Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Taxe scolaire: Couillard déplore l'ignorance de Legault

Philippe Couillard est très inquiet de la méconnaissance du système d’éducation dont fait preuve François Legault. Commentant la dernière attaque du chef de la Coalition avenir Québec sur la taxe scolaire plus élevée dans son comté de Roberval qu’en Abitibi-Témiscamingue, le premier ministre soutient qu’elle témoigne de la profonde ignorance du rôle des commissions scolaires que démontre cet ancien ministre péquiste de l’Éducation.

«La taxe scolaire joue trois rôles. Elle sert à financer le transport, les services spécialisés aux élèves et les coûts administratifs. Alors comparer le taux de la taxe entre le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l’Abitibi-Témiscamingue, qui a moins d’élèves et un territoire deux fois plus petit, ça n’a pas de sens», plaide M. Couillard.

Il se demande également où la CAQ compte trouver les 700 M$ supplémentaires qu’elle veut ajouter aux 650 M$ de diminutions de taxes déjà annoncés par les libéraux, sans procéder à des coupes dans les services. «Il a déjà annoncé son intention d’abolir les commissions scolaires. C’est une attaque frontale à l’automomie des régions», accuse M. Couillard, rappelant que la péréquation entre les commissions scolaires du Québec a été remplacée par des augmentations de budget.

Compte tenu des différences entre les régions du Québec, le premier ministre ne croit donc pas qu’on peut appliquer un taux égal de taxes entre les commissions scolaires. «Notre choix a été de briser les inégalités à l’intérieur des régions. Si notre taux de taxe baisse moins que d’autres régions du Québec, c’est parce que nous avions moins d’inéquité et que nous avons beaucoup plus de services.»

Attaque

Mardi, le chef de la CAQ avait soutenu que Philippe Couillard défendait mal sa région dans le dossier de la taxe scolaire, et qu’il devrait être gêné de se présenter dans sa circonscription de Roberval compte tenu que ses concitoyens payent deux fois plus de taxes scolaires que ceux d’Abitibi.

Dans son projet de Loi 166, le PLQ propose d’harmoniser la taxe scolaire en se basant sur le taux le plus bas dans chaque région, alors que la CAQ promet un taux égal partout au Québec à 10 cents le 100$ d’évaluation, ce qui représente 1,3 milliard de diminution contre 650 M$ pour le projet libéral.

Selon Legault, la région est le «cancre» des taxes

Selon François Legault, le Saguenay-Lac-Saint-Jean est la région du Québec où les taxes scolaires coûtent le plus cher et aucun niveau de service ne peut l’expliquer. Pas même le transport.

« Pendant les trois années où j’ai été ministre de l’Éducation, j’ai vu l’évolution de la taxe. Elle était fixée selon la valeur des maisons à un taux plus bas, et c’est la péréquation qui permettait de compenser pour les coûts de services plus élevés dans certaines régions, comme pour le transport scolaire », a dit M. Legault en entrevue au Quotidien, pour répliquer à son tour au premier ministre.

Le chef de la CAQ rappelle que peu importe le montant que rapportent les taxes scolaires, c’est le ministère de l’Éducation qui doit leur fournir les fonds nécessaires pour couvrir les coûts des services. Il n’y a donc aucune raison pour que la population de la région paie 30 cents du 100 $ d’évaluation alors que c’est 13 cents en Abitibi.

« On a un système de broche à foin où certaines commissions scolaires ont exagéré. Depuis quatre ans, les taxes scolaires ont augmenté de 25 % à la grandeur du Québec et depuis que les libéraux sont au pouvoir, c’est 113 %. En Abitibi, la valeur moyenne des maisons est de 180 000 $, comme au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Et ils paient 13 cents et non pas 30. On voit donc qu’il faut uniformiser non pas par région, mais à la grandeur du Québec. Nous, on va fixer la taxe à 10 cents et nous fournirons l’argent qui manque aux commissions scolaires », a répété le chef.

François Legault ne voit pas de problème pour aller chercher les 700 M$ que la mesure va coûter : « Je pense qu’il est possible de mieux gérer le Québec. Par exemple, en informatique, il se gaspille au moins 500 M$ par an dans les ministères. Je mise aussi sur le développement économique. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, par exemple, ce n’est pas le chômage le problème, c’est la qualité des emplois. Je suis content de voir que Rio Tinto va faire des investissements, mais si le salaire moyen au Québec était le même qu’en Ontario, le gouvernement récolterait 10 milliards de plus en revenus. »

Le CQFA est intouchable

Interrogé sur le conflit qui oppose les cégeps de Chicoutimi et d’Abitibi-Témiscamingue pour la formation de pilotes de ligne, le fondateur d’Air Transat ne voit pas la nécessité d’ajouter un autre centre de formation au Québec.

« Le CQFA fait un excellent travail. Plusieurs de mes pilotes venaient de là. Ils ont développé un savoir-faire qu’on ne doit pas dédoubler », dit celui qui avait visité les installations du Cégep de Chicoutimi à l’époque où il était ministre de l’Éducation.

François Legault dit qu’il comprend la volonté du cégep de l’Abitibi de développer un champ d’expertise, mais qu’il faudrait plutôt chercher à les aider à trouver leur propre niche.