirmé au contrôleur de la circulation ferroviaire (CCF) Richard Labrie avoir appliqué sept freins à main lorsqu’il a stationné le train à Nantes avant qu’il dévale la pente et explose au centre-ville de Lac-Mégantic.

Le jury a terminé l’audition des bandes des conversations audio de la MMA du 6 juillet 2013, mercredi, au palais de justice de Sherbrooke.

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Le conducteur de train, Thomas Harding, le contrôleur de la circulation ferroviaire (CCF), Richard Labrie et le directeur de l’exploitation Jean Demaître sont accusés de négligence criminelle causant la mort de 47 personnes à la suite du déraillement ferroviaire du 6 juillet 2013 à Lac-Mégantic.

Après avoir appris que c’est le train qu’il avait garé à Nantes qui avait explosé, la première réaction de Thomas Harding a été de sacrer en anglais « Holy fuck, fuck » avant d’ajouter « tabarnak de tabarnak » en français.

Le conducteur du train a assuré qu’il avait sécurisé le convoi en appliquant des freins à main sur toutes les locomotives ainsi que sur le premier wagon.

Plus tard dans la nuit du 6 juillet, le directeur adjoint au transport de la MMA Michael Horan a demandé à Richard Labrie de lui expliquer l’intervention des pompiers de Nantes et comment Thomas Harding avait sécurisé son train.

« Tabarnak c’est pas assez ça, ostie! C’est pas assez. C’est dix plus un supposément. Dix pour cent », a affirmé Michael Horan.

Après quelques secondes de silence, Richard Labrie répond : 

« Normalement, tu mets les breaks puis tu les checkes (...) il aurait dû être arrêté là. Il n’aurait pas dû bouger », a affirmé Richard Labrie.

La confirmation

Un chauffeur de taxi de Lac-Mégantic prénommé Clément a confirmé à Richard Labrie le déraillement du train de la MMA.

«Il n’y a plus de centre-ville de Lac-Mégantic, tout a pété. Ça brûle et ça explose. Le train est rentré au centre-ville. Il va y avoir des dizaines et des dizaines de morts ».

Richard Labrie relaie alors l’information à Jean Demaître plus d’une heure après le déraillement.

« Mets tes culottes, le train a runné down. Je te niaise pas. Là on est dans la marde », a signalé Richard Labrie à son patron Demaître.

« C’est le train qui a descendu. On est dans la marde en tabarnak (...) Es-tu capable de joindre Harding? Il n’a pas sécurisé le train comme il faut? Il a pas mis les brakes sur ses chars puis tout là? » a demandé Jean Demaître.

Incrédulité

Avant d’en avoir la confirmation vers 2 h 20, Richard Labrie ne croit pas que le feu provienne du train qui était garé à Nantes.

« C’est pas nous autres, mais le centre-ville de Lac-Mégantic est en feu. Ça part du Métro jusqu’à l’église. Nos wagons sont tous brulés. Ça l’air que c’est l’apocalypse. Ils viennent de réveiller Tom et l’ont évacué. Ils ne peuvent pas approcher, mais notre train est à Nantes et l’autre train est à Vachon », a mentionné Richard Labrie à Jean Demaître.

Richard Labrie évoque une autre hypothèse qui pourrait expliquer le feu au centre-ville de Lac-Mégantic.

« C’est une fuite de gaz naturel qui a sauté pour que ça brûle de même. C’est l’apocalypse à Lac-Mégantic » a soulevé Labrie plus tôt dans la nuit sur les bandes audio.

L’hypothèse que le train soit parti de Nantes avait été évoquée.

« La ville de Lac-Mégantic est en train de brûler (...) Il a oublié de mettre les freins sur son train à Nantes », a soulevé Jean-Noël Busque en parlant à Richard Labrie. il ajoute : « Ça brûle en ostie, il va y avoir des morts dans ça (...) Le train a déraillé, c’est l’enfer », soulève Jean-Noël Busque qui confirme à Richard Labrie qu’il va aller voir à Nantes.

Témoin de la scène, Thomas Harding répète à plusieurs reprises à Richard Labrie que ce qui se passe au centre-ville de Lac-Mégantic dans la nuit du 6 juillet 2013 est incroyable.

Il lui explique que le feu est pris de l’église jusqu’à la rivière, qu’il y a des policiers partout.

Avant d’en avoir la confirmation vers 2 h 20, Richard Labrie ne croit pas que le feu provienne du train qui était garé à Nantes.

« Mégantic est en feu »

C’est par cette affirmation que Steve Jacques a été accueilli par Richard Labrie au matin du 6 juillet 2013 lorsqu’il est venu prendre sa relève comme contrôleur de la circulation ferroviaire (CCF) au bureau de la Montreal, Maine & Atlantic (MMA) à Farnham.

Steve Jacques a témoigné, mercredi, avoir vu son confère Labrie avec le teint « vert » et des papiers qui jonchaient le sol à son arrivée dans les bureaux de la MMA.

« C’est inimaginable, impossible de penser que ça peut arriver. Je suis allé voir sur Internet et j’ai vu la vidéo de Mégantic. Nos vies venaient de changer», a témoigné Steve Jacques.

La poursuite a déposé au jury la liste des 47 personnes décédées à Lac-Mégantic comme une admission convenue avec les avocats des trois accusés : « Le 6 juillet 2013, le déraillement du train de pétrole #2 a provoqué des explosions et un incendie majeur au centre-ville de Lac-Mégantic, causant la mort par traumatisme contondant secondaire aux explosions et/ou par asphyxie secondaire à l’incendie. »

Les deux parties ont aussi convenu que « dans l’instant suivant le déraillement du train, une vague de produit enflammé avançait rapidement vers les bâtiments qui ont été brûlés ».

Le témoin Steve Jacques a signalé qu’il y avait fréquemment des incendies dans les locomotives de la MMA. Il a expliqué que dans le cas d’un feu de locomotive où le moteur était arrêté, il fallait rappeler « l’ingénieur » pour partir une autre locomotive.

« Personne à part un chef de train était apte à travailler sur les locomotives. L’ingénieur doit sécuriser le train et partir une autre locomotive (...) On laissait rouler les locomotives, hiver comme été, surtout l’hiver. Mais s’il y avait une directive, on laissait seulement une locomotive sur un convoi stationné à Nantes. La directive ne disait pas de toutes les éteindre», a témoigné Steve Jacques.

Le témoin Steve Jacques a signalé qu’il y avait fréquemment des incendies dans les locomotives de la MMA. Il a expliqué que dans le cas d’un feu de locomotive où le moteur était arrêté, il fallait rappeler « l’ingénieur » pour partir une autre locomotive.