Jussie Smollett, à gauche, et A.Z. Kelsey dans une scène d'un épisode de la série «Empire», diffusé en octobre 2018.

Un acteur américain accusé d'avoir inventé une agression raciste

CHICAGO — Il a payé deux hommes par chèque pour simuler une attaque raciste et homophobe, affirment les autorités américaines: l'acteur Jussie Smollett a été libéré sous caution jeudi, accusé d'avoir monté cette agression de toutes pièces pour tenter de faire avancer sa carrière.

M. Smollett, chanteur et comédien noir et ouvertement homosexuel de 36 ans, s'était rendu aux autorités à 5h du matin. Il avait été inculpé la veille pour dépôt de fausse plainte.

Jussie Smollett "a exploité la douleur et la colère du racisme pour promouvoir sa carrière", a lancé jeudi le chef de la police de Chicago, Eddie Johnson, lui-même noir, lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a eu des mots très durs envers l'acteur.

L'acteur a été relâché en fin d'après-midi jeudi et ne s'est pas exprimé devant les médias, venus en nombre. Sa caution avait été fixée à 100 000$, a précisé Risa Lanier, du bureau du procureur.

Si reconnu coupable, Jussie Smollett encourt jusqu'à trois ans de prison selon des médias américains dont la chaîne NBC, qui cite une porte-parole du procureur.

M. Smollett, l'une des vedettes de la série Empire, avait porté plainte fin janvier, affirmant avoir été agressé par deux individus masqués dans le centre de Chicago qui l'auraient abreuvé d'"insultes racistes et homophobes" avant de le frapper.

Il avait prétendu qu'une corde avait été enroulée autour de son cou et qu'une substance chimique avait été versée sur lui. Il avait aussi assuré que l'un des assaillants avait crié «Nous sommes en pays MAGA», une référence au slogan de campagne du président Donald Trump (Make America Great Again).

Une mise en scène, ont affirmé les autorités, d'après qui Jussie Smollett a d'abord essayé de faire parler de lui en s'envoyant "une fausse lettre contenant un langage raciste et homophobe".

"Quand ça n'a pas marché, Smollett a payé 3 500 dollars pour monter cette agression et traîner la réputation de Chicago dans la boue dans le même temps. Pourquoi (...)? Parce qu'il était mécontent de son salaire", a affirmé Eddie Johnson.


« Les fausses plaintes causent des dégâts réels (...). Ce coup de pub est une cicatrice que Chicago ne mérite pas »
Le chef ce police de Chicago, Eddie Johnson

L'acteur a pour cela fait appel à deux frères, Ola et Abel Osundairo, qui ont coopéré avec la police et n'ont pas été inculpés. Jussie Smollett les a payés... par chèque.

«Pourquoi quelqu'un, surtout un Noir américain, utiliserait le symbole d'une corde pour faire de fausses accusations? Comment quelqu'un peut-il voir dans la haine et la souffrance associées à ce symbole l'occasion de faire avancer sa notoriété?», s'est interrogé Eddie Johnson en référence au noeud coulant, symbole abhorré de l'esclavagisme et de l'époque des lynchages aux États-Unis.

«Les fausses plaintes causent des dégâts réels (...). Ce coup de pub est une cicatrice que Chicago ne mérite pas», a dénoncé le chef de la police, qui s'est dit "offensé" et "en colère".

Le président Trump lui-même s'est fendu d'un tweet sur l'affaire jeudi.

«Jussie Smollett - quid de MAGA et des dizaines de millions de personnes que vous avez insultées avec vos commentaires racistes et dangereux?", a écrit le locataire de la Maison-Blanche, qui avait d'abord qualifié l'attaque présumée d'"horrible».

Mécontent de son salaire

Jussie Smollett, à gauche, et Taraji P. Henson dans une scène de la série «Empire», diffusée sur Fox.

Les avocats de Jussie Smollett ont critiqué une conférence de presse des autorités qualifiée de "spectacle" et dénoncé une présomption d'innocence "piétinée".

