En mai, les acteurs touristiques en Gaspésie se demandaient s’il y aurait une saison... Eh bien, ils sont rassurés maintenant; l’achalandage a bien fléchi depuis quelques jours.
En mai, les acteurs touristiques en Gaspésie se demandaient s’il y aurait une saison... Eh bien, ils sont rassurés maintenant; l’achalandage a bien fléchi depuis quelques jours.

Tourisme: l’été de rêve se poursuit en Gaspésie

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
CARLETON — En mai, les acteurs touristiques en Gaspésie se demandaient s’il y aurait une saison. En juin, ils ont eu l’assurance que les visiteurs seraient au rendez-vous, mais plusieurs hôteliers se demandaient ce qui se passerait au-delà du 25 août. Eh bien, ils sont rassurés maintenant; l’achalandage a bien fléchi un peu depuis quelques jours, mais septembre est aussi remarquable que le cœur de l’été jusqu’à maintenant!

Stéphane Boudreau, co-propriétaire de l’Hostellerie Baie bleue, de Carleton, était l’une des personnes inquiètes, en juin, à propos de ce que la fin de l’été et le début d’automne réserveraient à son secteur d’activités. Il craignait en juin une chute draconienne de fréquentation à la fin d’août, notamment parce qu’il était évident que la clientèle européenne ne viendrait pas cette année.

Il remplit encore ses 116 unités régulièrement, composées de 109 chambres et sept chalets. Sinon, son taux d’occupation frôle les 80 %, un rêve, compte tenu de l’appréhension de mai et juin.

«Je suis surpris, agréablement. On a encore de belles soirées. Vendredi et samedi passés, les 116 unités étaient louées. Cette semaine, entre 80 et 90 chambres sont louées par soir. Il y a une semaine, j’avais 50 chambres réservées pour hier soir. Puis hier, j’en avais 85! Les gens font des road trips. C’est encore super bon, quand on pense qu’on n’a pas les groupes venant en autobus», aborde M. Boudreau, renversé par cette performance.

Stéphane Boudreau, co-propriétaire de l’Hostellerie Baie bleue de Carleton.

Les touristes d’automne sont en outre moins fébriles que les visiteurs d’été.

«C’est une belle clientèle. L’été aussi, c’est une belle clientèle, mais à l’automne, les gens sont moins pressés. Ce sont des gens plus âgés, qui ont plus de temps. Ils prennent le temps de visiter. Je pense que ce sera bon jusqu’au 22-25 septembre», avance Stéphane Boudreau.

«Du jamais vu»

Il arrive à atteindre les revenus de 2019 en restauration. «C’est égal, avec 50 places de moins dans la salle à manger. On fait deux services complets. Le personnel fait de gros efforts. Ce n’est vraiment pas évident, avec le masque, la visière, pour les serveuses et les serveurs. Et on n’a pas eu de cas de COVID, même avec tout ce monde. C’est beaucoup de travail», dit-il.

Les chalets sont restés aussi populaires qu’au cours de l’été, dans un contexte de pandémie au cours duquel l’espace privé prend une nouvelle importance.

«Les chalets sont tous loués jusqu’à la fin de septembre. Ça, c’est du jamais vu. À la fin d’août 2019, je louais les chalets au mois, comme logement. Pas cette année; je continue à louer à la semaine», signale Stéphane Boudreau.

L’Hostellerie Baie bleue, comme des dizaines d’établissements en Gaspésie, avait enregistré un record de fréquentation en 2019. Est-il possible de répéter l’exploit cette année?

«C’est difficile de l’affirmer encore, mais ce sera assurément pas loin derrière ou comparable», note M. Boudreau.

La Gaspésie fait encore le plein de touristes malgré l’arrivée de septembre.

À Sainte-Anne-des-Monts, Sandra Gauthier, directrice de l’attraction Exploramer, un centre de découverte de la mer et de sa biodiversité, voit son équipe recevoir encore de solides contingents de visiteurs.

«On voit une belle animation. Hier matin, notre bateau était plein. Notre cahier de réservations est pas mal plus plein que l’an passé pour septembre», précise Mme Gauthier.

Pourtant, Exploramer avait atteint un achalandage record avec 30 600 visiteurs en 2019, mais cette fréquentation était surtout concentrée en juin, juillet et août. Cette année, Sandra Gauthier a dû se résoudre à limiter à 175 le nombre quotidien de visiteurs en raison de la COVID-19, alors que la capacité des lieux s’établit à 500 ou 600 personnes en temps normal.

