Le fondateur de Tesla, Elon Musk

Tesla dérape à Wall Street

NEW YORK — Tesla, le fabricant américain de voitures électriques, a dégringolé à Wall Street vendredi, alors que le gendarme des marchés financiers (SEC) accuse officiellement son emblématique patron, Elon Musk, d’avoir induit en erreur les investisseurs en évoquant dans un tweet un retrait de la Bourse.

Le titre a chuté de 13,90% pour terminer à 264,77 $US. Il a perdu 43% depuis le 7 août quand, dans la foulée du tweet en question, il avait bondi jusqu’à 379,57 $US.

Le fantasque milliardaire avait alors créé la stupeur en affirmant, en cours de séance, qu’il voulait retirer son groupe de la Bourse lorsque l’action atteindrait 420 $US et qu’il avait pour ce faire déjà sécurisé les financements nécessaires.

Il n’en était rien, estime aujourd’hui la SEC.

Aussi dans une plainte déposée jeudi soir, elle accuse de fraude le patron du groupe automobile et demande qu’il ne puisse plus diriger d’entreprise cotée en Bourse.

Si cette requête devait aboutir, «cela pourrait accélérer la transition inévitable vers une valorisation de l’action de Tesla uniquement basée sur les fondamentaux», ont estimé les analystes de JPMorgan.

Le groupe profite actuellement largement de l’engouement de nombreux investisseurs pour la personnalité de M. Musk, beaucoup voyant en lui un bouillonnant visionnaire.

Aussi Tesla vaut à Wall Street plus que le deuxième constructeur automobile américain, Ford, alors même que l’entreprise n’a gagné de l’argent que sur deux trimestres en 15 ans.

«Malgré le comportement erratique de M. Musk récemment, nous pensons que la plupart des investisseurs voudraient le voir rester dans l’entreprise», remarque Garrett Nelson de CFRA.

Ils «la valorisent en Bourse à un niveau très élevée en raison du potentiel qu’ils attribuent à la capacité de M. Musk à faire grandir le groupe», ajoute-t-il.

Mais dans la mesure où sa présence dans l’entreprise est compromise, le titre devrait selon lui encore baisser.

Au-delà du problème lié à l’éventuel départ de M. Musk en lui-même, tous ces remous autour de la société «pourraient entamer la confiance des investisseurs, des clients et des fournisseurs», soulignent les analystes de JPMorgan.

Les conducteurs désirant une voiture fabriquée par le constructeur pourraient par exemple être beaucoup plus réticents à verser une caution longtemps à l’avance, relèvent-ils.

Les investisseurs institutionnels pourraient aussi vouloir limiter leur participation dans une entreprise visée par une enquête de la SEC, souligne Jed Dorsheimer, analyste pour Canaccord. 

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DES CHOSES À SAVOIR SUR L'AFFAIRE TESLA

La plainte pour fraude financière déposée par la Commission des valeurs mobilières des États-Unis (la Securites and Exchange Commission, ou SEC) contre le chef de la direction de Tesla, Elon Musk, dépeint l’homme d’affaires comme soit un menteur, soit un dirigeant téméraire.

Voici cinq choses à savoir au sujet des allégations de la SEC dans cette affaire qui pourrait marquer la fin du règne de M. Musk à la tête du constructeur d’automobiles électriques qu’il a cofondé.

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Discussions de rachat

La SEC a mené des entretiens confirmant que M. Musk avait eu des discussions avec un fonds d’investissement souverain - identifié par Tesla comme étant le fonds d’investissement public d’Arabie saoudite - depuis janvier. 

Le 31 juillet, les discussions s’étaient intensifiées au point que M. Musk avait lancé l’idée de mener un rachat qui mettrait fin à la période de huit ans d’activité de Tesla en tant que société cotée en Bourse. Mais il s’agissait de discussions informelles qui ne justifiaient pas le fait que M. Musk puisse écrire sur Twitter, une semaine plus tard, qu’il avait obtenu le financement pour un rachat au prix de 420 $ US par action.

«La réunion du 31 juillet n’a pas porté sur les termes les plus fondamentaux d’une proposition de transaction de privatisation», a indiqué la SEC.

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Un prix d'achat que Cheech et Chong auraient aimé

En outre, M. Musk a évoqué ce prix de rachat parce que 420 est de l’argot pour parler de marijuana - une drogue désormais légale dans l’état de Californie, où est établie Tesla. M. Musk a récemment semblé fumer du cannabis dans une vidéo largement diffusée en ligne.

La SEC a déterminé que M. Musk avait proposé ce chiffre parce qu’il était supérieur de 20% au prix de clôture de 349,54 $ US de l’action de Tesla le 2 août, soit 419 $ US, avant de l’arrondir parce que sa petite amie pensait que cela serait «drôle, ce qui n’est certes pas une très bonne raison choisir un prix

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Un coup de pouce du directeur financier

Le geste impromptu de M. Musk a apparemment pris de court le directeur financier de Tesla, Deepak Ahuja, qui a été obligé de se démener pour minimiser les dégâts, qu’il a immédiatement attribués à son chef de la direction.

«Elon, je suis certain que tu as pensé à une communication plus étendue au sujet de ton idée et de sa structure à l’intention des employés et des investisseurs potentiels», a écrit M. Ahuja à M. Musk dans un message texte 35 minutes après avoir lancé sa bombe sur Twitter. «Cela aiderait-il si (le chef des communications de Tesla), (l’avocat général de Tesla), et moi rédigions pour vous une entrée de blogue ou un courriel destiné aux employés?»

M. Musk a répondu: «Ouais, ce serait génial.»

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Diffusion de la désinformation

Après que Tesla eut publié sur le blogue de M. Musk une entrée donnant des précisions sur son message Twitter initial, le responsable des relations avec les investisseurs de la société a perpétué l’idée que M. Musk avait obtenu le financement pour une opération qui aurait probablement coûté entre 25 et 50 milliards $ US.

Un analyste non identifié de Wall Street a envoyé un courriel au responsable des relations avec les investisseurs de Tesla à la suite de la publication de l’entrée de blogue, soulignant qu’il n’expliquait pas l’affirmation de M. Musk voulant que le financement ait été obtenu pour le rachat. «Pouvez-vous clarifier cela?» a demandé l’analyste.

Selon la SEC, le responsable des relations avec les investisseurs de Tesla a répondu ainsi: «Je peux seulement dire que le premier gazouillis a clairement indiqué que «le financement est sécurisé». Oui, il existe une offre ferme.»

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Qui sera brûlé à la fin ?

La SEC a noté que M. Musk affichait depuis longtemps une antipathie à l’encontre des «vendeurs à découvert» - des investisseurs qui ont parié que le titre de Tesla allait chuter si l’entreprise ratait ses cibles de production et continuait de dépenser des milliards de dollars en liquidités.

La plainte note que M. Musk a laissé entendre que les vendeurs à découvert étaient sur le point d’être sérieusement brûlés dans un message Twitter du 4 mai, lequel avertissait: «Oh, et l’incendie du siècle va bientôt commencer pour les vendeurs à découvert. Les lance-flammes devraient arriver juste à temps.» 

Ensuite, dans un message du 17 juin, M. Musk a écrit que les vendeurs à découvert avaient «environ trois semaines avant que leur position n’explose».

Maintenant que l’action de Tesla est en chute libre, il s’avère que M. Musk a peut-être aidé les vendeurs à découvert à gagner beaucoup d’argent tout en mettant son travail de chef de la direction en péril. 

Avec Associated Press