Soulignant qu’il constatait un «intérêt croissant» chez la population pour qu’un troisième lien soit construit à l’est, le premier ministre Philippe Couillard a ajouté qu’il n’accepterait pas qu’une autoroute dénature l’île d’Orléans et altère sa beauté et ses paysages. Il a ensuite fait référence à un lien sous-fluvial.

Troisième lien: Couillard veut protéger l’île d’Orléans

Toujours déterminé à construire un troisième lien routier entre Québec et Lévis, le premier ministre Philippe Couillard avertit toutefois qu’il n’est pas question pour lui de briser le paysage du «lieu emblématique» qu’est l’île d’Orléans.

Invité à prononcer une conférence devant la Chambre de commerce de Lévis mardi, M. Couillard a souligné qu’il constate un «intérêt croissant» chez la population pour que ce 3e lien soit construit à l’est. Si une telle option est retenue par le bureau de projet, M. Couillard prévient toutefois qu’il n’accepterait pas qu’une autoroute dénature l’endroit. «Il faudra donc impérativement protéger l’île, sa beauté et ses paysages», indique-t-il.

En mêlée de presse, M. Couillard fait référence à un tunnel sous-fluvial. «Tous les Québécois et Québécoise veulent qu’on fasse attention à notre île d’Orléans, alors peut-être qu’on peut passer à côté. Et s’il faut passer dessus, moi j’aime autant qu’on passe en-dessous.» Il ajoute qu’«il ne faut pas perdre la symbolique de la grande région de Québec et l’île d’Orléans fait partie de cette symbolique-là.» 

Le premier ministre réitère qu’un nouveau pont sera construit d’ici 2024 de la rive nord du fleuve jusqu’à l’île d’Orléans, afin de remplacer celui qui est désuet. Ce chantier n’est toutefois pas lié au projet de 3e lien entre Québec et Lévis, assure-t-il. «C’est deux dossiers indépendants.» 

Bureau de liaison

Pour répondre à des enjeux de transparence, le premier ministre Couillard a aussi annoncé mardi qu’un bureau de liaison avec la communauté sera ajouté au bureau de projet du 3e lien Québec-Lévis. Ce bureau de liaison ressemblera à celui qui a été annoncé il y a quelques semaines pour le projet pont sur le Saguenay, à Tadoussac. Il aura pour objectif d’ouvrir un dialogue sur le projet et de répondre aux questions. «Ça diminue beaucoup les inquiétudes et les mauvaises perceptions que les gens ont parce qu’ils ne sont pas informés», commente M. Couillard. 

Le bureau de projet du 3e lien va livrer ses premiers faits saillants au cours de l’été, et son rapport final, qui contiendra une estimation des coûts d’un 3e lien, sera publié en 2020. M. Couillard réitère qu’il est important de ne pas «brûler des étapes» dans ce projet. Il dit d’ailleurs avoir «beaucoup de doutes devant l’échéancier de la CAQ», qui a promis de commencer la construction d’un 3e lien au cours d’un premier mandat. «C’est peut-être possible, mais c’est limite», juge-t-il. 

Le premier ministre a expliqué que même si le bureau de projet a le mandat d’examiner la mobilité dans la grande région de Québec, il serait «assez surpris» qu’il ne recommande pas la construction d’un troisième lien. 

Le maire de Lévis Gilles Lehouillier est d’accord avec M. Couillard sur le fait «qu’il faut toucher le moins possible à l’île d’Orléans.» M. Lehouillier évalue que le gouvernement revient maintenant à la première option proposée, soit un tunnel entre les deux rives, qui passerait sous le fleuve Saint-Laurent. «Si on veut préserver l’île d’Orléans, pour moi, le meilleur scénario serait le lien sous-fluvial tel que proposé par M. Massicotte.» 

Rappelons qu’en 2016, l’ingénieur Bruno Massicotte avait publié une étude de faisabilité sur un tunnel de 7,8 kilomètres, qui relierait l’autoroute 40 à Beauport à l’autoroute 20 à Lévis, à la hauteur de la route Lallemand. 

Cette étude commandée par le ministère des Transports chiffrait le coût de ce troisième lien à 4 milliards $. À l’époque, le gouvernement libéral avait considéré que la facture était trop salée et avait recommandé que l’on poursuive les études afin de trouver une solution alternative. 

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LABEAUME, LEHOUILLER ET TREMBLAY À LA MÊME TABLE LE 29 JUIN

Gilles Lehouillier la réclamait depuis des mois et il l’a finalement obtenue. Une rencontre politique sur le projet de 3e lien aura lieu à Québec le 29 juin, et réunira autour d’une même table le maire de Lévis, le maire de Québec Régis Labeaume, la ministre déléguée aux Transports Véronyque Tremblay, de même que les ministres responsables des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, Sébastien Proulx et Dominique Vien.

Cette rencontre se tiendra à huis clos et permettra de franches discussions entre les élus, qui ont plutôt été à couteaux tirés sur ce sujet dernièrement. «On va s’assurer que tout le monde, on comprenne bien le dossier», exprime la ministre Tremblay, lors de son passage à la Chambre de commerce de Lévis. 

«C’est une bonne nouvelle quand même qu’on ait enfin daigné organiser une première rencontre du comité consultatif», a commenté le maire de Lévis. M. Lehouillier reste quand même sur ses gardes et préoccupé par le mandat du bureau de projet, qu’il trouve trop large. «Le discours politique (du Parti libéral) va toujours un peu plus loin que ce que le devis technique dit.»

En 24 heures, le ministère des Transports a répondu aux 54 questions que le maire Lehouillier a rendues publiques la semaine dernière. Celui-ci reste toutefois sur sa faim, estimant que les réponses sont «partielles». 

Et il s’inquiète que le gouvernement Couillard veuille absolument ne pas brûler d’étapes dans le dossier du 3e lien, alors que le dossier du tramway à Québec s’est réglé très vite, en l’espace de quelques mois. «Nous voulons voir les études sur le tramway», réclame-t-il. Si le gouvernement fait «la démonstration qu’on a eue, la même discipline pour le tramway (que pour le 3e lien), pas de problème», évoque M. Lehouillier. Sinon, il promet de revenir à la charge.