Sylvie Tremblay et sa chienne Angy qui ont été attaquées par un pitbull, le 20 octobre dernier, alors qu’elles faisaient une promenade. Un mois après l’agression, Angy subit toujours des traitements alors que Mme Tremblay a encore une main dans le plâtre.

Une femme et son chien attaqués par un pitbull: le chien déclaré dangereux

Trois-Rivières — La Société protectrice des animaux (SPA) de la Mauricie a évalué, la semaine dernière, le chien de type pitbull qui a attaqué Sylvie Tremblay et son braque de Weimar, le 20 octobre dernier. Elle a statué qu’il s’agit d’un chien dangereux. Quant à savoir les conséquences d’une telle étiquette, c’est impossible puisque le dossier est confidentiel.

«L’évaluation a effectivement été réalisée la semaine dernière, selon le règlement municipal de la Ville de Trois-Rivières. En vertu de ce même règlement, l’animal est considéré dangereux (...). Par contre, les résultats de cette évaluation qui a été faite par nos experts vont demeurer confidentiels», explique Sarah-Lise Hamel, directrice générale adjointe de la SPA de la Mauricie.

Il aurait été surprenant que l’évaluation parvienne à un résultat différent puisque, selon le règlement sur la garde d’animaux de la Ville de Trois-Rivières, un animal est considéré dangereux quand il a notamment tué, mordu ou blessé un animal de compagnie, de ferme ou de loisir ou bien mordu ou blessé une personne. Quand son statut a été établi, son propriétaire doit respecter certaines conditions de garde.

«Quand il y a une évaluation, peu importe le cas, nos experts vont déterminer des conditions de garde. Ce sont des conditions de garde qui sont vraiment graduées. Elles peuvent aller, par exemple, de garder le chien dans une cour clôturée, lui faire porter une muselière lorsqu’il sort à l’extérieur, le garder attaché en tout temps et la condition ultime peut mener à l’euthanasie. Il y a vraiment une gradation des conditions de garde qui peuvent être émises à un propriétaire», explique Mme Hamel.

Impossible de savoir quelles sont les conditions imposées au pitbull qui a agressé Sylvie Tremblay et son chien, le 20 octobre dernier, dans un quartier du secteur Trois-Rivières-Ouest. Mais une pancarte «Prenez garde au chien» a fait son apparition sur la clôture de sa propriétaire, ce qui peut faire partie des conditions de garde, selon la réglementation. Mme Tremblay n’est guère impressionnée. «C’est beau dire qu’il va être attaché et qu’il va avoir une muselière, mais s’il s’est déjà sauvé, il peut se sauver une autre fois. Il y a une pancarte ‘‘Prenez garde au chien’’, mais la porte de la clôture est encore arrachée et il n’y a rien d’autre de fait. Je n’en reviens pas.»

Après ce qu’elle a vécu, elle est persuadée que ce chien représente un danger. «Le chien n’a pas simplement mordu. Il a attaqué, il était enragé et il ne voulait plus lâcher, c’est très différent d’une simple morsure. C’est pour cela que je suis convaincue que c’est un chien très dangereux.»

Elle estime qu’il devrait être euthanasié. «Avec tout ce que j’ai lu et tout ce que j’ai su sur les pitbulls et sachant que la madame n’a aucun contrôle sur son chien, je ne veux pas qu’il soit dans ma rue. Elle l’appelait et elle a voulu le ramener, mais il nous a attaqués. La SPA ne s’en occupe pas. Je ne pense pas que c’est une société protectrice des animaux parce qu’elle ne protège pas le mien.»

Rappelons que le chien de type pitbull s’est échappé d’une cour avant d’attaquer Mme Tremblay qui faisait une promenade avec son chien qui était en laisse. La sexagénaire a été mordue à plusieurs reprises aux mains et a eu un doigt cassé. Sa chienne Angy a subi une profonde blessure au poitrail en plus de souffrir de plusieurs morsures à une patte. Elle subit toujours des traitements alors que Mme Tremblay a encore une main dans le plâtre. Elle demeure très ébranlée par l’événement. «Tant que ce chien va être dans les parages, je n’irai pas promener mon chien. Je ne vais plus me promener dans ma rue, et j’ai des voisins aussi qui ne passent plus devant cette maison.»

Sylvie Tremblay et sa chienne Angy. On voit entre ses deux pattes avant, une de ses blessures qui n’est pas encore complètement guérie.

Pour sa part, la SPA affirme que dans ce type de dossier, si les conditions de garde sont respectées, le chien ne représente plus un danger.

Mme Tremblay a officiellement porté plainte à la SPA, le 11 novembre dernier, la même journée que le pitbull aurait subi son évaluation. Une procédure qui ne l’a pas réconciliée avec la SPA de la Mauricie qui refuse de lui faire part des conditions de garde de l’animal qui l’a agressée. «Quand j’ai fait ma déposition, j’ai demandé les résultats de l’évaluation du chien. On m’a dit que c’est confidentiel. Mais si je veux avoir une contre-expertise, il faut bien que je sache le résultat de son évaluation.» Le problème, c’est que la personne qui a été mordue ne peut pas exiger une contre-expertise, c’est le propriétaire de l’animal qui peut en demander une, explique la SPA.

La Trifluvienne déplore avoir frappé un mur lorsqu’elle a voulu obtenir davantage d’informations sur l’animal. «On m’a dit que le rapport est confidentiel, l’évaluation est confidentielle, le numéro du directeur est confidentiel, la plainte est confidentielle, tout est confidentiel.»

Selon elle, le personnel semblait peu ouvert à ses démarches. «J’ai bien vu que c’était moi la méchante et que je les dérangeais énormément.» À la suite de sa plainte, la propriétaire de l’animal pourrait écoper d’une amende.

Ce chien de type pitbull a été adopté à la SPA de la Mauricie il y a deux ans. Son comportement a donc été évalué à ce moment-là, et il a été jugé non dangereux. C’est pourquoi Mme Tremblay avait demandé qu’un spécialiste indépendant de la SPA l’évalue, ce qui n’a pas été le cas finalement.

«Ils ont réévalué le chien qu’ils avaient déjà évalué avant de le vendre, il y a deux ans», déplore-t-elle. La SPA réplique que son personnel est professionnel. «On n’a aucun doute que nos experts sont professionnels, objectifs et qu’ils sont capables de bien réaliser leur travail», affirme Mme Hamel.

Pour ce qui est des animaux mis en adoption, il y a toute une procédure à suivre, ajoute-t-elle. «Il n’y a pas d’animaux dangereux qui sont placés à l’adoption. On fait des adoptions qui sont responsables et on choisit les familles. Notre processus est très rigoureux.»

Les chiens qui ont déjà mordu des humains ne sont pas mis à l’adoption, assure la directrice adjointe. Par contre, la SPA ne connaît pas toujours leurs antécédents. Le pitbull qui a attaqué Mme Tremblay était un chien errant lorsqu’il s’est retrouvé à la SPA, donc son historique est inconnu.

Mme Tremblay a l’intention d’écrire une lettre au cabinet du maire sur ce qu’elle a vécu. Plusieurs personnes qui ont vu leur vie bouleversée par des chiens dangereux l’ont aussi contactée. C’est le cas notamment de Lise Vadnais, la sœur de Christiane Vadnais, tuée par un pitbull en juin 2016.

D’ailleurs, Mme Tremblay se réjouit de la création de l’Association québécoise des victimes d’attaques de chiens ainsi que du lancement d’une pétition dont faisait mention Le Nouvelliste, mardi. «Il faut que ça bouge. Il ne faut plus que ce genre de choses se reproduise», souligne-t-elle.