Un barrage ferroviaire installé il y a 10 jours, sur le territoire mohawk de Tyendinaga, à l’est de Belleville, en Ontario, a amené le Canadien National à interrompre le service jusqu’à nouvel ordre. Des membres de la nation mohawk tenaient toujours le barrage, dimanche.

Trudeau consulte des ministres pour mettre fin à la crise ferroviaire

OTTAWA — Renonçant à son voyage à la Barbade, le premier ministre fédéral Justin Trudeau a convoqué pour lundi matin une réunion du Groupe d’intervention en cas d’incident à laquelle participeront de nombreux ministres, dont Marc Miller (Services aux Autochtones), Bill Morneau (Finances) et Marc Garneau (Transports) afin de trouver une solution aux perturbations ferroviaires qui paralysent une partie de l’économie du pays 

M. Trudeau a consulté des ministres tout au long de la fin de semaine afin de trouver une solution à cette crise.

Des manifestants ont installé des barrages sur des voies ferroviaires importantes pour protester contre un projet de gazoduc qui traverserait le territoire ancestral des Wet’suwet’en, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, auquel s’opposent les chefs héréditaires de cette Première Nation.

Un barrage ferroviaire installé il y a 10 jours, sur le territoire mohawk de Tyendinaga, à l’est de Belleville, en Ontario, a amené le Canadien National (CN) à interrompre le service jusqu’à nouvel ordre.

Une porte-parole du premier ministre, Chantal Gagnon, a indiqué que M. Trudeau avait notamment parlé dimanche avec sa vice-première ministre Chrystia Freeland, le ministre des Transports Marc Garneau, le ministre de la Sécurité publique Bill Blair et la ministre des Relations Couronne-Autochtones Carolyn Bennett.

Mme Gagnon a ajouté que le ministre des Services aux Autochtones avait mis M. Trudeau au courant des échanges survenus lors de sa rencontre de samedi avec des représentants de la nation mohawk, près de Belleville. Elle n’a toutefois pas précisé ce que M. Miller avait dit au premier ministre.

À l’émission Question Period du réseau CTV, M. Miller a dit croire à une résolution pacifique de la crise. Il a rappelé les exemples d’Oka et d’Ipperwash pour souligner que le dialogue est toujours préférable à une intervention policière.

«Il y a 30 ans, la police avait foncé dans le tas à Kanesatake et quelqu’un a été tué, a-t-il rappelé. Qu’avons-nous appris de tout cela? Qu’avez-nous appris d’Ipperwash?»

M. Miller a reconnu que les barrages ferroviaires nuisaient à l’économie, mais le gouvernement est résolu à trouver une solution pacifique pour régler de telles disputes.

«Croyons-nous en la paix? Croyons-nous à un dialogue avec des gens avec lui nous ne partageons pas nécessairement la même opinion? a-t-il demandé. En bout du compte, je me demande toujours si nous avons employé tous les moyens pour en arriver à une résolution pacifique de ce conflit ou si nous ferons ce que nous avons fait depuis des années et des décennies pour finir sur la même conclusion. Nous continuons de répéter les mêmes erreurs. Mon conseil à mes collègues est le suivant : assurons-nous d’obtenir une solution pacifique. Cela nécessite un dialogue.»

Le gouvernement Trudeau a fait l’objet de maintes critiques pour ne pas avoir agi suffisamment pour déloger les manifestants.

Le chef de Tyendinaga, Donald Maracle, a dit qu’il n’avait pas été impliqué dans les discussions de samedi. Il a refusé d’exprimer un commentaire à ce sujet. Des membres de la Première Nation ont aussi refusé de commenter.

Karen Brant, une résidente non autochtone de Tyendinaga, a dit que si la population était contre le projet de gazoduc, elle était plus divisée sur l’idée d’ériger un barrage sur une voie ferroviaire.

«Les gens croient en leur combat. Ils s’interrogent seulement sur les répercussions sur l’économie, a-t-elle relaté. Les gens sont divisés à mon avis, mais ils croient en leur cause et ils veulent lutter pour leur cause.»

Elle a ajouté que l’enjeu avait rassemblé les populations, faisant valoir que des Autochtones et des non Autochtones étaient venus apporter des couvertures, des articles de toilette et des repas chauds aux manifestants.

«Cela a rassemblé la communauté. [Les manifestants] ont reçu le genre d’appui qu’on ne voyait jamais auparavant. Il est dommage qu’il faille se rendre à ce stade pour se faire comprendre.»

Un barrage en moins...

Des membres de la Première Nation Gitxsan a accepté de lever temporairement le barrage établi près de Hazelton, en Colombie-Britannique, jusqu’à une éventuelle rencontre entre les chefs héréditaires des Wet’suwet’se et des représentants des gouvernements fédéral et provincial.

Le cabinet du premier ministre Trudeau a confirmé que la ministre Bennett sera disponible pour commenter dès que les arrangements de la rencontre auront été complétés. Le ministre des Relations avec les autochtones de la Colombie-Britannique Scott Fraser a annoncé qu’il représentera la province.

Toutefois, un des chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en a jeté un certain froid en disant que ses collègues et lui assisteront à la rencontre en qualité de témoins seulement.

Na’moks a dit que la rencontre avait été proposée par les Gitxsan voisins. Les chefs de la nation Wet’suwet’en ont l’intention d’accepter cette invitation.

«Nous sommes près à avancer d’un pas de manière positive», a mentionné Na’moks tout en ajoutant que les chefs n’accepteront pas le projet du gazoduc Coastal GasLink.

«Notre réponse demeure la même : ce gazoduc ne traversera pas notre territoire.»

... un en plus

Une vingtaine de manifestants bloquent depuis dimanche midi la voie ferrée à Saint-Pascal, dans le Bas-Saint-Laurent, a indiqué la Sûreté du Québec. Le corps de police provinciale a expliqué en début d’après-midi être sur place pour s’assurer que des infractions ne soient pas commises, ajoutant que la police du CN se dirigeait vers les lieux.

En fin d’après-midi, VIA Rail a annoncé que les services demeuraient interrompus pour l’ensemble de son réseau à l’exception de la ligne Sudbury-White River et Churchill-The Pas.