Marie-Lisa Desbiens et Pierre Gagné-Boily
Marie-Lisa Desbiens et Pierre Gagné-Boily

Un homme jaloux coupable du meurtre non prémédité de son ex-conjointe

Un ex-conjoint jaloux qui poignarde à mort la femme qui l’a laissé. Un scénario beaucoup trop souvent écrit. Une famille anéantie. Des remords de n’avoir rien vu venir.

Été 2017. Pierre Gagné-Boily, 33 ans, et Marie-Lisa Desbiens, 30 ans, forment un couple sans histoire depuis 13 ans. Les deux travaillent, ils sont fiancés, mais n’ont pas d’enfant.

Trois ans plus tôt, Marie-Lisa Desbiens a racheté la maison de ses grands-parents à La Malbaie. Elle rêvait de reprendre la ferme familiale.

Au début d’août 2017, Marie-Lisa annonce à son conjoint que pour elle, la relation est terminée. Les deux continuent toutefois de cohabiter dans leur logement de la rue Saint-Georges à Lévis.

Le 25 août, alors qu’ils se préparaient à partir pour Charlevoix, une dispute éclate. Marie-Lisa explique qu’elle fréquente un autre homme, qu’ils ont eu une relation sexuelle deux jours plus tôt.

Pierre Gagné-Boily va saisir un couteau de chef à la cuisine, revient dans la chambre et poignarde Marie-Lisa Desbiens à de multiples reprises. L’autopsie révélera 17 plaies, surtout au torse.

L’homme sort précipitamment. Il appelle des membres de sa famille qui le convainquent de se rendre aux policiers. La police de Lévis viendra rapidement l’arrêter. «J’ai pogné les nerfs après ma blonde, je l’ai poignardée plusieurs fois. Elle est morte, c’est certain», annonce-t-il aux policiers. 

Délai de 12 ans suggéré

Après une expertise psychiatrique sur la responsabilité criminelle - vraisemblablement défavorable à l’accusé - et plusieurs changements d’avocats, Gagné-Boily a plaidé coupable mardi au meurtre non prémédité de son ex-conjointe. 

L’avocat de la défense Me Julien Grégoire et la procureure de la Couronne Me Valérie Lahaie ont suggéré au juge Raymond W. Pronovost de la Cour supérieure d’imposer à Gagné-Boily, un homme sans antécédent judiciaire, une période de 12 ans avant de pouvoir faire une demande de libération conditionnelle. Dans les faits, puisque l’homme est détenu depuis son arrestation en août 2017, il sera éligible à une forme de libération dans un peu plus de neuf ans.

«Le contexte médiatique des derniers jours (avec le meurtre de la jeune Marylène Lévesque par un récidiviste, NDLR), peut amener certaines mauvaises perceptions dans la population», convient Me Grégoire, avant de rappeler que son client sera condamné à la prison à perpétuité.

Le juge Pronovost a demandé à la famille d’être encore un peu patiente; il veut relire plusieurs causes du même genre avant de décider s’il entérine la suggestion commune. La peine sera donc prononcée le 21 février.

Des mots pour sa victime

Pierre Gagné-Boily, veut s’adresser aux membres de la famille de Marie-Lisa Desbiens. Il a écrit une lettre de quatre pages. Eux ne souhaitent pas l’entendre: ils sortent presque tous en coup de vent sauf Arthur Desbiens, le père de la victime, qui écoutera son ancien gendre en le fixant intensément.

Le meurtrier commence par nommer, par leur prénom, les 52 membres de son ancienne belle-famille ou de son réseau d’ami. 

Dans un moment aussi intense qu’inhabituel, le détenu s’adresse ensuite à sa victime, qu’il appelle Marie. «T’étais tout pour moi, t’étais toute ma vie, j’avais bâti ma vie autour de toi, autour de ta famille», dit Pierre Gagné-Boily.

En plus d’avoir brisé la vie de sa «Petite Marie», le meurtrier sait avoir hypothéqué celle de tous ceux qui l’aimaient. «La peine de mort serait plus facile dans mon cas, mais non, je devrai vivre avec les remords, la culpabilité et la honte de t’avoir aussi cruellement enlevé la vie.»

Pierre Gagné-Boily termine sa lettre en demandant pardon et, à défaut de pouvoir enlever les souffrances des proches de la victime, en leur souhaitant de trouver la sérénité.

Lorraine Bergeron, une tante de Marie-Lisa, n’a pas écouté l’accusé. Mais quelques minutes plus tôt, elle a pu dire au juge à quel point la famille souffre depuis deux ans et demi et combien chaque passage à la cour ravive les douleurs. 

Sans compter un ravageur sentiment de culpabilité. «Nous vivons tous les jours depuis le décès de Marie avec le sentiment horrible de n’avoir rien vu venir ou pire encore, d’avoir fermé les yeux par le passé sur des comportements jaloux et possessifs qui n’auraient jamais dû être tolérés.»

La famille a l’impression d’avoir été manipulée et trahie par un homme qu’elle a accueillie pendant plus d’une décennie. Enlever Marie-Lisa ainsi est non seulement inacceptable, mais impardonnable, lance Mme Bergeron, en refoulant ses larmes.