L'ancien des Nordiques Dave Pichette signant l'un des bancs du Colisée.

Sortir les bancs du Colisée avant de le démolir en 2020 pour 8 M$ [PHOTOS]

La file de gros véhicules s’étirait dans le stationnement du vieux Colisée de Québec, samedi matin. Autre file à la porte arrière, celle-là de partisans nostalgiques venus chercher leurs bancs avant que le vénérable aréna soit démoli, à compter de mai, au coût de 8 millions $.

«On est en appel d’offres en ce moment pour commencer la démolition en mai. On va démolir de mai à décembre et normalement, le 31 décembre 2020, le Colisée va être à terre. On espère que la démolition va coûter 8 millions $», a annoncé le maire de Québec, sur place pour voir au bon déroulement de la distribution des bancs et pour en autographier quelques-uns.

Comme le faisaient aussi huit anciens joueurs des Nordiques pour les amateurs qui souhaitaient payer 25 $ de plus par paire de bancs, déjà vendus 60 $ pour deux jusqu’à un maximum de 12 par personne. Au total, 2915 bancs blancs de bois datant du milieu des années 1980 auront trouvé 1089 preneurs en l’espace de quelques jours.

La Ville avait au départ promis de mettre 4000 sièges à vendre, mais seuls 2915 avec accoudoirs ont pu être récupérés en bon état. La cueillette des bancs se poursuit dimanche.

400 000 $ de revenus

Si l’argent encaissé pour les autographes va à la Fondation Élan de l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec, celui issu de la vente des bancs aboutit dans les coffres de la Ville.

Tout comme les 10 000 bancs bleus, vieux de seulement 12 ans, vendus à diverses municipalités pour leur aréna — Baie-Saint-Paul, Chandler, Princeville, Sainte-Justine, Drummondville, Saint-Agapit, Thetford Mines, Frampton, Montmagny, Beauce, Îles-de-la-Madeleine —, mais aussi à l’Université Laval, à la Polyvalente de Neufchâtel et au Séminaire Saint-François.

École secondaire privée de Saint-Augustin-de-Desmaures, le SSF a aussi mis la main sur les bandes et les baies vitrées, également achetées il y a 12 ans, pour équiper son nouveau complexe sportif.

Les revenus totaux de ces ventes atteindront 400 000 $. Il reste le tableau indicateur, qui n’a pas trouvé d’acheteur et fera partie de l’entente avec les démolisseurs.

Tout comme le maire Labeaume lui-même, pour meubler son nouveau logis dans Saint-Roch, le Temple de la renommée du hockey, Radio-Canada et le Musée canadien de l’histoire à Gatineau ont aussi obtenu un morceau de l’histoire sportive de Québec en acquérant une paire de ces bons vieux bancs blancs.

Réal Cloutier et Michel Goulet

Pas le deuil des Nordiques

Faire le deuil du Colisée ne signifie en rien faire le deuil du retour des Nordiques, assure M. Labeaume.

«Pas moi. Non, non, non. Il fallait que la LNH aille à Seattle [pour un club d’expansion en 2021], à cause des contrats de télé où il faut couvrir les grands marchés. Et j’avais sous-estimé l’importance d’avoir deux conférences avec le même nombre d’équipes.

«Mais à partir de là, les transferts vont redevenir possibles et la LNH pourrait transférer des clubs qui sont plus faibles. Il y a une couple [de marchés] là-dedans où ça ne marchera jamais. Alors non, je n’ai pas fait le deuil. Bien au contraire, je suis encore sûr qu’ils vont venir», affirme le maire, rappelant que les contacts entre la LNH et Québec se font par Québecor et son émissaire dans le dossier, Brian Mulroney.

De gauche à droite: Marc Fortier, Michel Goulet, Dave Pichette, André Savard, Alain Côté, Réal Cloutier, Mario Marois et Pierre Lacroix. Le maire Régis Labeaume au centre de cette brochette d'anciens Nordiques

Encore un boulevard urbain

Quant au développement du secteur d’ExpoCité, M. Labeaume reconnaît que «si on avait un club, ça irait encore plus vite. Mais en ce moment, avec un Centre Vidéotron sans club, ça se passe très bien».

Il s’attend à ce que l’espace laissé par le Colisée soit très populaire auprès des promoteurs. Avec plusieurs projets privés de développement dans les environs à Place Fleur de Lys, sur les terrains de la CNESST, sur le boulevard Hamel par GM Développement, le maire croit que l’idée de transformer l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain, laissée de côté lors de la construction du Centre Vidéotron, redeviendra incontournable.

«Si on veut peupler le secteur, faut que les gens puissent traverser [de Vanier à Limoilou]. On ne peut pas être au milieu d’une piste de course. [L’autoroute] va redescendre un moment donné, c’est certain», indique celui qui dit avoir «plusieurs projets de fou» pour remplacer le Colisée, mais sans en dire plus.

Nombreuses sont les personnes qui sont venues chercher leur banc du Colisée samedi, comme Alexandre Matte de Portneuf.

Un bout du Colisée aux Îles

Pendant qu’Alexandre Matte partait avec ses deux sièges qui trouveront une place de choix dans son sous-sol de Portneuf aux côtés des deux rouges achetés en 2007, Daniel Latulippe était en mission.

Dans la file de patients amateurs, l’homme de Québec venait quérir les 12 bancs, alors qu’il croyait au début que c’était six, de son ami Jean-Michel Hubert. Celui-ci est propriétaire d’un bar, d’un restaurant et d’un salon de quilles à Cap-aux-Meules, aux Îles-de-la-Madeleine. 

Sa série de bancs porte la griffe de Réal Cloutier, Alain Côté, Michel Goulet, Dave Pichette, André Savard, Pierre Lacroix, Marc Fortier et Mario Marois.

Goulet, meilleur buteur de l’histoire des Nordiques dans la LNH et deuxième pointeur après Peter Stastny, se disait très heureux comme chaque fois de retrouver ses anciens coéquipiers. La vente des bancs s’avère une autre occasion de revivre de bons souvenirs.

«Tu revis un peu les meilleurs moments passés ici. J’ai joué 11 ans à Québec, j’ai eu la chance de jouer des matchs incroyable dans le Colisée! Le deuil est fait, depuis maintenant presque 25 ans que les Nordiques sont partis. Mais c’est bien pour les amateurs d’avoir un souvenir de Jean Béliveau, Réal Cloutier, Marc Tardif, tous les bons joueurs qui ont joué ici», a conclu celui que les fidèles reconnaissent toujours simplement comme le «Gou».