Audréane Lafrenière, porte-parole de la direction régionale de la CNESST.

Troisième accident de travail mortel en quatre jours

Trois-Rivières — La série noire se poursuit dans la région alors qu’un autre accident de travail mortel est survenu, lundi après-midi. C’est le troisième accident de travail mortel en quatre jours en Mauricie-Centre-du-Québec, et pour une deuxième fois, il s’est produit sur une ferme, cette fois-ci à Saint-Louis-de-Blandford, au Centre-du-Québec. Il a coûté la vie à Luis Andres Galindo, 56 ans, un travailleur étranger du Mexique.

Les policiers de la Sûreté du Québec ont été appelés à cette cannebergière, située sur le rang Saint-François, vers 13 h 15. «Le travailleur ramenait des mauvaises herbes du champ de canneberges à l’aide d’un tracteur et d’une remorque. Le tracteur s’est renversé dans le fossé et le travailleur s’est retrouvé coincé dessous», raconte Audréane Lafrenière, porte-parole de la direction régionale de la CNESST.

Le quinquagénaire a été conduit dans un centre hospitalier où son décès n’a pu qu’être constaté. La cause de l’accident n’a pas encore été déterminée.

Un reconstitutionniste en scène d’accident de la Sûreté du Québec a été dépêché sur place. Les inspecteurs de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) se sont rendus à cette ferme, lundi après-midi, et ils y sont retournés mardi pour poursuivre leur collecte d’informations. «On va s’intéresser à tout ce qui est méthodes de travail, les équipements, la formation», explique Mme Lafrenière. Le tracteur a été saisi pour expertise. Un rapport d’enquête va être diffusé dans les prochains mois.

Rappelons que trois autres accidents de travail mortels sont survenus dans les dernières semaines dans la région: samedi soir chez Margarine Thibault, vendredi dans une ferme de Shawinigan ainsi que le 16 septembre chez Les Aliments Serval de Louiseville. «C’est préoccupant de voir qu’il y a autant d’accidents en si peu de temps. On continue à faire de la prévention, à passer des messages, à présenter des outils d’information sur le site internet de la CNESST. On rappelle que les travailleurs et les employeurs ont une responsabilité de prendre en charge la santé et sécurité dans leur milieu», souligne Mme Lafrenière.

Notons aussi qu’un autre accident s’est produit sur une ferme au cours des derniers jours au Québec. Un jeune homme de 19 ans de Sherbrooke est mort, dimanche, coincé dans l’engrenage d’un tracteur sur une ferme de Val-Joli, en Estrie. La pièce d’équipement en cause est la même que celle qui est à l’origine du décès d’une employée du MAPAQ à Shawinigan, confirme la CNESST. De 2013 à 2017, 17 travailleurs agricoles ont perdu la vie des suites d’un accident de travail au Québec dont cinq en Mauricie-Centre-du-Québec.

Par ailleurs, en entrevue au Soleil, le ministre du Travail et député de Trois-Rivières, Jean Boulet, s’est dit «ébranlé» par ces accidents. 

«Cette conjoncture-là me démontre l’importance de notre réforme en santé et sécurité», lance M. Boulet. Depuis son élection il y a un an, le ministre travaille à dépoussiérer les lois sur les accidents de travail et les maladies professionnelles, qui n’ont pas été réformées en profondeur depuis plus de 30 ans.

Par exemple, des articles de la Loi sur la santé et la sécurité du travail qui concernent le milieu de la construction ne sont jamais entrés en vigueur. Tout comme les fermes, les chantiers de construction ne sont pas tenus à l’heure actuelle d’appliquer un programme de prévention des accidents. Pourtant, 31 % des 226 décès enregistrés à la suite d’un accident de travail en 2018 se sont déroulés dans le domaine de la construction. «Je trouve particulier qu’il n’y ait pas d’exigences pour ces milieux-là», dit le ministre.

En 1979, lorsque cette loi a été écrite, le gouvernement avait ciblé des milieux prioritaires, comme la pétrochimie, les mines et les forêts. Aujourd’hui, M. Boulet veut réécrire la loi afin de s’assurer qu’elle soit équitable pour toutes les entreprises, et que les exigences varient en fonction du «niveau de risque» auquel sont confrontés les employés. «Il ne faut pas que ce soit cristallisé dans le temps. Il va falloir tenir compte de l’évolution des risques dans tous les secteurs, parce que le marché du travail change constamment», commente-t-il.

Prévu pour l’automne, le projet de loi de M. Boulet sera déposé en décembre, avant la fin de la session parlementaire. Il s’y est engagé par une motion la semaine dernière, après que la FTQ, la plus grande centrale syndicale du Québec, ait fait une sortie publique sur l’urgence de cette réforme. 

Malgré les nombreuses campagnes publicitaires payées par la CNESST, le nombre d’accidents du travail est en augmentation au Québec. Il s’établit aujourd’hui à une moyenne de 251 accidents du travail par jour. Il y a quelques mois, le ministre Boulet avait révélé qu’il souhaitait que sa réforme englobe non seulement les maladies physiques, mais aussi les maladies psychologiques.