Condamné pour des crimes commis sur sa jeune sœur, le septuagénaire sera inscrit au Registre des délinquants sexuels pour le reste de sa vie.

Un septuagénaire condamné à 38 mois de prison pour des abus sur sa soeur dans les années 70

TROIS-RIVIÈRES — Un homme de 73 ans vient d’être condamné à une peine de 38 mois de pénitencier pour avoir abusé sexuellement de sa jeune sœur cadette dans les années 70.

Les crimes qu’il a commis pendant neuf ans sur sa petite sœur, âgée entre 8 et 17 ans, sont suffisamment graves pour que le juge Jacques Trudel écarte toute possibilité de lui imposer une peine de deux ans moins un jour dans la collectivité, tel que demandé par l’avocate de défense, Me Valérie Thiffeault-Duchemin. Il s’est plutôt basé sur une récente décision de la Cour suprême dans une affaire similaire mais également sur l’importance de prioriser les critères de dénonciation et de dissuasion sur des délits de cette nature. En ce sens, la procureure de la Couronne, Me Martine Tessier, avait d’ailleurs réclamé une peine de quatre ans de prison.

Cet homme et sa sœur de 17 ans sa cadette sont issus d’une famille dysfonctionnelle du secteur Cap-de-la-Madeleine où le père, un alcoolique, faisait preuve de violence physique et sexuelle envers ses enfants, dont l’accusé à une occasion.

C’est dans ce contexte que le frère est devenu en quelque sorte un père de substitution pour sa sœur. Les abus sexuels ont ainsi commencé en 1971 alors que la fillette avait huit ans. Si, au départ, les gestes consistaient en des attouchements, de la masturbation, des fellations et des cunnilingus, ils ont ensuite progressé au point qu’il y a eu des pénétrations. Selon la victime, son frère lui avait demandé de lui offrir sa virginité alors qu’elle n’avait que 13 ans. Les relations sexuelles complètes se sont ensuite poursuivies jusqu’à l’âge de 17 ans. Il a cessé de l’abuser lorsqu’elle a eu son premier amoureux.

L’accusé a donc profité de sa confiance pour l’abuser et la soumettre à ses pulsions sexuelles régulièrement, et ce, même après qu’il ait lui-même quitté la maison et ait fondé une famille. Une bonne partie de la période délictuelle s’est en effet déroulée au domicile de l’accusé en l’absence de sa femme et de ses enfants.

Lors du processus judiciaire, l’homme avait admis certains attouchements mais sans plus. «Il est important de rappeler que dans son témoignage, l’accusé n’admet que du bout des lèvres et avec une minimisation et une justification évidentes les actes reprochés sur les chefs d’attentat à la pudeur et de grossière indécence dont il se reconnaissait coupable. Par ailleurs, il nie catégoriquement les actes de pénétration et de fellation et s’avère très équivoque quant aux actes de cunnilingus. Il niait donc les accusations de viol et d’inceste», a noté le juge Trudel lors du prononcé de la sentence. Pire encore, l’accusé avait affirmé qu’il se frottait le pénis sur les lèvres de la victime, juste à «l’entrée», endroit qu’il a décrit comme «son terrain de jeu.»

Au terme du procès, il avait finalement été déclaré coupable de viol, d’attentat à la pudeur et d’inceste.

La victime a pour sa part subi de nombreux traumatismes. Son enfance et sa vie ont été brisées tant au niveau familial, scolaire, relationnel, occupationnel, matériel, psychologique et physique. Elle a souffert d’isolement, de honte, de méfiance, de perte d’estime de soi, de stress et de cauchemars. Certains traumatismes sont encore présents aujourd’hui. Lors des plaidoiries sur sentence, cette dame de 56 ans avait déclaré par le biais d’une lettre adressée au juge: «Je le considérais comme mon père. Il a profité de mon innocence pour abuser de moi. Je ne pouvais pas en parler, il disait que c’était un secret entre nous. Aujourd’hui, ce n’est plus un secret. Je n’ai plus à avoir honte de moi.»

En effet, durant toutes ces années, le frère a demandé à sa sœur de garder le secret. Celle-ci a attendu le décès de leur mère pour le dénoncer et porter une plainte.

Le tribunal admet cependant qu’en raison de l’âge de l’individu et de la période écoulée depuis les événements délictuels, le risque de récidive est faible sans toutefois être écarté. À titre de facteurs atténuants, le juge a aussi tenu compte de son absence d’antécédents judiciaires, de ses problèmes de santé, dont des dysfonctions érectiles, des regrets qu’il a manifestés et de la violence qu’il a lui-même subie.

Mais, dans l’esprit du juge, sa responsabilité pénale demeure élevée et les crimes commis constituent des abus et des mauvais traitements envers un enfant, ce qui doit être dénoncé. L’homme de 73 ans a donc été condamné à 38 mois de prison et sera inscrit au Registre des délinquants sexuels pour le reste de sa vie.