«On s’attendait à une baisse de 80 % de la clientèle. Ce sera 40 %. Considérant l’aide reçue pour limiter les pertes venant de la COVID, du point de vue budgétaire, j’ai zéro impact. Je suis super contente», dit-elle.

Le facteur météo

La pandémie aura toutefois un impact lors des mois froids. «Nos activités pédagogiques dans les écoles sont en suspens. Nous avons deux employés sur la route l’hiver d’habitude», déplore-t-elle.

Le beau temps sera déterminant, dit Mme Gauthier, dans la poursuite de la performance du premier tiers de septembre. «S’il fait froid avec de la pluie, on va annuler» note-t-elle en parlant des touristes.

Comme Stéphane Boudreau, elle remarque aussi un certain nombre de personnes venant en télétravail en septembre, dont des pêcheurs sportifs.

«Les pêcheurs de saumon sont contents. Les Américains des secteurs contingentés de rivières ne sont pas venus et les Québécois les reprennent», remarque-t-elle.

Aux Vagues vertes, un établissement hôtelier à L’Anse-à-Beaufils, un arrondissement de Percé, Bernard Faubert voit poindre une baisse de fréquentation à compter du samedi 19 septembre.

«Le 25 septembre, j’ai seulement trois unités louées sur 23. Je ne pense pas que les Québécois vont encore voyager beaucoup le 30 septembre. L’an passé, en septembre, 82 % de mes chambres étaient louées par des Européens; cette année, c’est zéro!», souligne-t-il, rappelant quand même que 2020 est une année exceptionnelle jusqu’ici. Son établissement est régulièrement plein ces jours-ci.

Si la Gaspésie a constitué le principal terrain de jeux du Québec depuis mai, Stéphane Boudreau voit un enjeu poindre à l’horizon pour les établissements ouverts à longueur d’année comme le sien.

«Ce sera la vraie vie, en octobre, novembre, décembre et janvier, avant l’arrivée des motoneiges en février. La clientèle d’affaires sera notre défi. Les gens d’affaires n’ont pas encore recommencé à voyager», observe Stéphane Boudreau, qui sera content si les Québécois continuent à converger vers la Gaspésie en octobre.

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COVID-19: un bilan «très positif», malgré les craintes liées aux touristes

Si plusieurs craignaient l’arrivée massive des touristes en Gaspésie en début d’été, la vague d’infections tant redoutée n’est jamais survenue. La santé publique régionale dresse un bilan «très positif» de la saison touristique, alors qu’aucune éclosion de COVID-19 n’a été déclarée dans la région au cours de l’été.

«C’est un mélange de respect des consignes et de chance», admet d’entrée de jeu le directeur régional de la santé publique de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, Dr Yv Bonnier Viger. La situation aurait pu être toute autre si les consignes n’avaient pas été respectées, croit-il. «Heureusement, la très grande majorité des visiteurs ont respecté toutes les mesures indiquées. On s’est rapidement mobilisé pour rappeler aux gens que la COVID, elle, ne prend pas de vacances», explique l’épidémiologiste.

Le principal danger qui guettait la Gaspésie, au début de la pandémie, était de s’imaginer que la péninsule était épargnée en raison de son éloignement géographique, plaçant les habitants dans un faux sentiment de sécurité. «On se sentait loin, mais beaucoup de gens ont voyagé hors de la région et du pays pendant la semaine de relâche», rappelle M. Bonnier Viger.

Comme la Gaspésie a été très peu touchée par la première vague de la COVID-19 — la région ayant recensé 31 cas, dont plusieurs faux positifs, depuis le 1er juin —, le directeur de la santé publique régionale craint qu’un relâchement trop marqué des mesures sanitaires dans la population place la région dans «une situation de vulnérabilité». «Il y a une lassitude chez les gens, mais il ne faut pas oublier que ça prend juste une personne qui ne respecte pas les règles pour qu’il y ait un nouveau foyer d’éclosion, note-t-il. Jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible, il faut continuer à appliquer les règles».

Depuis le début de la pandémie, 215 personnes ont été infectées par la COVID-19 en Gaspésie, dont 9 sont décédées des suites de la maladie. L’ensemble des décès répertoriés dans la région est lié à deux éclosions survenues en mars à Maria, dans la Baie-des-Chaleurs, notamment au Manoir du Havre, où 28 des 30 résidents et 20 employés ont été contaminés. SIMON CARMICHAEL