Un juge ordonne le gavage d'une adolescente suicidaire

La Cour supérieure a ordonné la semaine dernière le gavage d’une adolescente de 15 ans qui refusait de s’alimenter et de s’hydrater dans un objectif suicidaire. Fait doublement troublant, l’adolescente est détenue dans un centre jeunesse pour avoir proféré des menaces de tuer des élèves de son école.

Dans son jugement rendu le 30 octobre, le juge Claude Villeneuve relate que la jeune fille fréquentait depuis peu une nouvelle école, sa famille ayant été forcée de déménager à la suite d’un incendie. Elle est détenue dans un centre jeunesse «parce qu’elle aurait proféré, sur les réseaux sociaux, des menaces de commettre une tuerie de masse à son école avec une arme à feu et de s’enlever ensuite la vie», rapporte le juge.

L’adolescente a été admise le 3 octobre à l’Hôpital Rivière-des-Prairies «dans un contexte de grève de la faim et de la soif à visée suicidaire». «Au moment de son admission, elle se présentait comme étant solitaire et exprimait avoir un mal de vivre depuis l’âge de 9 ans. Ayant fréquemment recours à l’automutilation, la souffrance physique lui permettait de faire diversion face à sa souffrance psychologique», écrit le juge Villeneuve, ajoutant que «l’examen médical suggère que le cours de la pensée de cette enfant est fluide et qu’il n’y a pas d’évidence d’incohérence dans la structure de la pensée».

Le juge cite ensuite un passage troublant du rapport du pédopsychiatre: «Concernant son désir meurtrier, l’adolescente réitérait sans hésitation son intention de tuer des gens avec une arme à feu à l’école et vouloir se procurer une telle arme sur le marché noir. Elle ne semblait pas comprendre que le simple fait de proférer de telles menaces constitue un geste criminel et banalisait le meurtre par arme à feu puisqu’il s’agit d’une mort rapide. Elle ne se souciait pas non plus des conséquences pour elle d’une telle tuerie, comptant mettre fin à ses jours immédiatement après.» 

Depuis son admission, relate encore le juge, le personnel hospitalier est confronté à une jeune personne gardant souvent la tête baissée, le visage caché derrière ses cheveux afin d’éviter tout contact visuel. 

«Elle n’offre aucune collaboration en ce qui a trait aux évaluations psychiatriques. Elle est très peu volubile, se contentant seulement de hausser les épaules ou de hocher de la tête. À plusieurs reprises, elle tente de s’autostranguler avec sa jaquette d’hôpital et sa literie en plus de dissimuler des ustensiles aux repas avec l’intention de s’automutiler ou d’agresser les membres du personnel. Elle est alors maintenue à l’unité des soins intensifs pédopsychiatriques.»

L’adolescente refuse la plupart du temps de manger et de boire, de sorte qu’elle a perdu 2 kg au cours des deux premières semaines d’hospitalisation, «alors que son poids est déjà inférieur de plus de 10kg par rapport à son poids idéal», précise le juge. 

«Jusqu’à cinq reprises, elle a dû recevoir une hydratation par intraveineuse en mesure d’urgence. Elle doit alors être mise sous contention puisqu’elle tente d’arracher la tubulure. Elle a récemment dû être transférée au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine pour y être gavée», ajoute le magistrat.

De l’avis du pédopsychiatre au dossier, «l’indifférence de l’enfant face aux conséquences de ses gestes appréhendés, jumelée au fait qu’elle éclate parfois de rire toute seule dans sa chambre dans un contexte d’hospitalisation forcée, laisse entrevoir une certaine altération de son aptitude à refuser, de façon libre et éclairée, les soins de base qui doivent lui être prodigués pour la maintenir en vie», peut-on lire dans le jugement. 

Selon ce pédopsychiatre, la détermination de l’enfant à mourir est «très probablement liée à une maladie psychiatrique sous-jacente, potentiellement traitable, que nous ne sommes pas pour le moment en mesure d’identifier de façon précise». 

Pour le juge Claude Villeneuve, la preuve de l’inaptitude de l’enfant, qui refuse toute intervention de ses parents, a été faite de façon «prépondérante». 

Le magistrat a ainsi rendu une ordonnance autorisant l’établissement à prodiguer à l’adolescente, pour une période maximale de deux mois, les soins requis par son état de santé, dont: l’alimentation et l’hydratation par un tube de gavage; le recours par l’équipe traitante aux mesures de contention pour l’empêcher d’arracher la tubulure; la poursuite de son hospitalisation tant que son état clinique le justifiera; la poursuite de son évaluation psychiatrique malgré sa collaboration très limitée; l’administration d’une médication sédative en cas d’agitation ou d’agressivité; un suivi psychiatrique externe après son congé hospitalier; et, enfin, une réhospitalisation si son état clinique l’exige avant que la détérioration n’atteigne un niveau qui mette sa santé ou sa sécurité en danger ou celle d’autrui.

Si vous avez besoin de soutien ou avez des idées suicidaires, vous pouvez appeler le numéro sans frais suivant pour parler à quelqu’un:  1-866-APPELLE