Toi qui es né le 29 mars 1956

CHRONIQUE / Il faut que je vous raconte l’histoire de Robin Frigon, celle de ces enfants laissés à la crèche, à une époque où le sort était cruel pour les filles-mères. Il a fait des recherches pour retrouver ses parents, mais ce sont finalement huit frères et soeurs qu’il a retracés. Il n’en manque qu’un seul à l’appel et ils veulent le retrouver.

« J’ai toujours su que j’avais été adopté (en 1957), mais je n’ai jamais ressenti le besoin de retrouver mes parents biologiques, car j’étais très heureux dans ma famille d’adoption. Mais en 1994, ma fille a eu des ennuis de santé reliés à ses reins et le médecin aurait aimé avoir des informations sur ses antécédents familiaux », raconte Robin Frigon, que j’ai joint au téléphone à sa résidence dans la région de Montréal.

Demande de fratrie

« J’ai donc fait une demande de fratrie pour trouver des parents biologiques au CIUSSS. Surpris, j’ai découvert que j’avais une soeur et un frère qui me cherchaient déjà. C’était capoté quand j’ai su ça. J’ai immédiatement pris contact et on s’est rencontrés en mai 1994. Eux ils se connaissaient depuis 1984, mais aucun de nous ne connaissait l’identité de nos parents. On savait à ce moment-là qu’il nous manquait deux frères, selon les rapports d’adoption », détaille celui qui était ravi de se trouver de la famille.

Robin, son frère Christian et sa soeur Suzanne ont continué à faire des recherches pour trouver les deux frères manquants. « En 2006, nous savions que nos parents biologiques étaient morts, mais j’ai tout de même participé à l’émission Les retrouvailles de Claire Lamarche pour retracer notre frère, mais sans succès », raconte Robin Frigon, qui n’a jamais cessé ses recherches.

Un nouvel espoir s’est manifesté au mois de juin 2018 avec l’adoption du projet de loi 113. « C’est une loi qui donne accès aux noms des parents biologiques décédés. Dès l’entrée en vigueur de la loi, j’ai fait une demande au Mouvement retrouvailles pour apprendre, trois mois plus tard, que mes parents s’appelaient Bertrand Riverin et Judith Boudreault, originaires de Chicoutimi et de Saint-Félix-d’Otis », révèle Robin Frigon.

« Là je capotais ben raide, après toutes ces années j’avais maintenant un nom de famille, un nom, mais là, il fallait que je les retrouve et tout ce que je savais, c’est qu’ils étaient originaires du Saguenay », confie-t-il.

Feu Judith Boudreault

« Au mois de novembre, je lance une perche sur Google avec les mots ‘‘feu Judith Boudreault’’ et je suis tombé sur l’avis de décès de Mme Pierrette Bédard décédé le 8 octobre 2018, à l’âge de 80 ans, épouse de M. Rémi Riverin, demeurant à Chicoutimi. Elle laissait dans le deuil sa parenté dont feu ‘‘Judith Boudreault, feu Bertrand Riverin’’, relate celui qui pensait être sur une bonne piste à ce moment. L’enfant de l’adoption trouve le numéro de téléphone de Rémi Riverin qui lui raccroche au nez croyant à une arnaque.

L’enfant de fille-mère retrace un certain Henri-Paul Boudreault dans l’avis de décès et le retrouve grâce à Canada411 et lui raconte ses démarches. « Ça se tient ton histoire, ça se peut. Quand j’étais jeune, ma soeur Judith arrivait de Montréal avec une grande robe blanche. Et là ma mère disait qu’elle allait se faire opérer avant de retourner en ville », valide celui qui est finalement l’oncle de Robin Frigon.

« Si tu es vraiment le fils de Judith et Bertrand, je tiens juste à te dire que tu as cinq frères et soeurs à Montréal qui t’attendent », lui a balancé le vieil oncle, sachant qu’il allait lever le voile sur de vieux secrets de famille.

Famille de 11 enfants

Finalement, les recherches de Robin lui auront appris que ses parents Judith et Bertrand ont eu 11 enfants, dont six en dehors des liens du mariage, nés entre 1954 et 1959. Suzanne, née en janvier 1954, a été mise en adoption ; Jude la deuxième, née en décembre 1954, a été gardée par sa grand-mère à Saint-Félix-d’Otis avant de retourner vivre avec ses parents en 1960. Le troisième, né le 29 mars 1956, est le frère que la famille recherche et qui a été adopté par des parents résidant au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le quatrième enfant est Robin Frigon adopté et né en 1957. Le cinquième, Christian Tremblay, a été adopté après sa naissance en mai 1959 et le sixième est un enfant mort-né en 1959.

Après leur mariage à Montréal en 1960, Judith Boudreault et Bertrand Riverin ont repris leur fille Jude avec eux, avant de mettre au monde cinq autres enfants à l’intérieur des liens sacrés du mariage, sans dire à personne ce qui s’était passé dans leur vie de jeunes célibataires. De cette union bénite sont nés Gilles en 1961, Josée en 1963, Luc en 1964, Nathalie en 1965 et Michel en 1967.

Vous imaginez la réaction quand Robin Frigon a téléphoné à Luc Riverin, propriétaire d’un dépanneur à Joliette, pour lui dire qu’il avait deux frères et une soeur de plus. « Il y avait beaucoup d’émotion lors de notre rencontre au mois de décembre. Juste à voir les traits de famille de chacun, il n’y avait aucun doute sur nos liens. Ma soeur Suzanne a retrouvé deux soeurs et les filles avaient beaucoup de choses à se raconter », assure-t-il.

Une morale insensible à l’amour

C’est un cousin de la famille, Romain Riverin, qui m’a fait connaître cette histoire. « Les neuf nouveaux frères et soeurs aimeraient bien retrouver le troisième de la famille avant une rencontre prévue avec toute la famille au mois de juin. Nous avons lancé une page Facebook intitulée Né le 29 mars 1956 pour tenter de toucher le plus de gens possible », fait valoir Romain Riverin, très touché par cette histoire qui traduit bien les travers de l’époque.

Gilles Vigneault, dans la chanson Madame Adrienne, parle d’une « barbarie au masque de vertu, qui bannissait l’enfant, le privant de sa mère, au nom d’une morale insensible à l’amour ». Il dit aussi que « L’honneur, en ces temps, voulait qu’on s’exile/Garder le secret et faire semblant/Qu’on avait trouvé du travail en ville/Et qu’on reviendrait pour le jour de l’An. »

C’était l’époque où la morale était insensible à l’amour.