«M. Smollett est un jeune homme d'un caractère et d'une intégrité irréprochables, qui maintient farouchement et solennellement son innocence», ont-ils dit dans un communiqué.

Il «se sent trahi par un système qui, manifestement, veut ignorer la procédure judiciaire et passer directement à la peine.»

Les conjectures sur la véracité de son témoignage se multipliaient depuis des semaines. La police avait fait état de ses doutes avant d'annoncer que son enquête avait changé de direction et que M. Smollett était désormais considéré comme «suspect».

L'agression présumée avait initialement provoqué une vive émotion et déclenché un torrent de condamnations.

De nombreuses personnalités l'avaient soutenu, comme l'actrice Emma Watson, la chanteuse Katy Perry et l'ancien vice-président Joe Biden.

Le président du groupe de défense des droits LGBT, Human Rights Campaign, a qualifié l'affaire de «dévastatrice et frustrante à la fois».

«Je demande à tous ceux qui se sentent en colère, blessés et déçus, de transformer ces sentiments en un militantisme productif, parce qu'il y a des milliers de personnes visées par des violences motivées par la haine chaque année qui ont besoin de notre aide», a tweeté Chad Griffin.

La Fox, qui diffuse la série Empire, a dit «évaluer la situation et passer en revue (ses) options», en ajoutant «comprendre le sérieux de l'affaire».

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Le personnage joué par Smollett sera supprimé des derniers épisodes d'«Empire»

CHICAGO — Le personnage interprété par Jussie Smollett dans la série «Empire» sera supprimé des deux derniers épisodes de la saison, à la suite de l'arrestation «dans la vraie vie» de l'acteur cette semaine, ont annoncé vendredi les producteurs.

Jussie Smollett, qui jouait le rôle de «Jamal», a été accusé jeudi d'avoir mis en scène une présumée agression raciste et homophobe, le mois dernier, au centre-ville de Chicago. Smollett s'est rendu à la police jeudi et il a comparu devant le tribunal sous une accusation de méfait, pour avoir déposé un faux rapport de police; il a été libéré de prison après avoir versé une caution.

Les producteurs exécutifs d'«Empire» ont indiqué vendredi que «pour éviter toute perturbation supplémentaire sur le plateau de tournage», ils ont décidé de supprimer le rôle de «Jamal» des deux derniers épisodes de la saison, qui ne sont pas encore terminés. Il reste toutefois neuf épisodes à la cinquième saison de la série, diffusée par Fox.

Smollett, un acteur noir et gai, joue un personnage gai dans cette série qui suit les hauts et les bas d'une famille dans l'industrie du disque. La police a soutenu que l'acteur avait mis en scène le canular parce qu'il était insatisfait de son salaire dans la série et qu'il souhaitait mousser sa carrière. Avant l'«agression», il avait aussi envoyé au studio de tournage une lettre qui le menaçait, a indiqué la police.

La poursuite soutient que l'acteur a donné des instructions détaillées à ses complices qui l'ont aidé à organiser l'agression de janvier, notamment en leur disant de crier certaines injures bien précises. Il fallait par exemple lancer «au pays de MAGA», en référence au slogan du président Donald Trump «Make America Great Again» (Redonner à l'Amérique toute sa grandeur).

Dans un communiqué publié jeudi soir, les avocats de Smollett qualifient l'acteur d'«homme d'un caractère et d'une intégrité irréprochables, qui maintient farouchement et solennellement son innocence». Les avocats qualifient la conférence de presse des autorités de «spectacle bien orchestré», qui a «foulé aux pieds la présomption d'innocence».

Smollett touche un cachet de plus de 100 000 $ par épisode d'«Empire», a indiqué une personne bien informée, sous le couvert de l'anonymat. Le studio a refusé de commenter le salaire de l'acteur.

Comme c'est la coutume dans une série télévisée couronnée de succès dès la première saison, les membres réguliers de la distribution ont reçu une augmentation de cachet dans le cadre des prolongations de contrat qui ont suivi le renouvellement de la série dramatique pour une deuxième saison, a ajouté la même source. Smollett fait partie des personnages récurrents d'«Empire».