Le professeur de droit Alain Roy.

Un moratoire demandé sur les rodéos

TROIS-RIVIÈRES — Alors que s’ouvraient, vendredi, les activités entourant la 52e édition du Festival western de Saint-Tite, le professeur Alain Roy est venu jeter un pavé dans la mare en réclamant ni plus ni moins qu’un moratoire sur la tenue des activités de rodéo. Le professeur de droit, qui estime que la tenue de rodéos est contraire à l’essence même de la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal, est d’avis que les délais entourant le travail du comité consultatif sont désormais exagérés et que dans les circonstances, il faudrait suspendre toutes les activités de rodéo au Québec en attendant les conclusions de ce groupe de travail.

Le professeur Roy, on s’en souviendra, était à l’origine d’une demande d’injonction déposée pour faire interdire la tenue d’un rodéo urbain à Montréal, en août 2017. Il avait par la suite accepté de retirer sa demande, en obtenant en échange la création d’un comité consultatif dirigé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), et sur lequel allaient siéger des représentants du Festival western de Saint-Tite de même que des défenseurs des droits des animaux désignés par M. Roy. Ce comité consultatif devait rendre un rapport  sur ses travaux à l’intérieur d’une année.

Or, devant l’ampleur de la tâche, ce comité consultatif a choisi de mandater un comité d’experts indépendants pour leur fournir un rapport sur les pratiques entourant les rodéos et leur conformité ou non avec la Loi. Ainsi, plus de deux ans après le retrait de l’injonction, aucun rapport n’a encore été déposé, ce qui irrite le professeur Roy.

«On pousse un peu. Nous nous étions entendus pour un an, mais là nous en arrivons à la tenue d’un deuxième Festival western après la formation de ce comité. À mon avis, s’il n’existait aucun doute quant au bien-être animal lors des rodéos, le MAPAQ ne se serait même pas commis dans ce processus. Compte tenu de leur implication, on peut conclure qu’il y a présomption vers la maltraitance, et par conséquent, nous ne devrions pas permettre la tenue de rodéos tant que les travaux ne seront pas terminés», mentionne Alain Roy, expliquant les raisons de sa demande d’imposer un moratoire.

Selon lui, le gouvernement agit déjà de cette façon lorsqu’il est question d’environnement. «Dès qu’il y a le moindre soupçon, on stoppe généralement tout. Pourquoi agir de cette façon en environnement, et non avec les animaux? C’est complètement incompatible avec la démarche que l’on fait», croit-il.

En avril 2018, le professeur Roy a rendu public un rapport réalisé par le vétérinaire Jean-Jacques Kona-Boun, rapport de près de 700 pages produit après plusieurs heures d’observations réalisées durant le Festival western de 2017. Selon eux il ne faisait aucun doute que les activités observées étaient incompatibles avec la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal. «Jamais nos données n’ont été contredites, et nous avons été capables de produire ce rapport en seulement quelques mois», rappelle M. Roy, qui estime que la prolongation qui lui est présentement imposée est déraisonnable.

Réactions

Questionnée sur cette demande de moratoire de la part du professeur Roy, la ministre de la Justice et députée de Champlain, qui comprend notamment la Ville de Saint-Tite, Sonia LeBel, a déploré cette sortie, d’autant plus qu’elle survient le jour même du déclenchement de l’événement. Pour elle, pas question d’imposer quelque moratoire que ce soit, d’autant plus que le professeur Roy s’était engagé, au même titre que tous les autres intervenants, dans ce processus de façon volontaire.

«Qu’aujourd’hui on n’attende pas la fin d’un processus consensuel, qu’on profite de la tenue d’un événement qui est majeur en Mauricie pour demander un moratoire, je trouve ça déplorable», a-t-elle déclaré.

Même son de cloche pour le directeur général du Festival western de Saint-Tite, Pascal Lafrenière, qui martèle que le processus avait été accepté de bonne foi et que le Festival western a toujours collaboré à tous les travaux sans n’avoir jamais rien à cacher.

«Que le comité consultatif souhaite s’en remettre à un comité d’experts indépendants, c’est une démarche très acceptable selon nous. De notre côté, nous n’avons jamais fait entrave à la tenue des travaux et nous avons toujours bien collaboré. C’est déplorable qu’on demande ça. Mais de notre côté, on réitère notre confiance aux autorités compétentes. Nos protocoles d’encadrement des rodéos sont publics et disponibles sur notre site Internet depuis de nombreuses années. Les gens du MAPAQ sont présents à nos activités pour faire toutes les vérifications nécessaires», ajoute-t-il.