François Villeneuve

Transport ambulancier entre Parent et La Tuque: «La douleur était incroyable»

LA TUQUE — «La souffrance était atroce, c’est terrible. Je fais ça pour que ça change, sinon je resterais tranquille chez nous à prendre mes médicaments. Il ne faut plus que ça arrive. J’en rêve la nuit. C’est quelque chose.»

François Villeneuve n’a pas du tout apprécié son transport en ambulance après un accident de motoneige au nord de Clova dans le Haut Saint-Maurice, la semaine dernière. Il dénonce les véhicules ambulanciers qu’il juge inadaptés pour le secteur de La Tuque.

François Villeneuve avait entamé un voyage de 2000 km avec trois autres individus. Après être passé par Saint-Félicien, Chibougamau, Senneterre et Val-d’Or, c’est à quelques dizaines de kilomètres au nord de Clova que la mésaventure de l’homme de Jonquière a débuté.

Le pneu de l’ambulance a éclaté peu de temps après le départ du dispensaire de Parent.

«J’ai eu un accident de motoneige. J’ai rebondi sur une lame de neige», explique M. Villeneuve.

Il apprendra plus tard qu’à ce moment, il s’est cassé le péroné et le tibia, que deux malléoles ont éclaté et que son pied était subluxé à 90 % à droite.

Avec ses trois accompagnateurs, il s’est rendu jusqu’à Clova avec sa motoneige pour avoir du secours.

François Villeneuve a eu un accident de motoneige à la hauteur de Clova. Il déplore que les véhicules ambulanciers de la BTAQ à La Tuque ne soient pas adaptés au territoire et aux routes forestières.

«En arrivant à Clova, la douleur était incroyable. C’est un habitant de Clova qui m’a descendu jusqu’au dispensaire de Parent. Les ambulanciers de La Tuque sont venus me chercher à cet endroit-là», raconte-t-il.

«On a fait une dizaine de kilomètres et il y a un pneu qui s’est détruit. Il a fallu se coller sur le bord de la route et attendre plus de deux heures qu’une autre ambulance arrive pour ensuite avoir un transport de deux heures et demie vers La Tuque. C’est assez incroyable, si on fait vivre ça à un cheval, c’est certain qu’on se fait accuser. Nous, on est juste des petits humains», déplore-t-il.

François Villeneuve dénonce que les véhicules ambulanciers de la BTAQ à La Tuque ne soient pas adaptés au territoire et aux routes forestières. «Les pneus ne sont pas adaptés, je ne prendrais même pas ça pour aller m’amuser dans le bois. Eux, ils doivent aller chercher du monde, c’est assez incroyable comme condition de travail. Ce n’est même pas sécuritaire pour eux-mêmes. […] Je veux remonter jusqu’au propriétaire qui néglige le matériel. C’est irresponsable. À La Tuque, c’est un cimetière d’ambulance», déplore-t-il.

«Il n’y avait même pas de pneu de secours... J’avais le pied qui pendait au bout des nerfs et des muscles. On m’a fait une attele pour le tenir, mais la souffrance était atroce», ajoute-t-il.

François Villeneuve précise toutefois qu’il n’en veut pas aux paramédics. Il a d’ailleurs souligné leur professionnalisme dans les circonstances. Au final, il aura fallu trois ambulances pour que M. Villeneuve puisse voir un chirurgien orthopédiste à Chicoutimi.

L’homme de Jonquière estime que le problème n’est pas seulement localisé à La Tuque, mais dans les régions en général. «Moi, je suis de la région du Saguenay Lac-Saint-Jean et c’est aussi problématique, par exemple s’il faut aller chercher des gens dans les Monts-Valin, s’il y a trois pouces de neige, l’ambulance ne se rend pas. Ils ne sont pas équipés pour ça», note-t-il.

François Villeneuve n’est pas le seul à réclamer du changement, le syndicat des paramédics du Cœur-du-Québec-CSN l’exigeait déjà. «Ça fait longtemps qu’on veut des ambulances 4x4 qui sont plus résistantes. Ce sont des véhicules faits pour aller dans du hors-route comme c’est le cas à La Tuque. L’employeur nous a dit qu’il était ouvert, mais qu’il fallait sortir le budget parce que sinon ça coûtait trop cher et qu’il n’avait pas les moyens», a indiqué le président du Syndicat des paramédics du Cœur-du-Québec-CSN, Michel Beaumier.

«Il ne veut pas investir là-dedans même si le véhicule pourrait durer le double du temps d’une ambulance normale […] On a des véhicules qui vont dans le bois en été et qui prennent la poussière. Il y a des réparations régulières aussi associé à ça. Il y a énormément de transports qui se font, on ne parle pas de juste un. C’est toujours une question d’argent», ajoute-t-il.

Le syndicat déplore également ne pas pouvoir administrer de puissants anti-douleur, comme le fentanyl, qui pourrait aider une personne qui souffre le martyr comme le motoneigiste.

«C’est sur la table, on en parle, mais ça n’avance pas. Les projets pilotes vont sortir à l’extérieur, mais ça ne sort pas dans notre région. On est dans un milieu isolé où l’on pourrait avoir des médicaments qui pourraient aider énormément justement un patient comme celui-là. C’est aberrant», affirme le président du Syndicat des paramédics du Cœur-du-Québec-CSN, Michel Beaumier.

Le directeur de la BTAQ de La Tuque, Carl Picard, devrait se prononcer mardi sur la situation, il a expliqué brièvement au Nouvelliste, que la situation n’était pas si simple pour le secteur de La Tuque.

«Je veux voir ce qui s’est passé réellement avant. Je vais prendre le temps d’analyser ce qui s’est passé. Le problème au Québec, c’est que les ambulances ne sont pas nécessairement adaptées pour les chemins forestiers. […] À cause des normes, on n’a pas 100 choix d’ambulances, c’est 2 ou 3 choix dépendamment des années», indique-t-il.

«Il faut analyser le dossier dans son ensemble», insiste M. Picard.

Il s’est dit bien au fait que c’est «tout un tour de manège» le transport en ambulance dans ce secteur-là, mais il assure que tout est mis en œuvre pour la sécurité.

«Ça brasse, on ne se le cachera pas. […] Je tiens quand même à vous rassurer, les pneus qu’on achète sont de qualité. Savez-vous combien ça coûte faire remorquer une ambulance? Je vous assure qu’on prend ce qu’il y a de meilleur, et encore là, comment on fait pour avoir un pneu adéquat à 100 % quand la température change huit fois par hiver. Une crevaison, ça arrive, même avec des véhicules neufs», fait-il remarquer.

Il se dit quand même à l’affût des résultats d’un projet pilote où des compagnies ont acheté des véhicules pour en faire l’essai.

«Il y en a une dizaine qui ont été produits. Ce sont des grosses compagnies qui ont accepté parce qu’il fallait débourser 60 000 $ de plus pour des essais. Quand ils vont produire leur rapport, c’est là qu’on va savoir si oui ou non ce genre de véhicule-là pourrait être adapté pour le secteur», a conclu M. Picard.