Dans un véhicule récréatif garé dans le stationnement du bar, les hommes, femmes et couples qui passent l’audition sont filmés durant leurs ébats avec des actrices pornos.

Une audition XXX controversée à Québec

Une audition pour un film XXX qui se tiendra cet été dans le stationnement d’un bar de Québec s’attire les foudres d’un collectif contre l’exploitation sexuelle des femmes.

Le samedi 24 août, le Bar St-Josef, dans Lebourgneuf, accueillera le «casting party» de la boîte de production pornographique montréalaise AD4X.

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Dans un véhicule récréatif (VR) garé dans le stationnement du bar, les hommes (en grande majorité), les femmes et les couples qui passent l’audition seront filmés durant leurs ébats avec des actrices pornos.

Les actrices masturberont les gars qui se présenteront dans le Winnebago, mais elles ne seront pas obligées d’aller plus loin, précise Mat Paré, le promoteur de la soirée pour Xtrem Productions et AD4X. 

«Il faut qu’elles les branlent, minimum. Après ça, les filles décident, si le gars les attire», de «faire une scène complète avec [lui]», explique M. Paré.

Les «casting party» d’AD4X ont suscité la controverse dans plusieurs villes de la province depuis quatre ans, plus récemment à Saguenay et à Sherbrooke.

Ses organisateurs se sont défendus en affirmant que leur audition porno est légale et que les participants sont majeurs et consentent aux rapports sexuels. Au passage, ils ont critiqué un Québec encore «très puritain» et revendiquent la légitimité de l’industrie pornographique.

À un mois et demi du premier passage des auditions pornos d’AD4X à Québec, Mat Paré persiste et signe. «Si la fille est consentante et elle veut faire le travail et que les gars, ils veulent auditionner, c’est comme n’importe quel employeur qui passe une journée à faire des entrevues», dit-il.

Sébastien Beaulieu, gérant du bar St-Josef, explique qu’il a vu dans le «casting party» d’AD4X un potentiel de «faire virer le bar» et ne voit pas en quoi l’établissement devrait s’en priver. «On a beau le cacher, il y en a, de la pornographie», dit-il. «C’est une place de 18 ans et plus, il n’y a pas d’enfants ici.»

«Si les féministes n’aiment pas ça, elles ont juste à pas venir», ajoute-t-il.

«Banalisation»

Le Collectif d’aide aux femmes exploitées sexuellement (CAFES) dénonce vivement la tenue de l’audition porno d’AD4X à Québec.

«Ce genre d’événements participent activement à la banalisation de l’industrie du sexe, une industrie que le CAFES dénonce et sait être extrêmement violente», souligne Rose Sullivan, une membre du collectif dans la capitale.

Selon Mme Sullivan, les entreprises dans l’industrie de la pornographie font leur «profit sur le dos de personnes qui, dans la plupart des cas, manquent d’argent, d’estime ou de repères. Ils le font en plus en réussissant à leur faire accepter cette oppression, c’est dégueulasse.»

À son avis, en laissant le casting d’AD4X se tenir dans son stationnement, le bar St-Josef cautionne une «audition où des hommes coucheront avec des pornstars pour 20 $», soit le prix d’entrée pour la soirée.

Intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de l’Estrie, Marie-Michèle Withlock s’était indignée de la venue des auditions pornographiques AD4X sur le terrain du Boston bar, à Sherbrooke, en mai.

Elle n’a pas changé d’avis après avoir écouté le compte rendu d’une de ses collègues qui a assisté à la soirée. En dehors du VR, «en moins de 15 minutes, 20 minutes, il y avait déjà des producteurs pornos qui étaient autour d’elle en lui offrant de faire des films, qu’elle ferait de l’argent...» affirme Mme Whitlock.

«Des viols filmés»

Or, la pornographie est une façon d’«érotiser la violence faite aux femmes», estime l’intervenante auprès de femmes victimes d’agression sexuelle.

Lorsqu’elles sont dans l’industrie, les actrices pornos disent que c’est leur choix, note Marie-Michèle Withlock. Mais quand elles en sortent, «elles nous nomment que c’étaient des viols qui étaient filmés».

Les candidats au casting d’AD4X sont diffusés sur le site de l’entreprise et sur des plateformes internationales comme Pornhub qui rejoignent des millions d’amateurs de pornographie dans le monde.

AD4X a déjà réalisé plus d’une quinzaine d’auditions au Québec, souvent dans des bars de danseuses, mais aussi sur les terrains de bars comme le St-Josef.

Le promoteur Mat Paré assure que tout est légal puisqu’il s’agit de pornographie et non de prostitution. «Quand c’est filmé, c’est de la pornographie, donc c’est légal», dit-il.

À la suite d’une audition porno d’AD4X tenue en septembre 2017 sur les terrains de l’Hôtel Plaza de l’arrondissement La Baie, à Saguenay, la Ville avait remis deux constats d’infraction de 1284 $ chacun à l’hôtel pour des infractions aux règlements municipaux. 

À quelques jours de l’ouverture du procès en cour municipale, en mai 2018, Saguenay a toutefois abandonné sa poursuite contre l’Hôtel Plaza. La Ville ne croyait pas être en mesure de convaincre le tribunal hors de tout doute raisonnable que des infractions avaient été commises.