La joueuse professionnelle Stéphanie Harvey, alias missharvey, reçoit régulièrement des messages d’insultes à caractère sexiste.

Toujours aussi macho l’univers des jeux vidéo

Stéphanie Harvey en a vu de toutes les couleurs. La joueuse professionnelle qui a remporté cinq championnats du monde témoigne des commentaires sexistes et des insultes qui, encore en 2019, sont monnaie courante dans l’univers des jeux vidéo.

« Il n’a pas de limites aux genres de messages, indique-t-elle. Les gens savent qu’il n’y a aucune répercussion face à ce qu’ils disent en ligne. Je n’aime pas donner des exemples parce que ça leur donne une place, je ne veux pas leur donner de la visibilité. Ce n’est pas beau. »

Stéphanie Harvey est suivie par 28 000 personnes sur Facebook, 22 700 sur Instagram et plus de 60 000 sur Twitter. Elle est championne du monde du jeu Counter Strike à cinq reprises. Et malgré tout son succès, elle avoue avoir pensé à changer son identité en ligne pour celle d’un garçon pour éviter d’avoir à gérer tout ça.

« Si c’était à refaire, je ne m’appellerais pas missharvey (NDLR: son pseudonyme en ligne), c’est certain. Mais au point où je suis rendue dans ma carrière, mes détracteurs sont là et tant pis. J’avance peu importe. Mais je connais quelques filles qui ne parleront pas dans les jeux pour ne pas montrer qu’elles sont des filles pour ne pas devenir une cible. »

Pas la faute des jeux

Stéphanie Harvey est catégorique, le problème de la violence et du sexisme n’est pas dû aux jeux vidéo, c’est plutôt le comportement en ligne en général qui est à blâmer.

« Ça se voit si on regarde Facebook, tu regardes les commentaires sous les nouvelles de TVA et c’est absolument horrible, souligne-t-elle. Ça n’a même plus de lien avec l’anonymat. Sur Facebook et les forums, c’est très rare que tu sois complètement anonyme et pourtant des gens disent des choses horribles. Malheureusement, les jeux vidéo sont victimes de ça. »

« Il n’y a pas de conséquences à ce qu’on dit en ligne, répète Stéphanie Harvey. On reçoit un message et immédiatement on pense qu’on se fait attaquer. Si je dis que je n’aime pas vraiment la couleur bleue, quelqu’un va me dire « tu es une os*** d’imbécile de pas aimer le bleu ». La violence escalade tellement rapidement pour aucune raison. »

Des pistes de solutions

Stéphanie Harvey estime que la solution doit passer par l’éducation et la prévention.

« Il faudrait que le gouvernement fasse quelque chose pour les interactions en ligne, mentionne-t-elle. Il faudrait outiller les professeurs pour que, dès un jeune âge, on montre comment interagir en ligne sans faire des escalades de violence, que ce soit dans les médias sociaux ou dans les jeux. Ce qui est inacceptable dans la vie devrait l’être aussi en ligne. Il faut aussi qu’il y ait un soutien des compagnies de jeu pour une modération dans le jeu. »

La plupart des jeux permettent aux joueurs d’identifier ceux qui lancent des insultes, mais Stéphanie Harvey doute de leur efficacité.

« À Counter Strike, tu peux envoyer un rapport, mais je pense que c’est un placebo parce que je n’ai jamais vu quelqu’un se faire bannir parce qu’il avait insulté quelqu’un. »

Elle note toutefois certaines fonctions dans des jeux qui facilitent beaucoup la communication.

« Dans certains jeux comme Hearthstone, tu ne peux pas communiquer avec ton adversaire. C’est juste des messages prédéfinis. Dans le temps à World of Warcraft, on n’était pas capable de parler à l’autre faction. Ça enlève beaucoup de haine. Il y a des moyens pour les jeux d’avoir des outils pour contrer ce genre de chose là. Il y a un désir de faire ça et faciliter la communication. Si on prend le nouveau jeu Apex Legends, il y a beaucoup d’outils pour aider la communication, ce qui fait que même quand tu ne parles pas, tu peux quand même donner des indications à tes coéquipiers. »

Ces fonctionnalités donnent un coup de pouce, mais il reste, selon Stéphanie Harvey, énormément de travail à faire.