Le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN), Pascal Bastarache.

Un employé du milieu de la santé réveillé par les policiers parce qu'il ne s'était pas présenté au travail

Drummondville — Un aide de service du Centre hospitalier Sainte-Croix à Drummondville s’est fait réveiller en pleine nuit ce week-end par deux policières parce qu’il s’était absenté du travail sans aviser son supérieur.

L’employé du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) devait normalement se rendre au travail vendredi soir pour son quart de nuit. En raison de problèmes de santé, il aurait décidé de rester à la maison et de prendre un congé de maladie. Il a toutefois omis d’aviser son supérieur.

Constatant son absence, la gestionnaire à l’hôpital a alors décidé d’aviser les policiers de la Sûreté du Québec (SQ). Selon le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN), Pascal Bastarache, deux policières de la SQ se sont rendues vers 2h45 du matin à la résidence de l’employé.

«Selon les témoins qui étaient sur place avec qui nous avons parlé, les policiers ont mentionné à monsieur qu’elles avaient eu un appel de l’hôpital et qu’il devait rentrer au travail parce qu’on avait besoin de lui», affirme Pascal Bastarache. «Les policiers ne voulaient pas partir tant qu’il n’avait pas appelé à son travail.»

Sous l’oeil attentif des policiers, le travailleur a alors communiqué avec son superviseur. À la suite de cette conversation, l’aide de service a décidé de rentrer compléter son quart de travail.

Le syndicat conteste l’intervention des policiers qui n’interviennent normalement pas dans les relations entre un travailleur et son employeur. Est-ce que les policiers ont été appelés à se rendre chez l’employé, car son superviseur craignait pour sa santé ou sa sécurité? «Selon ce que nous avons appris avec des preuves de messagerie, en aucun cas il n’a été question de sa sécurité», soutient Pascal Bastarache.

«Cette intervention (demandée par la gestionnaire en poste) est complètement illégale. Je croyais que c’était une farce lorsque j’ai appris ça. C’est la première fois que j’entends parler d’une telle situation au Québec.»

Le SPPSAM étudie toutes les possibilités qui s’offrent lui pour dénoncer cette situation. Déjà, le syndicat soutient avoir avisé la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. «On n’a pas le droit de faire ça. Ça va à l’encontre des droits fondamentaux de notre membre. On est au Québec, on se le rappelle», martèle Pascal Bastarache. «On pensait au début que c’était une question de sécurité qui a justifié d’appeler la police, mais notre enquête nous démontre que ce n’est pas le cas. On demande des comptes.»

Le syndicat étudie actuellement les possibilités qui s’offrent à lui pour demander certaines réparations pour son membre.

Le CIUSSS MCQ a rapidement réagi mardi après-midi. L’agente d’information Julie Michaud soutient que la gestionnaire n’aurait pas dû demander l’intervention de la SQ. «C’est une situation qui est inacceptable pour nous», affirme d’emblée l’agente d’information du CIUSSS MCQ. «C’est une erreur qui est isolée et ça ne fait absolument pas partie de nos pratiques reconnues au niveau des ressources humaines.»

De plus, l’aide de service qui a eu la visite de policiers durant la nuit a reçu des excuses, précise Julie Michaud. «On le dit haut et fort, notre priorité c’est notre capital humain. Nous ne voulons pas que cette situation se reproduise», note l’agente d’information du CIUSSS MCQ.

En effet, la gestionnaire qui a appelé la SQ a été rencontrée par ses supérieurs, confirme le CIUSSS MCQ. De plus, un courriel a été envoyé à tous les gestionnaires pour éviter qu’une telle situation se reproduise. «On a fait les démarches nécessaires pour rectifier la situation», note Julie Michaud.

La gestionnaire qui a pris la décision de communiquer avec la SQ en raison de l’absence d’un aide de service aurait suivi le protocole d’intervention normalement destiné aux médecins. «La gestionnaire a utilisé un type d’intervention qui est habituellement utilisé et convenu avec les médecins. En effet, il faut savoir que dans le cas d’un médecin de garde, s’il ne se présente pas, il a été convenu qu’à la suite de différentes tentatives pour le joindre les policiers peuvent être dépêchés chez ce médecin», a précisé l’agente d’information du CIUSSS par courriel en fin de journée.

De son côté, la SQ confirme l’intervention de patrouilleurs chez le travailleur du CIUSSS MCQ. «C’est notre devoir de prêter assistance dans une telle situation lorsqu’il y a des raisons d’être inquiets pour la santé et la sécurité d’une personne», explique le lieutenant Hugo Fournier, porte-parole de la Sûreté du Québec. 

 «Lorsqu’on reçoit une demande d’un centre de santé, nous collaborons et nous lui donnons le bénéfice du doute. Si nous n’avions pas fait les vérifications nécessaires, c’est à ce moment que nous aurions pu être blâmés.»