Arnaud Borsovitz, Kasey Chamon, Peggy Chamon et Stéphane Chamon se sont installés à La Tuque.
Arnaud Borsovitz, Kasey Chamon, Peggy Chamon et Stéphane Chamon se sont installés à La Tuque.

Une famille française immigre à La Tuque en pleine pandémie: «on a tout laissé là-bas pour venir ici»

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
La Tuque — Manque de bras, pénurie de main-d’œuvre ou rareté d’employés qualifiés, appelez ça comme vous voulez. C’est ce qui a motivé les dirigeants du Garage R Tessier à La Tuque à se tourner vers l’immigration. Après de longues démarches, une montagne d’émotions de part et d’autre et les perturbations causées par la pandémie, une nouvelle famille venue de la France s’est installée dans le Haut Saint-Maurice. Après 14 jours de confinement et quelques jours d’intégration, l’équipe de l’entreprise compte désormais un nouveau mécanicien-remorqueur dans ses rangs.

«On a tout laissé là-bas pour venir ici», confirme Peggy Chamon, celle qui domptera bientôt des chevelures de Latuquois.

Son conjoint Stéphane Chamon est mécanicien depuis 19 ans et remorqueur depuis 7 ans. Une perle rare difficile à recruter ces temps-ci en Haute-Mauricie.

«On a travaillé avec une avocate spécialisée en immigration. Elle nous a aidés là-dedans, l’affichage d’emploi pendant trois mois, l’enquête sur la personne, l’étude de marché, etc.», explique Stéphanie Morin responsable du dossier pour le Garage R Tessier.

«Son arrivée va nous simplifier la tâche assurément. Avec son expérience, c’est un gros morceau pour nous. On est en démarche pour en accueillir un autre», ajoute-t-elle.

Le nouvel employé de l’entreprise, lui, voyait dans cette opportunité un nouveau défi à relever.

«Ça n’a rien à voir avec la France, rien du tout. Les camions sont beaucoup plus gros, le matériel est beaucoup plus puissant et tout ce qu’ils transportent ici est beaucoup plus gros. Ils roulent avec des poids énormes ici, c’est ça qui est intéressant. C’est un bon challenge pour moi en tant que dépanneur. J’espère que je vais y arriver», lance Stéphane Chamon qui a brisé la glace récemment lors d’une première intervention à Trois-Rivières pour son nouvel employeur.

La famille, qui vivait dans un petit village du nord-est de la France aux limites du Luxembourg et de la Belgique, est arrivée il y a quelques semaines. Tout laisser derrière soi pour relever de nouveaux défis ne se fait pas sans émotion. D’ailleurs, elles sont encore vives et bien présentes pour tous les membres de la famille.

«C’est un peu difficile. Le fait de quitter la famille, les amis, c’est le plus déchirant. On est à une sacrée distance là. C’est le plus compliqué. On a quand même l’avantage d’avoir le réseau pour se voir en visio, mais c’est dur et déchirant. C’est une nouvelle vie qui va commencer», assure Peggy Chamon.

«J’ai aussi un fils de 26 ans, qui lui viendrait l’année prochaine si tout se passe bien», ajoute-t-elle.

Le long voyage a été marqué par les mesures sanitaires imposées dans le contexte entourant la COVID-19. Plus d’une vingtaine d’heures ont été nécessaires avant de finalement pouvoir déposer les valises en sol québécois.

Stéphanie Morin et David Tessier du Garage R Tessier (à gauche) accompagnent son nouvel employé Stéphane Chamon, et les membres de sa famille, Kasey Chamon, Peggy Chamon, et Arnaud Borsovitz.

«La pandémie a passablement compliqué le processus. On a passé 24 heures sans dormir. Quand on est arrivé ici à Montréal, on a dû passer par l’immigration, on a dû attendre pour les papiers, toujours avec les masques. Vingt-quatre heures avec les masques, c’est une horreur. Ç’a été compliqué avec les papiers, mais bref, on est là», raconte Peggy Chamon.

Une journée difficile après plus d’un an de démarches administratives qui en «décourageraient plus d’un».

«La COVID a retardé le processus de quelques mois quand même […] On est encore dans les démarches actuellement, ouverture de compte, demande d’assurance maladie, assurance sociale, etc.», lance Stéphanie Morin.

«Ils ont vraiment fait beaucoup pour nous, entre les heures passées au téléphone, l’avocate, les messages, les emails, les papiers... Stéphanie a bossé comme une acharnée pour nous avoir», insiste Stéphane Chamon.

Actuellement, la petite famille est logée par les propriétaires du garage pour assurer une transition tout en douceur. Il faut dire qu’ils ont dû s’isoler pendant une quinzaine de jours en raison de la COVID-19.

«Le fait d’être entouré de quelqu’un ici, ça ne nous laisse pas tout seul à l’aventure. Ils sont là, ils nous aident beaucoup. C’est rassurant […] On essaie de voir pour une maison, on a réservé des voitures, tout doucement on crée notre petit monde», indique Peggy Chamon.

«Cette étendue de forêt, d’eau, de nature. Ça me plaît beaucoup. C’est vraiment impressionnant ici. Les gens sont formidables. Les gens sont très accueillants. Ça nous change de la France, ce n’est pas comme ça en France. Les gens sont plus froids, plus individualistes. Ici tout le monde se connaît, les gens discutent avec tout le monde et j’apprécie vraiment cette mentalité-là et cette culture», ajoute-t-elle.

Le copropriétaire du Garage R Tessier, David Tessier, est accompagné de son nouvel employé Stéphane Chamon (à droite)

Ces amateurs de ski pourront profiter du centre municipal de ski à proximité, bien qu’ils aient encore certaines appréhensions vis-à-vis le rude hiver québécois qu’ils n’ont encore jamais affronté.

Il faut revenir près de trois ans en arrière pour bien comprendre toute cette aventure. Un proche de la famille a fait la connaissance des propriétaires du garage alors qu’ils logeaient dans l’hôtel adjacent à l’entreprise.

«Les parents de Stéphane sont venus en vacances ici. Son père a vu le garage et il est venu discuter avec le propriétaire. Ils ont sympathisé et il lui a dit que son fils était aussi dépanneur. Du coup, ils ont échangé leur Messenger, ils ont commencé à discuter et à sympathiser. Ils ont discuté de leurs interventions aussi», explique Peggy Chamon.

La famille s’est déplacée à La Tuque l’an dernier pour des vacances, et examiné le terrain. Cette nouvelle terre d’accueil les a séduits, le match entre l’employeur et l’employé était convaincant. S’en sont suivi une importante réflexion et surtout la grande décision de changer de vie.

«Je ne voulais pas trop, j’avais toute ma famille là-bas, j’avais un peu peur aussi. Il y a toutes sortes d’appréhensions. Et puis j’ai dit pourquoi pas. On s’est lancé et toute l’aventure a commencé, les papiers, les machins, vendre notre maison. C’est un long processus. Et voilà, ç’a s’est fait au bout d’un an», a conclu Peggy Chamon.