Justin Trudeau et Emmanuel Macron s'étaient rencontrés à Paris en avril dernier. Les deux hommes doivent se rencontrer à Ottawa la semaine prochaine pour discuter de stratégie avant l'ouverture du sommet du G7.

Trudeau et Macron tiennent tête à Trump sur les tarifs douaniers

WASHINGTON — Le Canada et la France poursuivent chacun de leur côté des efforts pour empêcher l'administration Trump d'imposer, dès la fin de la semaine, des tarifs douaniers potentiellement dévastateurs sur les importations d'acier et d'aluminium.

Justin Trudeau a indiqué mercredi qu'il avait fait pression la veille auprès du vice-président américain pour que Washington prolonge l'exemption accordée jusqu'à vendredi aux importations canadiennes d'aluminium et d'acier. Le premier ministre a affirmé que le gouvernement canadien faisait pression sur plusieurs fronts économiques, notamment sur la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

De son côté, le président de la France Emmanuel Macron a mis les États-Unis en garde, mercredi, contre le déclenchement d'une guerre commerciale si des tarifs douaniers sont imposés à l'Europe.

L'administration Trump compte mettre en vigueur ces tarifs sur les importations européennes après avoir échoué à obtenir des concessions de la part de l'Union européenne, selon deux personnes au fait des intentions de Washington ayant parlé à l'Associated Press sous le couvert de l'anonymat. Ces sources ont affirmé que les plans de l'administration Trump pourraient changer si les deux parties sont en mesure de conclure un accord de dernière minute, mais une annonce est attendue avant l'échéance de vendredi.

Le Canada, le Mexique et l'Europe ont été exemptés des nouveaux tarifs au moment de leur implantation en mars, mais le président Trump menace à nouveau d'imposer des tarifs douaniers à la fin de la période d'exemption sous le prétexte de protéger la sécurité nationale.

À la suite de sa conversation téléphonique avec le vice-président américain, M. Trudeau a estimé mercredi que Mike Pence «semblait comprendre très clairement que les questions de sécurité nationale ne s'appliquaient pas vraiment quand on parle d'acier ou d'aluminium du Canada».

«Nous sommes préoccupés par le fait que, évidemment, s'il y a des tarifs qui sont imposés sur l'acier et sur l'aluminium, on va avoir, oui, de la difficulté pour les travailleurs et pour les compagnies ici au Canada», a rappelé M. Trudeau mercredi matin à l'entrée du caucus libéral, à Ottawa. «Mais ça va aussi faire mal à des consommateurs, à des travailleurs et à des industries aux États-Unis, puis je pense que c'est une mauvaise chose.»

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a soulevé ces questions liées à l'acier, à l'aluminium et à l'ALENA lors de sa rencontre, mardi à Washington, avec Robert Lighthizer, le représentant américain au Commerce.

«Le Canada considère qu'il est franchement absurde que nous soyons, d'une quelconque façon, considérés comme "une menace à la sécurité nationale" des États-Unis», a-t-elle déclaré à propos de l'article 232 de la loi américaine sur l'expansion commerciale.

Mme Freeland a quitté Washington les mains vides, mercredi matin, alors que M. Lighthizer et le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, se rendaient à Paris pour discuter des tarifs avec leurs homologues européens, qui sont aussi très nerveux.

En France, Wilbur Ross a abordé les inquiétudes des représentants de l'Union européenne en remettant en question l'efficacité de l'Organisation mondiale du commerce et d'autres institutions internationales. «Nous pourrions fonctionner à l'intérieur d'une structure si nous avions la conviction que tout le monde avancerait rapidement», a déclaré le secrétaire américain au Commerce.

Cet affrontement sur l'acier met en lumière le fossé qui se creuse au sujet de l'ordre mondial du commerce qui suit les règles établies. Un clivage qui devrait s'étaler de manière évidente lors du sommet du G7 la semaine prochaine avec Donald Trump d'un côté et le reste du G7 de l'autre, incluant Justin Trudeau.

Emmanuel Macron et Justin Trudeau doivent d'ailleurs se rencontrer à Ottawa la semaine prochaine pour discuter de stratégie avant l'ouverture du sommet.