Le NM Apollo

Traverse Matane–Côte-Nord: les inquiétudes demeurent

MATANE — Le ministre des Transports et le nouveau pdg de la Société des traversiers du Québec (STQ) sont débarqués à Matane, lundi, puis ensuite à Baie-Comeau. François Bonnardel et Stéphane Lafaut sont venus faire le point sur la crise qui sévit actuellement dans le service de traversier reliant Matane à la Côte-Nord. Si les élus et gens d’affaires de la Matanie étaient heureux de les accueillir, ils ne sont pas rassurés pour autant.

L’évaluation se poursuit sur le F.-A.-Gauthier, qui est en cale sèche au chantier Davie depuis la mi-janvier. «On n’a pas encore déterminé la cause exacte de ce qui a pu se passer concernant les propulseurs», a indiqué le ministre Bonnardel. Il est toujours prévu, dans l’échéancier des travaux, que le traversier ne soit de retour qu’à la mi-août. Par ailleurs, les négociations sont toujours en cours en vue d’acquérir un navire de relève pour palier l’absence du traversier.

Pour l’instant, le gouvernement Legault rejette toujours la requête du Parti québécois qui souhaite une enquête de la vérificatrice générale sur l’octroi du contrat de construction du F.-A.-Gauthier. Pourtant, à l’époque où la Coalition avenir Québec était dans l’opposition, elle avait fait la même demande au gouvernement Couillard. M. Bonnardel a rappelé que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) avait rencontré l’ancien pdg par intérim, François Bertrand, sans qu’il y ait de suite. «Je ne vois pas pourquoi la vérificatrice générale devrait se pencher là-dessus, a-t-il fait savoir. Mais je ne dis pas un non formel.» Il préfère attendre le dépôt du portrait global de la situation qu’il a commandé auprès de M. Lafaut.

Lors de ses rencontres avec les intervenants régionaux, le ministre des Transports n’a pas confirmé si des indemnisations seraient accordées aux entreprises et individus qui ont subi des pertes financières causées par le service déficient de la traverse.

La seule nouveauté annoncée par le ministre et qui a bien été accueillie est l’octroi d’une contribution financière de 115 000 $ consacrée à une campagne numérique de promotion touristique pour les régions du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord.

Le ministre François Bonnardel et le pdg par intérim de la STQ, Stéphane Lafaut, se sont rendus à Matane et à Baie-Comeau afin de faire le point sur la crise qui sévit actuellement dans le service de traversier reliant les deux rives.

Bérubé content, mais...

Le chef intérimaire du Parti québécois et député de Matane-Matapédia s’est dit heureux que François Bonnardel ait accepté son invitation. «Je suis satisfait de sa prise en charge du dossier depuis le début de la crise en décembre, a souligné Pascal Bérubé. Il est très volontaire.»

Mais selon lui, il y a encore du travail à faire. «Il faut garantir ou indemniser si le traversier ne peut pas opérer», somme-t-il. M. Bérubé a lancé différentes idées : envisager un rôle accru et une période élargie de la traverse Rivière-du-Loup–Saint-Siméon, mettre à contribution l’aéroport de Matane pour une desserte aérienne ou utiliser la flotte d’avions d’Hydro-Québec.

Le parlementaire a fait part au ministre Bonnardel des conséquences désastreuses de la situation sur certains citoyens et gens d’affaires. Il a parlé du cas d’un hôtelier de Matane dont des centaines de nuitées ont été annulées et d’un travailleur de Résolu qui a perdu 2000 $ de revenus parce qu’il n’a pas pu se rendre au travail.

Le maire de Matane inquiet

Le maire de Matane a exprimé son inquiétude parce qu’on n’a pas trouvé la cause du bris des propulseurs du F.-A.-Gauthier et parce qu’il n’y a toujours pas de bateau de relève. «L’Apollo est un vieux bateau qui est capable de faire une partie du travail, estime Jérôme Landry. Mais sans l’assistance de la Garde côtière, ça crée des problèmes.»

D’ailleurs, l’Apollo est coincé dans les glaces au port de Matane depuis deux jours. Par conséquent, le ministre des Transport et le pdg de la STQ, qui souhaitaient se rendre sur la Côte-Nord par voie navigable, ont dû se résoudre à prendre l’avion pour traverser entre les deux rives. Construit en 1970, l’Apollo a été acquis au coût de 2,1 millions $ pour assurer la liaison fluviale en attendant le navire de relève.

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UN «BON PREMIER PAS»

BAIE-COMEAU — Sur la Côte-Nord, les intervenants qui ont rencontré François Bonnardel ont préféré voir le positif dans le passage du ministre des Transports, saluant la campagne promotionnelle de 115 000 $ promise pour le printemps.

Le maire de Baie-Comeau, Yves Montigny, a qualifié cette rencontre avec le ministre Bonnardel de «bon premier pas», qui devra toutefois être suivi d’autres.

«On est contents qu’il réponde à la demande du milieu pour éviter qu’on paie un prix touristique important. On doit réussir à marquer le pas, six mois avant que les touristes soient sur le terrain, et les convaincre que la région sera accessible», a lancé M. Montigny, rappelant au passage que le bouche-à-oreille peut faire des dommages importants si les gens croient que la région est difficile d’accès.

«J’ai déjà entendu dire qu’aller sur la Côte-Nord, c’est difficile parce qu’il n’y a pas de bateau, donc aussi bien ne pas y aller. Je l’ai même entendu de collègues maires lors d’une réunion à Mont­réal, qui se demandaient comment j’avais fait pour venir. J’ai dû leur rappeler que je ne passais pas par le traversier», a-t-il souligné avec un sourire en coin.

Campagne de promotion

Bien sûr, le maire se réjouit de la campagne de promotion de 115 000 $ qui sera lancée, mais il soutient que la région «devra avoir plus que sa juste part» de cette somme car, à son avis, les impacts négatifs ont été plus importants sur la Côte-Nord que de l’autre côté du fleuve.

Pour sa part, la présidente de Tourisme Côte-Nord, Josée Girard, convient que la question des compensations pour les hôteliers et restaurateurs frappés par le manque de motoneigistes cet hiver en raison des ratés des traversiers est importante pour ses membres.

Cette question des compensations sera d’ailleurs étudiée par la Société des traversiers (STQ), a assuré le ministre, «mais il faut vraiment faire en sorte que notre destination soit toujours choisie, car on ne peut pas s’imaginer à quel point c’est fragile», a laissé entendre Josée Girard.

«Les vacances, c’est un peu comme un rêve qu’on veut concrétiser. Si [les problèmes de traversier] portent atteinte au rêve, les gens vont aller rêver ailleurs», a imagé la présidente de Tourisme Côte-Nord, qui soutient être prête à travailler en collaboration avec la STQ dans ce dossier.  Steeve Paradis (collaboration spéciale)