L’aménagement d’un pôle sous Le Phare impliquait le creusage d’un tunnel de 900 mètres entre le boulevard Laurier et l’avenue Roland-Beaudin.
L’aménagement d’un pôle sous Le Phare impliquait le creusage d’un tunnel de 900 mètres entre le boulevard Laurier et l’avenue Roland-Beaudin.

Tramway: la Ville de Québec abandonne Le Phare

Le pôle d’échanges du tramway ne sera pas en tunnel sous Le Phare, confirme le maire de Québec. Il sera plutôt situé en surface entre l’avenue Lavigerie et la route de l’Église.

Régis Labeaume en a fait l’annonce en marge du conseil municipal de lundi. D’entrée de jeu, il précise qu’il ne s’agit pas du projet de partenariat proposé par Industrielle Alliance sur le terrain situé derrière le Canadian Tire de la route de l’Église. Le géant des finances et de l’assurance souhaitait construire le pôle sous un projet immobilier en préparation dans ses cartons, a-t-on récemment appris.

«On veut rester indépendant de n’importe quel projet et de n’importe quelle entreprise pour être sûr qu’on a les mains complètement libres. On verra par la suite si on veut négocier avec des organisations», a répondu le maire.

La construction en surface plutôt qu’en tunnel est un autre élément majeur de la nouvelle mouture du pôle d’échanges de l’ouest. En effet, cette dernière version ne prévoit plus faire entrer le tramway et les autobus sous terre par une trémie. C’est ce qui était prévu pour Le Phare que Groupe Dallaire veut construire sur les terrains situés entre l’avenue Lavigerie et la rue des Châtelets.

«Jusqu’à nouvel ordre, il n’y a pas de tunnel», lance M. Labeaume. L’aménagement d’un pôle sous Le Phare impliquait le creusage d’un tunnel de 900 mètres entre le boulevard Laurier et l’avenue Roland-Beaudin. 

Le nouveau scénario comporte aussi l’avantage de pouvoir requalifier l’environnement autour du pôle d’échange. «Vous connaissez le coin. C’est assez déstructuré. On va dire ça de même. Nous, on veut créer un transit-oriented development. On va organiser le développement autour de la station, commercial et résidentiel.»

Le quadrilatère dans la mire de la Ville comprend déjà des commerces et des édifices à bureaux séparés par une mer de stationnements de surface. «Il va falloir acheter les terrains. La Ville pourrait aller en expropriation», souligne le maire, sans vouloir s’avancer concernant le ou les terrains visés.

Visiblement, il ne pouvait pas — ne voulait pas — donner davantage d’informations. Les détails seront connus lorsque la Ville annoncera l’entreprise responsable de la conception et de la réalisation du projet de réseau structurant de 3,3 milliards $.

Selon M. Labeaume, l’abandon du Phare comme lieu d’implantation du pôle d’échanges ne nuit pas à la réalisation du mégaprojet de 755 millions $, comprenant la construction de quatre tours dont la plus haute doit atteindre 65 étages.

«Si vous voulez mon opinion, on leur demandait de nous attendre. Là, ils vont avoir plus de liberté. Ils auraient souhaité ça [le pôle d’échanges], mais ça les retardait», commente-t-il.

Pour l’heure, le maire n’envisage pas d’économies en éliminant les coûts élevés associés au creusage d’un tunnel. Les économies, c’est toujours compliqué, ça. C’est comme les fusions, on s’imagine qu’il y en a, pis finalement il n’y en a pas.» À l’époque, des pourparlers étaient en cours pour que Groupe Dallaire assume le coût d’aménagement du pôle d’échanges alors évalué entre 12 et 15 millions $. 

Communications critiquées

L’opposition à l’hôtel de ville a une fois de plus vertement critiqué les communications de la Ville en lien avec le réseau structurant de transport en commun. Le chef de Québec 21 reproche à l’administration Labeaume de ne pas tenir ses promesses de transparence faite en 2019. 

Jean-François Gosselin prend en exemple le report en avril des comités de bon voisinage et le fait que le maire est, selon lui, plus préoccupé à donner des entrevues à l’extérieur de Québec plutôt que d’informer ses concitoyens.

«Le maire est parti sur le Régis World Tour. Il fait sa tournée des émissions d’actualité à Montréal plutôt qu’être à Québec pour vendre son projet et l’expliquer à la population», lui reproche-t-il, faisant notamment référence à la participation récente de M. Labeaume à l’émission Tout le monde en parle.

Le chef Gosselin s’interroge aussi sur les 2,5 millions $ versés à l’externe pour la création et la diffusion d’une campagne de promotion du tramway sur trois ans. «Nous avons une cinquantaine d’employés qui travaillent dans ce département [communications] et neuf autres affectés directement au Bureau de projet du tramway et on débourse des millions pour engager des firmes de communications», rage-t-il.

Le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau, pose la même question. «Le service des communications de la Ville coûte 7,4 millions $. Est-ce à dire que le maire ne fait pas confiance à ses propres services? Avec cette dépense de 2,5 millions $ supplémentaires, s’en va-t-on vers un autre Clotaire Rapaille», soulève-t-il.

Lors de son point de presse, le maire a rejeté les critiques du revers de la main et considère l’appel d’offres à l’externe comme une démarche tout à fait normale.

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L’ACHAT DE BOMBARDIER SUIVI PAR LA VILLE

Le maire Régis Labeaume s’intéresse de près à l’achat de la division Transport de Bombardier par son compétiteur Alstom. 

La question est de savoir si la transaction aura une influence sur la volonté de la Ville d’exiger 25 % de contenu local dans la conception du tramway. Mais surtout, à quel prix s’il n’y a plus aucune concurrence en sol canadien? «On sait qu’il y avait deux constructeurs potentiels sur le territoire, Alstom à Sorel, et Bombardier à La Pocatière. La transaction va-t-elle attirer d’autres concurrents», questionne M. Labeaume.

«Est-ce une fusion? Est-ce que les deux compagnies vont opérer avec deux administrations différentes dans les Amériques? La Commission européenne doit approuver l’entente. Ça prend combien de temps tout ça», lance-t-il en rafale, pour indiquer qu’il navigue actuellement à l’aveugle dans ce dossier. Selon lui, il faudra encore attendre avant d’obtenir des réponses. «C’est gros, lance-t-il à propos de l’offre de 8,2 milliards $. On ne sait pas comment ça fonctionne et à quel rythme se font les choses. On surveille ça.»