Le pasteur Paul Mukendi

Un pasteur de Québec accusé d’agression veut voyager

Le pasteur évangéliste Paul Mukendi, accusé de sévices sexuels et physiques sur trois ex-fidèles de son église, veut ravoir son passeport afin de pouvoir continuer à prêcher à étranger.

Le chef spirituel de l’église Parole de Vie à Vanier a d’abord été accusé en octobre 2017 d’avoir violenté et commis des agressions sexuelles sur une jeune femme âgée de seulement 14 ans au début des infractions. 

Après la première dénonciation, deux autres ex-disciples ont porté plainte. Des accusations de voies de fait et agression sexuelle dans un contexte de relation de confiance ont été portées.

Mukendi, 40 ans, sans antécédent judiciaire, a pu rester en liberté durant les procédures judiciaires après s’être engagé à respecter plusieurs conditions, notamment de déposer son passeport au greffe du palais de justice et de s’abstenir de quitter le Canada. 

Il a présenté une requête afin de faire modifier ses conditions. Le pasteur, qui se dit «orateur reconnu pour sa vaste expérience dans le domaine spirituel», veut avoir la possibilité de quitter seul le pays pour prononcer des conférences à l’international.

«Ces conférences représentent non seulement l’exercice de son droit de religion, mais elles font aussi partie de sa fonction de pasteur de l’Église évangélique», écrit l’avocate de Paul Mukendi, Me Dominique Bertrand, dans sa requête.

Devant le juge Steve Magnan de la Cour du Québec, le pasteur, vêtu comme une carte de mode, ajoute «qu’il doit maintenir son audience et continuer son œuvre».

La tombe de son père

Le pasteur veut aussi pouvoir se rendre au Congo avec son épouse, du 23 juillet au 3 août, afin de poser la pierre tombale de son père, décédé en juillet 2017. Le pasteur fait valoir que dans la tradition congolaise, l’année de deuil se termine par cette cérémonie, qui dure plusieurs jours.

Le pasteur, qui n’a aucune autre citoyenneté que la citoyenneté canadienne, indique qu’il laisserait ses trois enfants au Québec pour la durée du voyage. 

L’accusé souligne qu’il a respecté toutes ses conditions depuis le début des procédures. «Il n’existe, avec respect, aucun risque que l’accusé s’esquive ou se soustrait à la justice canadienne», peut-on lire dans la requête.

Finances opaques

La procureure de la Couronne Me Sonia Lapointe, qui s’oppose à la modification des conditions, a questionné le pasteur sur ses finances. Paul Mukendi peinait à dire combien de revenus il a faits grâce aux dons des fidèles, sa source de revenus principale.

Des ex-disciples ont raconté à la police que chaque membre de l’église Parole de Vie devait verser 10 % de son salaire annuel en plus de la dîme.

Lors de son arrestation, les policiers ont trouvé 32 000 $ en argent comptant dans un coffre-fort de la résidence de Paul Mukendi.

La procureure de la Couronne a souligné la «situation financière opaque» de l’accusé. Me Lapointe plaide que Paul Mukendi peut avoir facilement accès à de l’argent à l’étranger et à se refaire une vie outre-mer.

En inspectant les finances du centre évangélique Parole de Vie, l’enquêteur Denis Falardeau de la police de Québec n’a pas constaté de fraude, mais a vu beaucoup de sorties d’argent. En cinq ans, le pasteur aurait fait transiter 80 000 $ canadiens par divers moyens. Il aurait aussi importé 10 000 euros (15 400 $) grâce à une intermédiaire. L’enquêteur se questionne sur l’authenticité de certains documents de l’Église évangélique.

Le débat se poursuit vendredi.