Un père abuseur condamné à trois ans de pénitencier

Nancy Plamondon pensait ne plus avoir aucune émotion par rapport à son père. Elle a eu la surprise de voir ses larmes couler lorsque l’homme qui l’a agressée sexuellement durant toute sa jeunesse a pris le chemin du pénitencier pour les trois prochaines années.

Jacques Plamondon, 72 ans, a plaidé coupable à des accusations d’attentat à la pudeur et de grossière indécence sur sa fille aînée, Nancy, aujourd’hui âgée de 48 ans. Au terme d’un procès, il a également été déclaré coupable d’avoir agressé sexuellement Nancy. 

Aucun prénom fictif dans cette histoire; Nancy a demandé à ce que soit levée l’ordonnance de non-publication afin qu’elle puisse parler au grand jour.

Lorsque Nancy avait environ quatre ans, son père a commencé à la toucher sur les parties génitales. Il y a aussi eu des gestes de masturbation réciproque et des fellations. Nancy estime que les gestes se sont répétés sur plusieurs mois. Dans le cadre du plaidoyer de culpabilité, Plamondon a reconnu une durée d’une semaine.

Le père a aussi admis s’être exhibé nu devant sa fillette et ses amis et lui avoir montré des films pornographiques. Pire encore, Jacques Plamondon a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec sa nouvelle conjointe devant Nancy, alors âgée environ de 10 ans.

Lorsque Nancy a eu 12 ans, Jacques Plamondon a multiplié les attouchements lors de séances de chamaillage faussement anodin et a continué les gestes de masturbations. L’adolescente a aussi enduré les attouchements aux seins et aux fesses jusqu’à ses 16 ans.

Nancy Plamondon

La Couronne réclamait une peine de quatre à six ans de pénitencier tandis que la défense plaidait pour une peine de deux ans moins un jour dans la collectivité.

Le juge Christian Boulet a bien compris toutes les séquelles vécues par Nancy; anxiété permanente, flashback, sentiment de culpabilité et de trahison, difficulté dans ses relations interpersonnelles. «L’accusé a brisé sa vie», cite le juge Boulet.

La violence intrinsèque des crimes de Jacques Plamondon est importante, note le juge. «L’accusé ne menace pas sa victime, mais il l’abuse psychologiquement et la manipule en profitant du contexte de jeux pour la toucher et l’agresser et il ramène ces situations à l’amour en lui disant qu’elle est la plus importante au monde pour lui», commente le juge Boulet, qui a choisi d’imposer une peine de trois ans de pénitencier à l’accusé.

À sa sortie de sa salle d’audience, Nancy souriait à travers ses larmes. Elle serrait bien fort dans ses mains les feuilles, soulignées de bleu, portant le message qu’elle voulait transmettre aux victimes.

«J’aurais dû faire cette démarche là bien avant, constate-t-elle. J’encourage toutes les victimes à le faire, même si c’est difficile, ça vaut la peine. Ça libère!»

Bien sûr, un processus judiciaire de six ans, c’est long, convient-elle. «Mais avec l’accompagnement qu’on a, on passe à travers», assure Nancy, en jetant un regard à l’enquêteur Daniel Raymond du SPVQ et aux procureures de la Couronne Valérie Lahaie et Laura Plamondon-Dufour.

La seule amertume dans le coeur de Nancy, c’est le processus d’indemnisation des victimes d’actes criminels. Elle n’a jamais pu être indemnisée parce que, selon l’IVAC, sa demande a été présentée hors délais. «C’est seulement aujourd’hui que je réalise les impacts de tout ce que j’ai vécu, fait valoir Nancy. Ça nous démolit, le fait qu’ils nous refusent. C’est comme s’ils nous disaient qu’on ne nous croit pas et que ce n’est pas important ce que tu as vécu. Je demande au gouvernement de faire quelque chose, il faut rectifier cette situation-là.»

Une fois les caméras éteintes, Nancy retrouve ses proches qui, spontanément, l’applaudissent avant de la serrer dans leurs bras.

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