Le manque de véhicules est toujours criant à Québec, selon l’ATPH, même avec l’ajout en 2018 de 40 000 heures de temps d’ambulances par année, l’équivalent de 18 travailleurs à temps plein.

Un décès soulève des questions sur le service ambulancier

Le décès d’une dame jeudi dans le stationnement de l’hôpital Chauveau remet en cause une fois de plus la qualité de la couverture ambulancière dans la région de Québec. Il s’agit de la seconde situation rapportée en seulement 24 heures où le manque de véhicules disponibles met la population à risque, dénonce le syndicat des paramédicaux.

Le premier cas rapporté par Le Soleil était celui d’un patient dont l’état de santé était catégorisé en urgence 1. Il est devenu inconscient parce qu’aucune ambulance ne pouvait prendre l’appel. Une autre ambulance qui devait se rendre auprès d’une personne souffrant d’une crise cardiaque a été réquisitionnée pour répondre à l’appel de la personne inconsciente.

La situation a été dénoncée par le président de l’Association des travailleurs du préhospitalier (ATPH), Frédéric Maheux. Et depuis, il a été mis au fait d’au moins un autre cas où la surcharge de travail aurait provoqué des problèmes de couverture.

Selon lui, une dame présentant des symptômes de détresse (une grande fatigue) a signalé le 9-1-1 jeudi vers 13h pour demander une ambulance. La personne à la répartition lui a mentionné que le temps de réponse pouvait être de plus d’une heure trente en raison d’une «charge d’appels» élevée. 

À 15h, la dame se rendait avec son mari pour consulter à l’hôpital Chauveau. Elle est malheureusement décédée dans le stationnement, raconte M. Maheux.

«Nous ne saurons jamais si la dame aurait survécu même avec l’intervention des paramédicaux, nuance-t-il, d’entrée de jeu. Cependant, ses chances de survie auraient été multipliées.» Et ça, il en demeure convaincu.

Le président reconnaît que les symptômes de la dame pouvaient difficilement être associés à ce qui a toutes les apparences d’une crise cardiaque. Même si le dossier n’avait pas été catégorisé en priorité 1, un nombre suffisant d’ambulances sur le territoire aurait au moins permis aux paramédicaux de se rendre au domicile de la dame dans un délai raisonnable et de juger de ses symptômes. 

«Nous aurions pu stabiliser son état et la diriger vers un hôpital spécialisé, possiblement l’hôpital Laval», explique-t-il.

Période critique

Le manque de véhicules est toujours criant à Québec, selon l’ATPH, même avec l’ajout en 2018 de 40 000 heures de temps d’ambulances par année, l’équivalent de 18 travailleurs à temps plein.

«L’an passé, on nous accusait d’être alarmistes parce qu’on était en négociations. Le ministère nous a pourtant accordé les heures supplémentaires après la signature de notre contrat de travail. On ne criait pas au loup pour rien. Il faut savoir que ça nous a permis de sortir la tête hors de l’eau, sans plus», précise M. Maheux.

Le manque d’ambulance actuel est davantage en lien avec le temps anormalement élevé que doivent passer les paramédicaux à l’hôpital. Ce qu’on appelle aussi la rétention de civière.

«En temps normal, une fois le patient pris en charge par l’équipe médicale, je lave mes accessoires et je repars 45 minutes après mon arrivée», raconte-t-il. «Maintenant, on peut passer deux heures ou plus parce qu’il n’y a pas de lit disponible ou que le personnel de l’urgence est lui-même débordé. Nous devons rester auprès du patient tant qu’il n’a pas été pris en charge par l’hôpital.»

La période de fort achalandage s’étend maintenant de la mi-novembre à la mi-avril plutôt que de janvier à mars comme auparavant. Les demandes répétées pour l’ajout d’ambulances sont rejetées par le CIUSSS de la Capitale-Nationale, sans plus d’explication. «C’est un énorme problème. C’est inacceptable», s’offusque-t-il.

L’Association des travailleurs et son employeur, la Coopérative des techniciens ambulanciers du Québec, ont mis sur pied un comité paritaire pour trouver des solutions à court terme. Le Soleil a tenté, en vain, de joindre le CIUSSS, vendredi.