Steve Frigon et Angie Garceau vivent avec leur fille Jade dans une maison dévorée par la mérule pleureuse.

Un champignon détruit leur maison

HÉROUXVILLE — Il y a près d’un an, un couple d’Hérouxville a découvert que sa maison était infestée par la mérule pleureuse. Connu comme était le cancer du bâtiment, ce champignon dévastateur gruge la charpente de leur maison centenaire. Les coûts pour retirer la mérule pleureuse de la maison sont si élevés que la seule option qui s’impose est la démolition du bâtiment.

«C’est comme passer au feu, mais sans assurance», lance Steve Frigon pour illustrer ce qui leur arrive.

Achetée en 2006, la maison construite vers 1885 avait fait l’objet de rénovations majeures en 2012. Les actuels propriétaires, Steve Frigon et sa conjointe Angie Garceau, ont alors agrandi le bâtiment et isolé plus adéquatement des parties de la maison, dont le vide sanitaire. Ces travaux d’isolation avaient été faits dans le cadre de RÉNOClimat, un programme de Québec qui vise notamment l’amélioration de l’efficacité énergétique des habitations unifamiliales.

«On a ouvert les murs partout dans la maison pour isoler avec des matériaux neufs. On a aussi fait isoler l’extérieur de la maison et le vide sanitaire», explique Steve Frigon. «On a aussi remplacé les fenêtres. En tout, on a injecté près de 80 000 $ dans la maison et on a tout fait nous-mêmes.»

Le couple et leur petite fille ont ensuite profité d’une maison ancestrale bien rénovée et adaptée à leurs besoins. Lors de l’inspection des spécialistes de RÉNOClimat après les travaux, le bilan d’efficacité énergétique de la maison s’était grandement amélioré. Toutefois, l’isolation du vide sanitaire, qui bénéficiait avant les travaux d’une très grande ventilation, a possiblement été très dommageable.

«L’isolation du vide sanitaire a créé des conditions favorables au développement de la mérule pleureuse», estime le propriétaire de la maison du rang Saint-Pierre.

Angie Garceau et Steve Frigon avaient constaté que le taux d’humidité avait augmenté à la suite des travaux de rénovation. Ils ont alors installé, toujours en 2012, un échangeur d’air dans le vide sanitaire pour faire baisser le taux d’humidité. «Il n’était pas si élevé, mais on voulait faire une circulation d’air pour éviter les moisissures», mentionne Steve Frigon.

La mérule pleureuse est un champignon qui détériore rapidement la charpente d’une maison.

Au cours des années suivantes, la petite famille a habité la maison sans se douter du cancer qui la rongeait doucement, mais sûrement. Ce n’est qu’en janvier 2018 que Steve Frigon a découvert que quelque chose clochait. Une partie du plancher de la cuisine s’était quelque peu affaissé et avait commencé à onduler. Le couple a alors soupçonné une fuite d’eau ou des infiltrations.

«En inspectant dans le vide sanitaire, on a bien vu que ce n’était pas une fuite d’eau du tout. Il y avait de la moisissure et on se demandait vraiment c’était quoi», se souvient M. Frigon.

Les analyses d’une firme spécialisée ont confirmé qu’il s’agissait bien d’un champignon. Et le diagnostic était lourd. Il s’agissait bien d’une infestation à la mérule pleureuse. «La firme nous a fait une soumission et la décontamination s’élevait à 130 000 $», précise-t-il. «Les travaux consistaient à enlever tout ce qui était contaminé, couler une dalle de béton dans le vide sanitaire, changer tous les planchers et installer deux déshumidificateurs dans le vide sanitaire. La réfection des planchers, incluant leur structure, n’était pas comprise dans le 130 000 $. Et je devais ensuite refaire les armoires de cuisine, un mur porteur, etc. Ça montait facilement à 200 000 $.»

Une démolition s’impose

Tous ces investissements nécessaires pour se débarrasser de la mérule pleureuse étaient difficilement justifiables, considérant que la maison vaut près de 106 000 $ et qu’environ 80 000 $ avait déjà été investi pour des travaux de rénovation. De plus, le programme d’aide de Québec prévoit un soutien pouvant aller jusqu’à 75 000 $ pour la décontamination, ce qui est bien sûr insuffisant pour ces résidents d’Hérouxville. «C’était insuffisant. On avait déjà mis 80 000 $ sur notre hypothèque déjà existante. On ne peut pas alors aller à la caisse et demander près de 200 000 $ supplémentaires pour une maison évaluée à 106 000 $», assure Steve Frigon.

«Si on procède à la démolition, on a jusqu’à 100 000 $ d’aide.»

Par ailleurs, le couple d’Hérouxville affirme ne pas pouvoir entamer des recours judiciaires contre RÉNOClimat, même si l’isolation qui leur a été recommandée aurait entraîné la prolifération de la mérule pleureuse. Les coûts d’un tel recours seraient très difficiles à supporter. «On a vraiment réfléchi où on allait mettre nos sous. Alors on a décidé de les mettre dans quelque chose de constructif», avoue Steve Frigon.

La démolition aura lieu le printemps prochain, afin de pouvoir reconstruire rapidement. Durant cette période, la petite famille devra se trouver un logement temporaire. Bien que la majorité des éléments de la maison et plusieurs de ses meubles devront être remplacés, Steve Frigon mentionne qu’il pourra au moins garder les fenêtres achetées lors des travaux en 2012.

Tout cela entraîne toutefois des coûts importants qui n’étaient aucunement prévus par le couple. C’est pour leur venir en aide que la campagne de sociofinancement intitulée «La famille Frigon» a été mise sur pied sur le site Gofundme.com avec comme objectif d’amasser 50 000 $. Mardi, un peu plus de 1500 $ avaient été amassés.