Vendredi matin, l’ancien président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, était sonné par la répétition des attaques contre des mosquées. «C’est atroce.»

Tuerie en Nouvelle-Zélande: la communauté musulmane de Québec sous le choc

«Ça ravive notre plaie, ça c’est sûr et certain. Et notre chagrin. En plus que le tueur il a écrit sur son arme le nom d’Alexandre Bisonnette [auteur de l’attentat de janvier 2017 à la Grande mosquée de Québec]. Il le prend comme son héros.»

Vendredi matin, l’ancien président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, était sonné par la répétition des attaques contre des mosquées. Sonné par les presque 50 morts du dernier assaut dans des lieux de prières en Nouvelle-Zélande. «C’est atroce.»

«Il faut vraiment que les politiciens, la société civile, les hommes de loi se penchent sur la question et essaient de voir comment contrer ce phénomène qui est l’islamophobie», demande M. Labidi. «Il faut vraiment que les autorités prennent conscience de l’ampleur du problème et de l’endiguer avant d’avoir d’autres tragédies.»

Il faudrait prioritairement expurger le Web des messages haineux qui y circulent, selon lui. «Jusqu’à date, on n’a pas pris les mesures qui s’imposent pour contrer surtout ce qui circule dans les médias sociaux de haine, d’animosité contre les musulmans. Ça se propage et ça continue à se propager.»

Les contenus islamophobes sont consommés en masse par des individus assis dans leur sous-sol face à un écran, poursuit-il. «Il faut s’attaquer à l’origine du problème. À travers les médias sociaux […] les gens s’endoctrinent de plus en plus.»

M. Labidi souligne d’ailleurs que le tueur de la Nouvelle-Zélande a diffusé ses meurtres en direct sur Facebook.

Le système judiciaire devrait également imposer des peines plus sévères aux auteurs de tels massacres, juge Mohamed Labidi. «Il faut avoir des sentences dissuasives, qui dissuadent les autres personnes de commettre de tels crimes.»

«Dans des tragédies pareilles, il faut que la justice soit ferme pour que les personnes n’osent pas faire de tels gestes dans l’avenir. […] C’est pour une paix durable.»

De son côté, Hassan Douahi, un musulman de Québec, s’est dit «très choqué, très triste et très inquiet», quelques heures après les fusillades.

«Qu’est-ce qu’on a de plus ou de moins que les chrétiens, les juifs, les athées et les bouddhistes? a-t-il demandé. Qu’est-ce qu’on a de plus pour nous attaquer de cette façon-là?»

L’attaque de Christchurch éveille également de douloureux souvenirs pour le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, qui se dit «estomaqué par la similarité» avec la tuerie perpétrée par Alexandre Bissonnette.

«Toutes les images sont revenues chez moi comme si c’était hier. Et ça c’est très difficile», a-t-il déclaré.

«Ça nous attriste énormément que le drame de Québec, au lieu de servir pour dire : “Ah la raison doit dominer le drame», et bien voilà, c’est copié pour faire un autre drame. C’est vraiment très dur”, a-t-il ajouté.

Alpha Barry, un cousin éloigné d’Ibrahima Barry et de Mamadou Tanou Barry, tous deux tombés sous les balles de Bissonnette, a parlé d’une tristesse «non mesurable, qui nous pousse à nous demander à tous les jours pourquoi est-ce que ça nous arrive à nous les musulmans».

De son côté, Abdel, visiblement craintif, a déclaré avoir longtemps hésité avant de se présenter à la prière du vendredi. Le fait que la police de Québec ait augmenté sa présence aux abords de la mosquée l’a finalement convaincu.

«Quand j’ai écouté les nouvelles, qu’il y aurait de la police, j’ai dit : “Au moins il va y avoir de la surveillance”, parce qu’il y a des fous qui font des copies», a-t-il affirmé.

Comprenant avoir pris une décision controversée, Ahmed Elrefai, lui, a choisi d’abord de visionner la vidéo de la tuerie en Nouvelle-Zélande et de la partager sur Facebook.

«Tous les gens doivent savoir et connaître comment ces criminels ont agi contre les musulmans, des gens innocents qui font leurs prières», a-t-il plaidé, en soulignant avoir été derrière l’idée d’ouvrir toutes grandes les portes ensanglantées de la mosquée de Québec aux médias le 1er février 2017, trois jours seulement après la tuerie.

Se remettre au travail

Selon Boufeldja Benabdallah, il faut «se remettre au travail» afin d’expliquer aux extrémistes «de tous bords» que le monde ne peut pas continuer comme ça.

Et si les gouvernements ont mis en place des moyens de lutter contre le terrorisme, il est grand temps qu’ils fassent la même chose pour lutter contre les suprémacistes.

Il a également déploré le rôle que jouent les réseaux sociaux dans la propagation d’information haineuse. «Il y a des outils qui sont utilisés par ces gens et qui ne font qu’animer l’animosité», a lancé M. Benabdallah.

Il invite d’ailleurs ces gens à venir rencontrer les musulmans afin de voir par eux-mêmes qu’ils sont des gens comme tout le monde. Avec La Presse canadienne

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SÉCURITÉ RENFORCÉE AUTOUR DES MOSQUÉES AU PAYS

OTTAWA — La sécurité des mosquées a été renforcée vendredi dans plusieurs villes canadiennes après l'attaque sanglante contre deux lieux de cultes musulmans en Nouvelle-Zélande, qualifiée d'«horrifiante» par le premier ministre Justin Trudeau qui «partage le deuil des Néo-Zélandais et des musulmans du monde entier».

Le drapeau du Canada flottant au sommet du Parlement d'Ottawa a été mis en berne vendredi matin «en mémoire des victimes des fusillades des deux mosquées en Nouvelle-Zélande», a annoncé l'institution fédérale.

Un extrémiste de droite équipé d'armes semi-automatiques a fait un carnage vendredi dans deux mosquées de la ville néo-zélandaise de Christchurch, tuant 49 fidèles et blessant des dizaines d'autres.

«En réponse» à cet attentat, «la présence policière va être renforcée» à Toronto autour des lieux de culte, «en particulier les mosquées», a annoncé la police de la plus grande ville du Canada, qui compte une soixantaine de mosquées.

Une surveillance policière «spéciale» a également été «mise en place» à Montréal, a indiqué la police locale.

De même, à Québec, les forces de l'ordre ont «renforcé la protection autour des mosquées», selon une porte-parole.

«À l'heure actuelle, il n'y a aucun lien connu [entre l'attaque de Christchurch] et le Canada, et le niveau de menace du Canada demeure inchangé à "moyen"», a toutefois assuré sur Twitter le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale.

Jusqu'à l'attaque de vendredi en Nouvelle-Zélande, le Canada avait connu la pire tuerie contre un lieu de culte musulman en Occident. Le 29 janvier 2017, un homme proche des milieux d'extrême droite, Alexandre Bissonnette, avait ouvert le feu sur les fidèles rassemblés pour prier à la mosquée de Québec, tuant six musulmans et en blessant 35 autres.

Le tireur de l'attaque de Christchurch, un Australien de 28 ans qui a été arrêté, a d'ailleurs inscrit le nom de Bissonnette sur l'un de ses chargeurs, aux côtés de noms de personnages de l'histoire militaire.  AFP