La consommation d’alcool le jour peut devenir un exutoire problématique quand le stress devient trop grand.
La consommation d’alcool le jour peut devenir un exutoire problématique quand le stress devient trop grand.

Une détresse alimentée par l’ennui

Le confinement, l’anxiété créée par des pertes d’emploi, des problèmes financiers ou de santé et surtout l’ennui risquent d’entraîner une certaine détresse psychologique en cette période de pandémie. Le professeur de psychologie de l’Université de Sherbrooke, François Courcy, spécialisé dans la santé au travail, rapporte qu’il existe peu de situations comparables à la COVID-19 pour connaître les impacts psychologiques d’une pandémie.

« Quand il y avait déjà un stress et que de surcroît, on ajoute de l’incertitude, de l’inconnu et une perte d’emploi, on met de l’huile sur le feu et la pression devient forte. On se retrouve avec des gens qui vivaient déjà des situations tendues à la maison avec un conjoint, une conjointe ou les enfants. Normalement, la façon de réguler la tension et le stress, c’est de voir des gens, de sortir, ce qui n’est pas possible », explique M. Courcy.

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« Ce qui provoque de la détresse aussi, c’est que nous n’avons pas le contrôle sur le degré d’isolement. C’est quelque chose d’imposé. Le niveau de stress est beaucoup plus important de façon continue. Les gens ont déjà fait leur ménage, fini leurs rénos et ne savent plus quoi faire. Ils s’ennuient. L’ennui peut être source de créativité, mais il peut être mauvais aussi. Certains trouvent que c’est difficile de ne pas avoir de stimulation. Ce qui jouera le plus, ce sera la durée de la crise. Tout le monde n’a pas le même degré de patience. »

Lucie Mandeville, également psychologue, s’intéresse à la psychologie positive. Elle confirme que la détresse peut venir du fait que les contraintes sont imposées par l’extérieur. « Et j’ai le sentiment qu’il faut faire face à ces contraintes avec jugement. En ce moment, il y a une rébellion parce qu’on nous impose des choses. Les gens réagiraient moins si les choses étaient dites de façon plus posée. »

Les réseaux sociaux peuvent aider à entrer en contact avec l’autre, mais ils sont aussi des outils qui servent à la ventilation. « Ça fait du bien sur le coup, mais ça active tout le monde autour. Il est prouvé que si je suis fâché et que je rentre dans une pièce, 30 minutes plus tard, d’autres seront aussi fâchés. Les réseaux sociaux nous montrent aussi un souci de la performance. C’est une façon de s’occuper. Mais il n’est pas mauvais de chercher à s’adapter à la situation », commente François Courcy.

Les problèmes déjà présents chez les individus pourraient donc être exacerbés. De là l’importance de rappeler l’existence de ressources d’aide comme JEVI et Jeunesse, J’écoute.

« Qu’on soit tous stressés, je pense que c’est normal. Nous avons peu de contrôle sur ce qui arrive. Nous sommes confinés sans date d’échéance fixe. »


« On peut aussi se poser des questions s’il y a un absentéisme plus important. »
Lucie Mandeville

Les signaux de détresse les plus courants, au travail par exemple, seront un changement dans la performance qui ne s’explique pas par le télétravail, un changement d’humeur de façon marquée, un changement dans la conduite, comme des retards répétés, et des changements importants à l’apparence, comme un gain majeur de poids ou une apparence plus négligée.

« On peut aussi se poser des questions s’il y a un absentéisme plus important, si une personne cesse de répondre à ses courriels. Il y a aussi la consommation d’alcool en plein jour. C’est une façon de gérer son stress, mais ce qui est difficile, c’est de rester à une consommation qui est raisonnable. Beaucoup d’efforts seront déployés en psychologie quand les appels à l’aide vont s’accumuler. Les premières tensions commencent à émerger. Nous avons déjà des ressources qui font de la téléthérapie. »

Lucie Mandeville estime que la projection d’un futur catastrophique est aussi très anxiogène. « Certains médias orientent leur message vers des projections catastrophiques. Une des façons de faire attention est de choisir les mots qu’on utilise. Au lieu de dire qu’il faut rester à l’intérieur au risque de contaminer la population, on peut dire qu’il est préférable de rester à la maison pour aider le système de santé à absorber les cas. C’est le même message diffusé différemment. » Sur Twitter lundi, le premier ministre François Legault a inciter les citoyens vivant une forme de détresse à consulter sans hésiter. « C’est important de garder le moral malgré la situation difficile. Les personnes qui ont des problèmes de santé mentale ne doivent pas hésiter à consulter. C’est aussi important que pour les problèmes physiques. »